Richard Strauss, compositeur et chef d'orchestre allemand né à Munich le 11 juin 1864 et décédé à Garmisch-Partenkirchen le 8 septembre 1949, est l'auteur de poèmes symphoniques tels qu'Ainsi parlait Zarathoustra et d'opéras devenus des références du répertoire lyrique mondial, dont Salomé et Der Rosenkavalier.
Né dans un foyer musicalement actif, Richard Strauss bénéficie d'un environnement exceptionnel : son père, Franz Strauss, premier corniste à l'Opéra royal de Munich, lui enseigne la discipline musicale dès le plus jeune âge. Richard débute le piano à quatre ans, le violon à sept et compose ses premières pièces à six ans. A seize ans, il entre à l'Université de Munich pour y étudier la philosophie et l'histoire de l'art, mais sa carrière de compositeur est déjà lancée : le chef d'orchestre Hermann Lévi crée sa Symphonie en ré mineur en 1881, alors que le jeune homme n'a pas encore dix-sept ans. En 1885, Hans von Bülow l'appuie pour diriger l'Orchestre de Meiningen, où il se lie avec le violoniste Alexander Ritter, qui l'initie à la musique à programme de Franz Liszt et Richard Wagner. Cette rencontre déterminante réoriente profondément son esthétique. De Weimar (1889) à Berlin (1898), Strauss enchaîne les postes de premier chef et impose ses poèmes symphoniques, de Don Juan (1888) à Ainsi parlait Zarathoustra (1896) et Une vie de héros (1898), dans les grandes salles européennes.
Le tournant lyrique s'amorce avec Salomé (1905), drame en un acte d'après Oscar Wilde, dont le langage harmonique pousse l'orchestre aux limites de la tonalité. Elektra (1909) inaugure une collaboration décisive avec le poète autrichien Hugo von Hofmannsthal, qui durera jusqu'à la mort de ce dernier en 1929 et produira six opéras, dont Der Rosenkavalier (1911) et Ariadne auf Naxos (1916). Après le décès de Hofmannsthal, Strauss travaille avec l'écrivain Stefan Zweig, dont le livret donne naissance à Die schweigsame Frau, créée à Dresde sous la direction de Karl Böhm en 1935. La montée du nazisme place Strauss dans une position ambiguë : nommé président de la Reichsmusikkammer par Joseph Goebbels en novembre 1933, il est contraint à la démission en 1935 après l'interception par la Gestapo d'une lettre à Zweig. Les dernières années de sa vie voient une production d'une sérénité mozartienne : le Concerto pour hautbois (1945), les Métamorphoses pour 23 cordes (1946, commande de Paul Sacher) et les Quatre derniers lieder (1948), sur des poèmes de Hermann Hesse et Joseph von Eichendorff, clôturent une oeuvre de plus de six décennies.
En novembre 1933, Richard Strauss accepte la présidence de la Reichsmusikkammer (Chambre de la musique du Reich), organe de contrôle culturel du régime national-socialiste, poste auquel Joseph Goebbels l'a nommé. Il compose par ailleurs un Hymne olympique pour les Jeux de Berlin en 1936. En juin 1935, la Gestapo intercepte une lettre adressée à Stefan Zweig dans laquelle Strauss refuse l'idée d'une aryanisation de l'art et est contraint de démissionner de ses fonctions. Son procès en dénazification s'ouvre en mai 1947 ; il est acquitté en juin 1948 par le tribunal compétent. Les historiens ont documenté la complexité de sa position : Strauss n'a jamais adhéré au parti nazi et a oeuvré à protéger sa belle-fille Alice, d'origine juive, ainsi que ses petits-enfants, tout en continuant à participer à la vie culturelle du pays sous la dictature. L'écrivain Thomas Mann l'a néanmoins qualifié après-guerre de "compositeur hitlérien", formulation contestée par plusieurs musicologues.
1864 : naissance à Munich le 11 juin, fils de Franz Strauss et Josephine Pschorr
1881 : Hermann Lévi crée sa Symphonie en ré mineur ; Strauss n'a pas encore 17 ans
1885 : second chef d'orchestre à Meiningen sous la direction de Hans von Bülow ; rencontre Alexander Ritter
1889 : premier chef à Weimar ; création de Mort et Transfiguration
1894 : mariage avec la soprano Pauline de Ahna ; création de Guntram, premier opéra
1896 : création d'Ainsi parlait Zarathoustra
1898 : nommé premier chef de l'Opéra royal de Berlin pour dix ans
1905 : création de Salomé à Dresde ; succès international immédiat
1909 : création d'Elektra, premier opéra co-écrit avec Hugo von Hofmannsthal
1911 : création de Der Rosenkavalier à Dresde
1919 : co-directeur de l'Opéra de Vienne aux côtés de Franz Schalk
1933 : nommé président de la Reichsmusikkammer par Joseph Goebbels
1935 : démission forcée après l'interception par la Gestapo de sa lettre à Stefan Zweig ; création de Die schweigsame Frau à Dresde
1945 : composition du Concerto pour hautbois, après une rencontre avec le soldat américain John de Lancie
1946 : création à Zurich des Métamorphoses pour 23 cordes, commande de Paul Sacher
1948 : acquitté par le tribunal de dénazification ; composition des Quatre derniers lieder
1949 : décès par insuffisance rénale le 8 septembre à Garmisch-Partenkirchen, à 85 ans
Richard Strauss est le fils de Franz Strauss, premier corniste à l'Opéra royal de Munich et professeur à la Königliche Musikschule, et de Josephine Pschorr, fille d'un prospère brasseur munichois. La famille maternelle, liée à la brasserie Pschorr (aujourd'hui Hacker-Pschorr), assure au foyer une aisance matérielle qui facilite l'éducation musicale précoce de l'enfant. En 1894, Richard Strauss épouse Pauline de Ahna, soprano avec qui il partage la vie jusqu'à sa mort. Le couple a un fils unique, Franz, né en 1897. En 1926, Franz épouse Alice von Grab, d'origine juive, ce qui place la famille dans une situation particulièrement précaire sous le régime nazi. Richard Strauss déploie des efforts constants, et partiellement documentés, pour protéger Alice et ses petits-enfants Richard et Christian des persécutions.
Sur le plan associatif, Richard Strauss préside l'Allgemeiner Deutscher Musikverein fondé par Franz Liszt en 1859, puis la Genossenschaft deutscher Tonsetzer, deux structures qu'il utilise pour défendre les droits et la rémunération des compositeurs face aux éditeurs et aux directeurs d'opéra. Son amitié avec le musicologue Romain Rolland, qui suit son oeuvre de près, est documentée par une correspondance conservée. Strauss entretient également des liens professionnels durables avec les chefs d'orchestre Wilhelm Furtwängler, Thomas Beecham et Georg Solti, ce dernier dirigeant le concert de ses funérailles en 1949.
Richard Strauss décède le 8 septembre 1949 à Garmisch-Partenkirchen, à l'âge de 85 ans, d'insuffisance rénale. Il venait de rentrer dans sa villa bavaroise après plusieurs années de séjours en Suisse liés aux suites des procédures de dénazification. Les funérailles donnent lieu à un concert au cours duquel Georg Solti dirige le trio final du Chevalier à la rose. Pauline de Ahna, son épouse, ne lui survit que six mois. Ses restes sont incinérés. Le compositeur décède avant d'avoir entendu la création de ses Quatre derniers lieder, exécutés pour la première fois au Royal Albert Hall de Londres le 22 mai 1950 par la soprano Kirsten Flagstad et l'Orchestre Philharmonia sous la direction de Wilhelm Furtwängler.
L'urne funéraire de Richard Strauss est déposée au cimetière de Garmisch-Partenkirchen, dans une tombe familiale qui accueille également son épouse Pauline Strauss-de Ahna, leur fils Franz (1897-1980), la belle-fille Alice (1904-1991) et le petit-fils Richard (1927-2007). L'Institut Richard Strauss, établi à Garmisch-Partenkirchen dans une villa voisine de la demeure du compositeur, conserve archives et documents et organise depuis 2018 un festival annuel consacré à son oeuvre.
1 - En 1884, à 20 ans, Strauss dirige sa propre Sérénade pour instruments à vent devant Hans von Bülow, chef qu'il admire. Bülow, impressionné, l'invite aussitôt à Meiningen comme second chef, changeant durablement la trajectoire de sa carrière.
2 - Le Concerto pour hautbois (1945) naît d'une conversation avec John de Lancie, soldat américain de l'OSS alors en poste à Garmisch, qui lui demande s'il a jamais envisagé composer pour cet instrument. Strauss répond par un simple "non" ; le concerto paraît dans les mois suivants.
3 - La Deuxième Sonatine pour 16 instruments à vent (1943-1945) porte en dédicace la formule "à l'esprit immortel du divin Mozart", témoignant du retour de Strauss, au soir de sa vie, vers les petits effectifs classiques qu'il avait longtemps délaissés au profit du grand orchestre post-romantique.
4 - Lorsque la Gestapo intercepte en 1935 la lettre dans laquelle Strauss refuse l'aryanisation de l'art et demande à Stefan Zweig pourquoi "Mozart aurait-il délibérément composé de façon aryenne ?", il est immédiatement destitué de la présidence de la Reichsmusikkammer, poste qu'il occupait depuis novembre 1933.
5 - Une insuffisance cardiaque détectée à l'âge de 43 ans contraint Strauss à ralentir un rythme de travail extraordinaire : il lui arrivait de répéter le matin à l'opéra, de diriger un concert l'après-midi et de reprendre la baguette le soir, avant de prendre le train le lendemain matin pour une autre ville.
- Métier(s) : compositeur, chef d'orchestre
- Résidence principale : Garmisch-Partenkirchen (Bavière)
- Relations de couple : Pauline de Ahna (épouse de 1894 à son décès en 1950)
- Enfants : Franz Strauss (1897-1980)
- Distinctions : membre de la Gottbegnadeten-Liste (1944) ; acquitté par le tribunal de dénazification (1948)
« Croyez-vous que Mozart a délibérément composé de façon aryenne ? »
— Lettre à Stefan Zweig, interceptée par la Gestapo, juin 1935 (citée dans de nombreuses sources, dont Wikipedia FR et World ORT Holocaust Music)
« Mon intention de quitter l'Allemagne pour la Suisse n'a pas pu se concrétiser car je n'ai réussi qu'avec de grandes difficultés à sauver ma famille de l'extermination par les nazis, et mes diverses demandes pour quitter l'Allemagne ont toujours été rejetées par la Gestapo. »
— Lettre à l'acteur Lionel Barrymore, janvier 1947 (citée dans World ORT Holocaust Music, holocaustmusic.ort.org)
« Croyez-vous que Mozart a délibérément composé de façon aryenne ? »
— Lettre à Stefan Zweig, interceptée par la Gestapo, juin 1935 (citée dans de nombreuses sources, dont Wikipedia FR et World ORT Holocaust Music)
« Mon intention de quitter l'Allemagne pour la Suisse n'a pas pu se concrétiser car je n'ai réussi qu'avec de grandes difficultés à sauver ma famille de l'extermination par les nazis, et mes diverses demandes pour quitter l'Allemagne ont toujours été rejetées par la Gestapo. »
— Lettre à l'acteur Lionel Barrymore, janvier 1947 (citée dans World ORT Holocaust Music, holocaustmusic.ort.org)