Pierre Corneille, aussi appelé « le Grand Corneille » ou « Corneille l'aîné », né le 6 juin 1606 à Rouen et mort le 1er octobre 1684 à Paris (paroisse Saint-Roch), est un dramaturge et poète français du XVIIe siècle.
Issu d'une famille de la bourgeoisie de robe, Pierre Corneille, après des études de droit, occupa des offices d'avocat à Rouen tout en se tournant vers la littérature, comme bon nombre de diplômés en droit de son temps. Il écrivit d'abord des comédies comme Mélite, La Place royale, et des tragi-comédies comme L'Illusion comique (1636), Clitandre (vers 1630) et, en 1637, Le Cid, qui fut un triomphe malgré les critiques de ses rivaux et des théoriciens. Il avait aussi donné dès 1634-35 une tragédie mythologique (Médée), mais ce n'est qu'en 1640 qu'il se lança dans la voie de la tragédie historique — il fut le dernier des poètes dramatiques de sa génération à le faire —, donnant ainsi ce que la postérité considéra comme ses chefs-d’œuvre : Horace, Cinna, Polyeucte, Rodogune, Héraclius et Nicomède.
Déçu par l'accueil rencontré par Pertharite en 1652, pendant les troubles de la Fronde, au moment où le début de sa traduction de L'Imitation de Jésus-Christ connaissait un extraordinaire succès de librairie, il décida de renoncer à l'écriture théâtrale et acheva progressivement la traduction de L'Imitation. Plusieurs de ses confrères, constatant à leur tour que la Fronde avait occasionné un rejet de la tragédie historique et politique, renoncèrent de même à écrire des tragédies ou se concentrèrent sur le genre de la comédie. Tenté dès 1656 de revenir au théâtre par le biais d'une tragédie à grand spectacle que lui avait commandée un noble normand (La Conquête de la Toison d'or, créée à Paris six ans plus tard, fut l'un des plus grands succès du siècle), occupé les années suivantes à corriger tout son théâtre pour en publier une nouvelle édition accompagnée de discours critiques et théoriques, il céda facilement en 1658 à l'invitation du surintendant Nicolas Fouquet et revint au théâtre au début de 1659 en proposant une réécriture du sujet phare de la tragédie, Œdipe. Cette pièce fut très bien accueillie et Corneille enchaîna ensuite les succès durant quelques années, mais la faveur grandissante des tragédies où dominait l'expression du sentiment amoureux (de Philippe Quinault, de son propre frère Thomas, et enfin de Jean Racine) relégua ses créations au second plan. Il cessa d'écrire après le succès mitigé de Suréna en 1674. La tradition biographique des XVIIIe et XIXe siècles imagina un Corneille aux prises avec des difficultés matérielles durant ses dernières années, mais tous les travaux de la deuxième moitié du XXe siècle révèlent qu'il n'en fut rien et que Corneille acheva sa vie dans une situation confortable.
Son œuvre, trente-deux pièces au total, est variée : à côté de comédies proches de l'esthétique baroque, pleines d'invention théâtrale comme L'Illusion comique, Pierre Corneille a su donner une puissance émotionnelle et réflexive toute nouvelle à la tragédie moderne, apparue en France au milieu du XVIIe siècle. Aux prises avec la mise en place des règles du théâtre classique, il a marqué de son empreinte le genre par les hautes figures qu'il a créées : des âmes fortes placées devant des choix moraux fondamentaux (le fameux « dilemme cornélien ») comme Rodrigue qui doit choisir entre amour et honneur familial, Auguste qui préfère la clémence à la vengeance, ou Polyeucte placé entre l'amour humain et l'amour de Dieu. Si les figures des jeunes hommes pleins de fougue (Rodrigue, le jeune Horace) s'associent à des figures de pères nobles (Don Diègue ou le vieil Horace), les figures masculines ne doivent pas faire oublier les personnages féminins vibrants de sentiments comme Chimène dans Le Cid, Camille dans Horace ou Cléopâtre, reine de Syrie, dans Rodogune. Aussi marquée par la puissance d'un alexandrin rythmé qui donne de célèbres morceaux de bravoure (monologue de Don Diègue dans Le Cid, imprécations de Camille dans Horace) et la force de maximes à certaines paroles (« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », Le Cid, II, 2 - « Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi », dernier vers du Cid - « Je suis maître de moi comme de l'univers », Cinna, V, 3 - « Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine » Polyeucte, I, 1).
Le théâtre de Pierre Corneille fait ainsi écho aux tournures du Grand Siècle dont il reflète aussi les valeurs comme l'honneur et les grandes interrogations, sur le pouvoir par exemple (contexte de la mort de Richelieu et de Louis XIII), la question de la guerre civile dans La Mort de Pompée (1643), ou la lutte pour le trône dans Nicomède (1651, dans le contexte de la Fronde). Aujourd'hui il compte parmi les auteurs les plus joués et est par ailleurs l'une des références de la littérature universelle.
Etant riche, on est tout.
Rodrigue, as-tu du coeur ?
Qui peut tout doit tout craindre.
La mort n'a que douceur pour une âme
Mon mal augmente à le vouloir guérir.
L'obéissance est un métier bien rude.
Qui n'a qu'obéir saura mal commander.
La justice n'est pas une vertu d'état.
Fuyez un ennemi qui sait votre défaut.
Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement.
Le trop de confiance attire le danger.
La guerre civile est le règne du crime.
Un véritable roi n'est ni mari ni père.
D'où le mal procèdePart aussi le remède.
La raison et l'amour sont ennemis jurés.
Et le combat cessa faute de combattants.
Jamais un envieux ne pardonne au mérite.
Qui cache sa colère assure sa vengeance ;
On néglige aisément un homme qui néglige.
La vertu la plus ferme évite les hasards,
Un rien s'ajuste mal avec un autre rien ;
Je ne réplique point à des gens en colère.
La liberté jamais ne cesse d'être aimable.
Il faut bonne mémoire après qu'on a menti.
Pratiquez vos conseils ou n'en donnez pas.
Souvent qui tarde trop se laisse prévenir.
Je choisis un époux avec des yeux de mère.
Qui n'appréhende rien présume trop de soi.
Le pire des États, c'est l'État populaire.
Qui pardonne aisément invite à l'offenser ;
Celui-là fait le crime à qui le crime sert.
Qui veut tout retenir laisse tout échapper.
À raconter ses maux souvent on les soulage.
Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.
L'amour est un tyran qui n'épargne personne.
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier.
Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.
Si vous voulez régner, faites régner l'amour.
Un menteur est toujours prodigue de serments.
Et quiconque se plaint cherche à se consoler.
Et sur de grands exploits, bâtir sa renommée.
L'amour le plus parfait n'est pas le mariage.
La vie est un torrent d'éternelles disgrâces.
On retire souvent le bras pour mieux frapper.
Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards
A force d'être juste, on est souvent coupable.
Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner.
La force de l'amour paraît dans la souffrance.
C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve.
L'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur.
Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin !
Mais que sert le mérite où manque la fortune ?
Devine, si tu peux ; et choisis, si tu l'oses.
Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée.
Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage.
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Le trop de promptitude à l'erreur vous expose.
Les affronts à l'honneur ne se réparent point.
Vous êtes son amour, craignez d'être sa haine.
La violence est juste où la douceur est vaine.
Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.
Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.
La mort n'a que douceur pour une âme chrétienne
Les esprits généreux jugent tout par eux-mêmes.
Qui se vainc une fois peut se vaincre toujours.
Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous.
Qui n'aime que par force aime qu'on le néglige.
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.
On est toujours trop prêt quand on a du courage.
Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux.
On n'est point criminel quand on punit un crime.
Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.
Moins un homme sent son mal, plus il est malade.
L'absence ne fait mal que de ceux que l'on aime.
Je crains notre victoire autant que notre perte.
Ma valeur est ma race, et mon bras est mon père.
C'est un grand ressort qu'un peu d'amour jaloux.
Qui se venge en secret, en secret en fait gloire.
Apprends à te connaître, et descends en toi-même.
Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte.
Dieu ne veut point d'un coeur où le monde domine.
Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix.
Un bien acquis sans peine est un trésor en l'air.
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
A qui venge son père, il n'est rien d'impossible.
Qui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement.
Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.
On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tout.
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.
Mais ce que fait l'amour, l'amour aussi l'excuse.
Qui n'a que ce qu'il doit a peu de perte à faire.
Dans le bonheur d'autrui, je cherche mon bonheur.
On s'expose aisément quand on n'a rien à craindre.
Je ne fais rien du tout quand je pense tout faire.
Faut-il tant de fois vaincre avant que triompher !
Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !
Que venir, voir, et vaincre, est même chose en moi.
Un corps peut-il guérir, dont le coeur est malade ?
Un coeur né pour servir sait mal comme on commande.
A qui sait bien aimer, il n'est rien d'impossible .
Qui ne sent point son mal est d'autant plus malade.
Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit.
Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit.
La grâce est aux grands coeurs honteuse à recevoir.
C'est peu d'aller au ciel, je veux vous y conduire.
Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme !
Je suis Romaine, hélas ! puisque Horace est Romain.
Et qui change une fois peut changer tous les jours.
Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ?
On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes.
La liberté n'est rien quand tout le monde est libre.
Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre.
Il n'est plus temps d'aimer alors qu'il faut mourir.
Toujours, l'ambition déplaît quand elle est assouvie.
L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
Tout l'honneur d'un amant, c'est d'être amant fidèle.
Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre.
Nos plaisirs les plus doux ne vont pas sans tristesse.
Le temps est un grand maître, il règle bien des choses.
Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces.
Et l'honneur aux grands coeurs est plus cher que la vie.
L'amour est un grand maître, il instruit tout d'un coup.
On voit les maux d'autrui d'un autre oeil que les siens.
Et pour s'affranchir de la tyrannie tout s'appelle vertu.
La façon de donner vaut souvent mieux que ce qu'on donne.
La façon dont il est donné a plus de valeur que le cadeau.
Un amour véritable S'attache seulement à ce qu'il voit aimable.
Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années.
Qu'en attente de ce qu'on aime une heure est fâcheuse à passer !
Aux âmes bien nées, la valeur n'attends pas le nombre des années.
Le vrai savoir donne plus lieu de trembler que de s'enorgueillir.
Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années.
La moitié du monde sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde !
L'unité d'action consiste, dans la comédie, en l'unité d'intrigue.
C'est une imprudence d'écouter trop d'avis, et se tromper au choix.
Elle a je ne sais quoi qui ne peut consentir que l'on demeure à soi.
J'appelle rêveries Ce qu'en d'autres qu'un maître on nomme menteries.
L'amour rend tout permis ;Un véritable amant ne connaît point d'amis.
Il est nécessaire que chaque acte laisse une attente de quelque chose.
Qu'on est digne d'envie lorsqu'en perdant la force on perd aussi la vie !
La confidence avec un bon ami jamais, sans l'offenser, ne s'exerce à demi.
Qu'il fait bon avoir enduré ! Que le plaisir se goûte au sortir des supplices !
Quand une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
Quand une femme a le don de se taire, elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
L'amour a des tendresses que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.
O qu'il est doux de plaindre le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre !
On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé. Et le feu mal éteint est bientôt rallumé.
Et lorsque le malade aime sa maladie, qu'il a peine à souffrir que l'on y remédie !
La jalousie aveugle un coeur atteint, et, sans examiner, croit tout ce qu'elle craint.
Mourir pour le pays est un si digne sort, Qu'on briguerait en foule une si belle mort.
Je me défendrai mal : l'innocence étonnée Ne peut s'imaginer qu'elle soit soupçonnée ;
Chaque moment d'attente ôte de notre prix, et fille qui vieillit tombe dans le mépris.
Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter S'imagine un bonheur qu'il pense mériter !
Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice, C'est courir à la vie, et non au supplice.
Il est beau de tenter des choses inouïes, Dût-on voir par l'effet ses volontés trahies.
Nous n'avons point de coeur pour aimer ni haïr, Toutes nos passions ne savent qu'obéir.
Vouloir que la raison règne sur un amant, c'est être plus que lui dedans l'aveuglement.
Et le moindre moment d'un bonheur souhaitéVaut mieux qu'une si froide et vaine éternité.
Dorante vient d'accepter une certaine somme d'argent en " cadeau ". Son copain lui dit :
Le cuisant souvenir d'une action méchante soudain au moindre mot nous donne l'épouvante.
Quand le crime d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège.
Il est si naturel d'estimer ce qu'on aimeQu'on voudrait que partout on l'estimât de même.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec luiC'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture.
Un homme dont les biens font toutes les vertus ne peut être estimé que des coeurs abattus.
Le monde est un chaos, et son désordre excède tout ce qu'on y voudrait apporter de remède.
Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, jamais à son sujet un roi n'est redevable.
Monsieur, quand une femme a le don de se taire, Elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage ; Et l'audace impunie enfle trop un courage.
L'amour excuse tout dans un coeur enflammé et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.
Qui se venge à demi court lui-même à sa peine : Il faut ou condamner ou couronner sa haine.
La haine entre les grands se calme rarement ; La paix souvent n'y sert que d'un amusement ;
Quoiqu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
L'amour excuse tout dans un coeur enflammé,
Et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.
Il m'a fait trop de bien pour en dire du mal, il m'a fait trop de mal pour en dire du bien.
La curiosité souvent dans quelques âmes Produit le même effet que produiraient des flammes.
Un monarque a souvent des lois à s'imposer ;Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
Les bravades enfin sont des discours frivoles, Et qui songe aux effets néglige les paroles.
L'amour va rarement jusque dans un tombeau S'unir au reste affreux de l'objet le plus beau.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui ; c'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture.
Un monarque a souvent des lois à s'imposer ;
Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
La passion du trône est seule toujours belle, seule à qui l'âme doive une ardeur immortelle.
Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ;Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
Un coeur qui veut aimer, et qui sait comme on aime n'en demande jamais licence qu'à soi-même.
Je sens couler des pleurs que je veux retenir ; le passé me tourmente, et je crains l'avenir.
Et de quoi que nous flatte un désir amoureux, toute excuse est honteuse aux esprits généreux.
N'accusez point l'amour ni son aveuglement ; Quand on connaît sa faute, on manque doublement.
J'estime plus un don qu'une reconnaissance : Qui nous donne fait plus que qui nous récompense.
Quand on veut soutenir ceux que le sort accable, À force d'être juste on est souvent coupable.
Monsieur, pour conserver ma gloire et mon estime, désobéir un peu n'est pas un si grand crime.
L'amour dont la vertu n'est point le fondement Se détruit de soi-même, et passe en un moment ;
On retire souvent le bras pour mieux frapper. Qui veut que je la trompe a droit de me tromper.
Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir ; un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Deux amants que sépare une légère offenseRentrent d'un seul coup d'oeil en pleine intelligence.
Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir ; un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Et si vous vous aimez, gagnez sur vous ce pointDe vous donner entière, ou ne vous donnez point.
Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse.
Je meure, s'il n'est vrai que la moitié du monde sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde !
Mais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'avis, et se tromper au choix ;
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier : Qui veut qu'on s'en souvienne, il le doit oublier.
Je ne craindrai point d'avancer que le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable.
La gloire et le plaisir, la honte et les tourments, tout doit être commun entre de vrais amants.
O combien d'actions, combien d'exploits célèbresSont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres.
Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années.
Il est beau de périr pour éviter un crime :Quand on meurt pour sa gloire, on revit dans l'estime.
Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois.
Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux : et toute amitié meurt où naissent de vrais feux.
Ma flamme est toute pure, et sans rien présumer, je ne cherche en aimant que le seul bien d'aimer.
O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant tant vécu que pour cette infamie ?
Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque.
Si mourir pour son prince est un illustre sort,
Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
Un coeur est trop cruel quand il trouve des charmes Aux douceurs que corrompt l'amertume des larmes
Si mourir pour son prince est un illustre sort, quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne :
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
J'avais peur d'en trop dire ; et cruelle à moi-même, Parce que j'aime trop, j'ai banni ce que j'aime.
Tel donne à pleines mains qui n'oblige à personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
Je crains ce que je cherche, et je ne connais pas de plus grand heur pour moi que d'y perdre mes pas.
Si l'amour quelquefois souffre qu'on le contraigne, il souffre rarement qu'une autre ardeur l'éteigne.
J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis, Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes.
Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses : Des épines pour moi, vous les nommez des roses ;
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour ; plus l'offenseur est cher, plus grande est l'offense.
Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre ; Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre ;
Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.
Ô soupirs, ô respect ! oh ! qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre !
Nous n'avons qu'un honneur, il est tant de maîtresses ! L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : ils peuvent se tromper comme les autres hommes.
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.
La comédie n'est qu'un portrait de nos actions et de nos discours, et la perfection des portraits consiste en la ressemblance.
Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel Son crime eût-il cent fois mérité le supplice, D'un juste châtiment il fait une injustice.
Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie : Mais le trône soutient la majesté des rois Au-dessus des mépris, comme au-dessus des lois.
Et lorsqu'on dissimule un crime domestique, Par quelle autorité peut-on, par quelle loi, Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi ?
Si j'ai feint pour toi quelques feux, c'est à quoi plus rien ne m'oblige : quand on a l'effet de ses voeux, ce qu'on adorait se néglige.
La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau, et m'oblige à venger, après ce coup funeste, celle que je n'ai plus sur celle qui me reste.
Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils : Ces âmes que le ciel ne forma que de boue...
Il est doux de mourir après ses ennemis ; Et, de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.
En matière d'amour, rien n'oblige à tenir ; et les meilleurs amis, lorsque son feu les presse, font bientôt vanité d'oublier leur promesse.
Allons ; ma volonté n'a de loi que la tienne ; et l'amour, par tes yeux devenu tout-puissant, rend déjà la vigueur à mon corps languissant.
En matière d'amour, rien n'oblige à tenir ; et les meilleurs amis, lorsque son feu les presse, font bientôt vanité d'oublier leur promesse.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse : que je meure au combat, ou meure de tristesse, je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
L'amour le plus parfait n'est pas un mariage ; fort souvent moins que rien cause un grand changement, et les occasions naissent en ce moment.
Pauvre amant, je te plains qui ne sais pas encore que bien qu'une beauté mérite qu'on l'adore, pour en perdre le goût, on n'a qu'à l'épouser.
Les rois peuvent douter de leur toute-puissance :Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user :Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
Que l'amour aisément penche à la jalousie ! Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités, où les moindres soupçons passent pour vérités !
Un crime attire l'autre, et, de peur d'un supplice, on tâche, en étouffant ce qu'on en voit d'indice, de paraître innocent à force de forfaits.
Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose, qu'il soit quelquefois libre, et ne s'abaisse pas à nous rendre toujours compte de tous ses pas.
Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille si, comme avec bon droit on perd bien un procès, souvent un bon ouvrage a de faibles succès.
Une fausse louange est un blâme secret : je suis belle à tes yeux, il suffit, soit discret ; c'est mon plus grand bonheur, et le seul où j'aspire.
Loin de vous il n'est rien qu'avec plaisir je voie, tout me devient fâcheux, tout s'oppose à ma joie : un chagrin invincible accable tous mes sens.
Mais qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises ; Et quand il a dessein de se mettre en crédit, Plus il fait d'effort, moins il sait ce qu'il dit.
Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne saurait nous refuser.
Les visages souvent sont de doux imposteurs. Que de défauts d'esprit se couvrent de leur grâce ! Et que de beaux semblants cachent des âmes basses !
Tant qu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines, Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour.
Ah ! que loin des yeux Les moments à mon coeur deviennent ennuyeux ! Et que je reconnais par mon expérience Quel supplice aux amants est une heure d'absence !
Dispensez ma tristesseDe vous dépeindre ici la publique allégresse ;On décrit mal sa joie au milieu des malheurs ;Et sa plus douce idée est un sujet de pleurs.
Etant riche, on est tout.
Rodrigue, as-tu du coeur ?
Qui peut tout doit tout craindre.
La mort n'a que douceur pour une âme
Mon mal augmente à le vouloir guérir.
L'obéissance est un métier bien rude.
Qui n'a qu'obéir saura mal commander.
La justice n'est pas une vertu d'état.
Fuyez un ennemi qui sait votre défaut.
Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement.
Le trop de confiance attire le danger.
La guerre civile est le règne du crime.
Un véritable roi n'est ni mari ni père.
D'où le mal procèdePart aussi le remède.
La raison et l'amour sont ennemis jurés.
Et le combat cessa faute de combattants.
Jamais un envieux ne pardonne au mérite.
Qui cache sa colère assure sa vengeance ;
On néglige aisément un homme qui néglige.
La vertu la plus ferme évite les hasards,
Un rien s'ajuste mal avec un autre rien ;
Je ne réplique point à des gens en colère.
La liberté jamais ne cesse d'être aimable.
Il faut bonne mémoire après qu'on a menti.
Pratiquez vos conseils ou n'en donnez pas.
Souvent qui tarde trop se laisse prévenir.
Je choisis un époux avec des yeux de mère.
Qui n'appréhende rien présume trop de soi.
Le pire des États, c'est l'État populaire.
Qui pardonne aisément invite à l'offenser ;
Celui-là fait le crime à qui le crime sert.
Qui veut tout retenir laisse tout échapper.
À raconter ses maux souvent on les soulage.
Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.
L'amour est un tyran qui n'épargne personne.
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier.
Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.
Si vous voulez régner, faites régner l'amour.
Un menteur est toujours prodigue de serments.
Et quiconque se plaint cherche à se consoler.
Et sur de grands exploits, bâtir sa renommée.
L'amour le plus parfait n'est pas le mariage.
La vie est un torrent d'éternelles disgrâces.
On retire souvent le bras pour mieux frapper.
Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards
A force d'être juste, on est souvent coupable.
Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner.
La force de l'amour paraît dans la souffrance.
C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve.
L'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur.
Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin !
Mais que sert le mérite où manque la fortune ?
Devine, si tu peux ; et choisis, si tu l'oses.
Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée.
Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage.
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Le trop de promptitude à l'erreur vous expose.
Les affronts à l'honneur ne se réparent point.
Vous êtes son amour, craignez d'être sa haine.
La violence est juste où la douceur est vaine.
Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.
Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.
La mort n'a que douceur pour une âme chrétienne
Les esprits généreux jugent tout par eux-mêmes.
Qui se vainc une fois peut se vaincre toujours.
Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous.
Qui n'aime que par force aime qu'on le néglige.
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.
On est toujours trop prêt quand on a du courage.
Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux.
On n'est point criminel quand on punit un crime.
Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.
Moins un homme sent son mal, plus il est malade.
L'absence ne fait mal que de ceux que l'on aime.
Je crains notre victoire autant que notre perte.
Ma valeur est ma race, et mon bras est mon père.
C'est un grand ressort qu'un peu d'amour jaloux.
Qui se venge en secret, en secret en fait gloire.
Apprends à te connaître, et descends en toi-même.
Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte.
Dieu ne veut point d'un coeur où le monde domine.
Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix.
Un bien acquis sans peine est un trésor en l'air.
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
A qui venge son père, il n'est rien d'impossible.
Qui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement.
Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.
On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tout.
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.
Mais ce que fait l'amour, l'amour aussi l'excuse.
Qui n'a que ce qu'il doit a peu de perte à faire.
Dans le bonheur d'autrui, je cherche mon bonheur.
On s'expose aisément quand on n'a rien à craindre.
Je ne fais rien du tout quand je pense tout faire.
Faut-il tant de fois vaincre avant que triompher !
Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !
Que venir, voir, et vaincre, est même chose en moi.
Un corps peut-il guérir, dont le coeur est malade ?
Un coeur né pour servir sait mal comme on commande.
A qui sait bien aimer, il n'est rien d'impossible .
Qui ne sent point son mal est d'autant plus malade.
Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit.
Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit.
La grâce est aux grands coeurs honteuse à recevoir.
C'est peu d'aller au ciel, je veux vous y conduire.
Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme !
Je suis Romaine, hélas ! puisque Horace est Romain.
Et qui change une fois peut changer tous les jours.
Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ?
On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes.
La liberté n'est rien quand tout le monde est libre.
Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre.
Il n'est plus temps d'aimer alors qu'il faut mourir.
Toujours, l'ambition déplaît quand elle est assouvie.
L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
Tout l'honneur d'un amant, c'est d'être amant fidèle.
Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre.
Nos plaisirs les plus doux ne vont pas sans tristesse.
Le temps est un grand maître, il règle bien des choses.
Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces.
Et l'honneur aux grands coeurs est plus cher que la vie.
L'amour est un grand maître, il instruit tout d'un coup.
On voit les maux d'autrui d'un autre oeil que les siens.
Et pour s'affranchir de la tyrannie tout s'appelle vertu.
La façon de donner vaut souvent mieux que ce qu'on donne.
La façon dont il est donné a plus de valeur que le cadeau.
Un amour véritable S'attache seulement à ce qu'il voit aimable.
Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années.
Qu'en attente de ce qu'on aime une heure est fâcheuse à passer !
Aux âmes bien nées, la valeur n'attends pas le nombre des années.
Le vrai savoir donne plus lieu de trembler que de s'enorgueillir.
Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années.
La moitié du monde sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde !
L'unité d'action consiste, dans la comédie, en l'unité d'intrigue.
C'est une imprudence d'écouter trop d'avis, et se tromper au choix.
Elle a je ne sais quoi qui ne peut consentir que l'on demeure à soi.
J'appelle rêveries Ce qu'en d'autres qu'un maître on nomme menteries.
L'amour rend tout permis ;Un véritable amant ne connaît point d'amis.
Il est nécessaire que chaque acte laisse une attente de quelque chose.
Qu'on est digne d'envie lorsqu'en perdant la force on perd aussi la vie !
La confidence avec un bon ami jamais, sans l'offenser, ne s'exerce à demi.
Qu'il fait bon avoir enduré ! Que le plaisir se goûte au sortir des supplices !
Quand une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
Quand une femme a le don de se taire, elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
L'amour a des tendresses que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.
O qu'il est doux de plaindre le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre !
On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé. Et le feu mal éteint est bientôt rallumé.
Et lorsque le malade aime sa maladie, qu'il a peine à souffrir que l'on y remédie !
La jalousie aveugle un coeur atteint, et, sans examiner, croit tout ce qu'elle craint.
Mourir pour le pays est un si digne sort, Qu'on briguerait en foule une si belle mort.
Je me défendrai mal : l'innocence étonnée Ne peut s'imaginer qu'elle soit soupçonnée ;
Chaque moment d'attente ôte de notre prix, et fille qui vieillit tombe dans le mépris.
Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter S'imagine un bonheur qu'il pense mériter !
Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice, C'est courir à la vie, et non au supplice.
Il est beau de tenter des choses inouïes, Dût-on voir par l'effet ses volontés trahies.
Nous n'avons point de coeur pour aimer ni haïr, Toutes nos passions ne savent qu'obéir.
Vouloir que la raison règne sur un amant, c'est être plus que lui dedans l'aveuglement.
Et le moindre moment d'un bonheur souhaitéVaut mieux qu'une si froide et vaine éternité.
Dorante vient d'accepter une certaine somme d'argent en " cadeau ". Son copain lui dit :
Le cuisant souvenir d'une action méchante soudain au moindre mot nous donne l'épouvante.
Quand le crime d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège.
Il est si naturel d'estimer ce qu'on aimeQu'on voudrait que partout on l'estimât de même.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec luiC'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture.
Un homme dont les biens font toutes les vertus ne peut être estimé que des coeurs abattus.
Le monde est un chaos, et son désordre excède tout ce qu'on y voudrait apporter de remède.
Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, jamais à son sujet un roi n'est redevable.
Monsieur, quand une femme a le don de se taire, Elle a des qualités au-dessus du vulgaire.
Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage ; Et l'audace impunie enfle trop un courage.
L'amour excuse tout dans un coeur enflammé et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.
Qui se venge à demi court lui-même à sa peine : Il faut ou condamner ou couronner sa haine.
La haine entre les grands se calme rarement ; La paix souvent n'y sert que d'un amusement ;
Quoiqu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
L'amour excuse tout dans un coeur enflammé,
Et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.
Il m'a fait trop de bien pour en dire du mal, il m'a fait trop de mal pour en dire du bien.
La curiosité souvent dans quelques âmes Produit le même effet que produiraient des flammes.
Un monarque a souvent des lois à s'imposer ;Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
Les bravades enfin sont des discours frivoles, Et qui songe aux effets néglige les paroles.
L'amour va rarement jusque dans un tombeau S'unir au reste affreux de l'objet le plus beau.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui ; c'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture.
Un monarque a souvent des lois à s'imposer ;
Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
La passion du trône est seule toujours belle, seule à qui l'âme doive une ardeur immortelle.
Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ;Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
Un coeur qui veut aimer, et qui sait comme on aime n'en demande jamais licence qu'à soi-même.
Je sens couler des pleurs que je veux retenir ; le passé me tourmente, et je crains l'avenir.
Et de quoi que nous flatte un désir amoureux, toute excuse est honteuse aux esprits généreux.
N'accusez point l'amour ni son aveuglement ; Quand on connaît sa faute, on manque doublement.
J'estime plus un don qu'une reconnaissance : Qui nous donne fait plus que qui nous récompense.
Quand on veut soutenir ceux que le sort accable, À force d'être juste on est souvent coupable.
Monsieur, pour conserver ma gloire et mon estime, désobéir un peu n'est pas un si grand crime.
L'amour dont la vertu n'est point le fondement Se détruit de soi-même, et passe en un moment ;
On retire souvent le bras pour mieux frapper. Qui veut que je la trompe a droit de me tromper.
Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir ; un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Deux amants que sépare une légère offenseRentrent d'un seul coup d'oeil en pleine intelligence.
Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir ; un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Et si vous vous aimez, gagnez sur vous ce pointDe vous donner entière, ou ne vous donnez point.
Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse.
Je meure, s'il n'est vrai que la moitié du monde sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde !
Mais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'avis, et se tromper au choix ;
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier : Qui veut qu'on s'en souvienne, il le doit oublier.
Je ne craindrai point d'avancer que le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable.
La gloire et le plaisir, la honte et les tourments, tout doit être commun entre de vrais amants.
O combien d'actions, combien d'exploits célèbresSont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres.
Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années.
Il est beau de périr pour éviter un crime :Quand on meurt pour sa gloire, on revit dans l'estime.
Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois.
Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux : et toute amitié meurt où naissent de vrais feux.
Ma flamme est toute pure, et sans rien présumer, je ne cherche en aimant que le seul bien d'aimer.
O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant tant vécu que pour cette infamie ?
Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque.
Si mourir pour son prince est un illustre sort,
Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
Un coeur est trop cruel quand il trouve des charmes Aux douceurs que corrompt l'amertume des larmes
Si mourir pour son prince est un illustre sort, quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne :
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
J'avais peur d'en trop dire ; et cruelle à moi-même, Parce que j'aime trop, j'ai banni ce que j'aime.
Tel donne à pleines mains qui n'oblige à personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
Je crains ce que je cherche, et je ne connais pas de plus grand heur pour moi que d'y perdre mes pas.
Si l'amour quelquefois souffre qu'on le contraigne, il souffre rarement qu'une autre ardeur l'éteigne.
J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis, Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes.
Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses : Des épines pour moi, vous les nommez des roses ;
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour ; plus l'offenseur est cher, plus grande est l'offense.
Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre ; Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre ;
Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.
Ô soupirs, ô respect ! oh ! qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre !
Nous n'avons qu'un honneur, il est tant de maîtresses ! L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : ils peuvent se tromper comme les autres hommes.
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.
La comédie n'est qu'un portrait de nos actions et de nos discours, et la perfection des portraits consiste en la ressemblance.
Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel Son crime eût-il cent fois mérité le supplice, D'un juste châtiment il fait une injustice.
Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie : Mais le trône soutient la majesté des rois Au-dessus des mépris, comme au-dessus des lois.
Et lorsqu'on dissimule un crime domestique, Par quelle autorité peut-on, par quelle loi, Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi ?
Si j'ai feint pour toi quelques feux, c'est à quoi plus rien ne m'oblige : quand on a l'effet de ses voeux, ce qu'on adorait se néglige.
La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau, et m'oblige à venger, après ce coup funeste, celle que je n'ai plus sur celle qui me reste.
Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils : Ces âmes que le ciel ne forma que de boue...
Il est doux de mourir après ses ennemis ; Et, de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.
En matière d'amour, rien n'oblige à tenir ; et les meilleurs amis, lorsque son feu les presse, font bientôt vanité d'oublier leur promesse.
Allons ; ma volonté n'a de loi que la tienne ; et l'amour, par tes yeux devenu tout-puissant, rend déjà la vigueur à mon corps languissant.
En matière d'amour, rien n'oblige à tenir ; et les meilleurs amis, lorsque son feu les presse, font bientôt vanité d'oublier leur promesse.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse : que je meure au combat, ou meure de tristesse, je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
L'amour le plus parfait n'est pas un mariage ; fort souvent moins que rien cause un grand changement, et les occasions naissent en ce moment.
Pauvre amant, je te plains qui ne sais pas encore que bien qu'une beauté mérite qu'on l'adore, pour en perdre le goût, on n'a qu'à l'épouser.
Les rois peuvent douter de leur toute-puissance :Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user :Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.
Que l'amour aisément penche à la jalousie ! Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités, où les moindres soupçons passent pour vérités !
Un crime attire l'autre, et, de peur d'un supplice, on tâche, en étouffant ce qu'on en voit d'indice, de paraître innocent à force de forfaits.
Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose, qu'il soit quelquefois libre, et ne s'abaisse pas à nous rendre toujours compte de tous ses pas.
Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille si, comme avec bon droit on perd bien un procès, souvent un bon ouvrage a de faibles succès.
Une fausse louange est un blâme secret : je suis belle à tes yeux, il suffit, soit discret ; c'est mon plus grand bonheur, et le seul où j'aspire.
Loin de vous il n'est rien qu'avec plaisir je voie, tout me devient fâcheux, tout s'oppose à ma joie : un chagrin invincible accable tous mes sens.
Mais qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises ; Et quand il a dessein de se mettre en crédit, Plus il fait d'effort, moins il sait ce qu'il dit.
Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne saurait nous refuser.
Les visages souvent sont de doux imposteurs. Que de défauts d'esprit se couvrent de leur grâce ! Et que de beaux semblants cachent des âmes basses !
Tant qu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines, Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour.
Ah ! que loin des yeux Les moments à mon coeur deviennent ennuyeux ! Et que je reconnais par mon expérience Quel supplice aux amants est une heure d'absence !
Dispensez ma tristesseDe vous dépeindre ici la publique allégresse ;On décrit mal sa joie au milieu des malheurs ;Et sa plus douce idée est un sujet de pleurs.