Raphaël, né Raffaello Sanzio le 6 avril 1483 à Urbino, est l'un des trois grands maîtres de la Haute Renaissance italienne avec Léonard de Vinci et Michel-Ange. Formé par Pietro Perugino, révélé à Florence, consacré à Rome par les commandes pontificales de Jules II et Léon X, il redéfinit en moins de vingt ans les canons de la peinture occidentale. Biographie, œuvres, vie personnelle, mort.
Raffaello Sanzio naît dans une famille liée aux arts : son père, Giovanni Santi, est peintre de cour au service du duc d'Urbino et lui transmet les premiers fondements du métier. Sa mère, Magia di Battista Ciarla, meurt en 1491 alors qu'il a huit ans. Giovanni Santi disparaît à son tour en 1494. L'orphelin entre alors dans l'atelier de Pietro Perugino à Pérouse, maître de l'école ombrienne réputé pour l'harmonie de ses compositions et la douceur de ses figures. La formation est décisive : les premières oeuvres signées de Raphaël, comme Lo Sposalizio della Vergine (1504, Pinacoteca di Brera, Milan), trahissent encore l'influence de Perugino tout en la dépassant dans la rigueur de la perspective et l'équilibre spatial.
En 1504, Raphaël arrive à Florence, où il découvre les travaux de Léonard de Vinci et de Michel-Ange. La confrontation est formatrice : il assimile le sfumato léonardesque, la torsion dynamique des figures de Michel-Ange, et l'influence de Fra Bartolommeo pour la monumentalité des compositions. Il produit dans cette période une série de Madones qui assoient sa réputation : La Madonna del Granduca (vers 1505, Palazzo Pitti, Florence), La Belle Jardinière (1507, Musée du Louvre, Paris). En 1508, le pape Jules II le fait appeler à Rome pour décorer ses appartements privés au Vatican. Raphaël a vingt-cinq ans. Les Stanze di Raffaello occupent le reste de sa vie. L'École d'Athènes (1509-1511), fresque de la Stanza della Segnatura, synthétise la philosophie antique en une composition de cinquante figures dont les portraits dissimulés de Léonard, d'Euclide aux traits de Bramante, et vraisemblablement de Michel-Ange en Héraclite. En 1514, à la mort de Bramante, Jules II le nomme architecte en chef de la basilique Saint-Pierre. L'année suivante, Léon X le nomme commissaire aux Antiquités de Rome, chargé de recenser et protéger les vestiges antiques (bref papal du 27 août 1515). Il commence La Transfiguration en 1518, tableau inachevé à sa mort et considéré comme son testament pictural (Pinacoteca Vaticana, Rome). À sa mort, son atelier comprend des artistes de premier rang dont Giulio Romano et Giovanni Francesco Penni, qui achèvent plusieurs commandes en cours.
La rivalité entre Raphaël et Michel-Ange, documentée par Giorgio Vasari dans ses Vite (1550), empoisonne en partie le séjour romain de Raphaël. Michel-Ange accuse l'architecte Bramante d'avoir introduit Raphaël dans la chapelle Sixtine alors que la voûte est encore en cours d'exécution, lui permettant d'en copier les figures avant leur achèvement public. Dans une lettre à un ami, Michel-Ange écrit : "Tout ce que Raphaël a su de l'art, il le tient de moi." Raphaël ne répond pas publiquement. Vasari note cependant qu'il représente Michel-Ange sous les traits d'Héraclite dans L'École d'Athènes, figure isolée et mélancolique, ajout tardif à la fresque dont l'interprétation reste débattue.
Raphaël ne se marie pas. Il est fiancé à Maria Bibbiena, nièce du cardinal Bernardo Dovizi da Bibbiena, son mécène et ami proche. Maria Bibbiena meurt avant le mariage, en 1520. Sa relation la plus documentée est celle avec Margherita Luti, fille d'un boulanger du Trastevere, surnommée "La Fornarina". Elle est vraisemblablement le modèle de plusieurs portraits féminins dont La Fornarina (vers 1518-1520, Palazzo Barberini, Rome) et La Donna Velata (vers 1516, Palazzo Pitti, Florence). Son testament lui laisse un legs suffisant pour qu'elle vive sans dépendre d'un tiers, ce qui atteste d'un lien personnel reconnu. Giorgio Vasari, dans ses Vite (1550), rapporte que Raphaël exige que son modèle Margherita soit présente dans sa demeure pour travailler, et que ses obligations envers elle perturbent parfois son rythme de travail. Aucun enfant n'est connu.
Raphaël entretient des liens étroits avec les grandes figures intellectuelles et politiques de son temps. Le poète Baldassare Castiglione, auteur du Livre du courtisan, est l'un de ses amis les plus proches : Raphaël en fait le portrait vers 1514-1515 (Musée du Louvre, Paris). C'est à Castiglione qu'il adresse sa lettre la plus célèbre sur la beauté idéale, vers 1514 : "Pour peindre une belle femme, il me faudrait en voir plusieurs belles ; mais étant donné la rareté des bons juges et des belles femmes, je me sers d'une certaine idée qui me vient à l'esprit." (lettre à Baldassare Castiglione, vers 1514). Il correspond également avec le pape Léon X sur la préservation des monuments antiques de Rome, plaidant pour un relevé systématique avant toute destruction liée aux nouvelles constructions.
Raphaël meurt à Rome le 6 avril 1520, à 37 ans, après quinze jours de fièvre. Giorgio Vasari, dans ses Vite (1550), attribue l'épisode à des "excès amoureux", formulation dont la valeur médicale est nulle mais qui contribue à la légende. La cause exacte reste non établie : fièvre infectieuse, pneumonie et syphilis ont été avancées par les historiens sans consensus. Il reçoit les derniers sacrements et fait mettre de l'ordre dans ses affaires. Son atelier est en pleine activité au moment de sa mort : La Transfiguration est inachevée. Selon Vasari, le tableau est exposé à la tête de son lit lors de la veillée funèbre. Les obsèques se déroulent au Vatican. À sa demande expresse, il est inhumé au Panthéon de Rome, honneur exceptionnel pour un artiste. Le pape Léon X pleure à l'annonce de sa mort, selon les chroniques de l'époque. L'épitaphe de son tombeau, composée par l'humaniste Pietro Bembo, est restée célèbre : "Ici repose Raphaël, de son vivant la grande Nature craignit d'être vaincue par lui, et à sa mort, elle craignit de mourir elle-même." (1520).
Né à Urbino (Marches), où la maison familiale est conservée et ouverte au public (Casa Natale di Raffaello), Raphaël passe ses années de formation à Pérouse et Florence avant de s'établir définitivement à Rome en 1508. Il y réside jusqu'à sa mort, rue de l'Église-Longue selon certaines sources. Il est inhumé au Panthéon d'Agrippa, Rome, dans une chapelle qu'il avait lui-même achetée. Le tombeau est toujours visible. Les Stanze di Raffaello aux musées du Vatican constituent le lieu le plus directement lié à son œuvre romaine.