Niki de Saint Phalle, plasticienne, peintre et sculptrice franco-américaine née le 29 octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine et morte le 21 mai 2002 à La Jolla, est l'autrice des Tirs, des Nanas monumentales et du Jardin des Tarots en Toscane, et seule femme du groupe des Nouveaux Réalistes.
Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle grandit entre New York et la France, travaille comme mannequin pour Vogue, Life et Harper's Bazaar dans les années 1940, puis épouse en 1949 l'écrivain américain Harry Mathews, futur membre de l'Oulipo. Installée à Paris en 1951, elle aborde la peinture en autodidacte après une dépression sévère traitée par électrochocs en 1953 à Nice. Encouragée par le peintre américain Hugh Weiss, son mentor, elle développe des assemblages et des reliefs. En 1955, la découverte du Parc Güell d'Antoni Gaudí à Barcelone et du Palais idéal du Facteur Cheval bouleverse sa pratique. Sa rencontre avec Jean Tinguely impasse Ronsin la rapproche du milieu d'avant-garde parisien, où Pontus Hultén, futur premier directeur du Centre Pompidou, repère son travail.
En février 1961, elle réalise sa première séance de Tirs, performances où le public tire à la carabine sur des reliefs en plâtre piégés de poches de peinture. La même année, Pierre Restany l'intègre au groupe des Nouveaux Réalistes aux côtés de Yves Klein, Arman, César et Mimmo Rotella. À partir de 1964, elle conçoit ses premières Nanas, sculptures féminines colorées et opulentes. En 1966, elle réalise avec Tinguely et Per Olof Ultvedt Hon, Nana géante de 28 mètres exposée au Moderna Museet de Stockholm. Suivent le Golem à Jérusalem (1972), le Crocrodrome au Centre Pompidou (1977), la Fontaine Stravinsky avec Tinguely à Paris en 1983, puis le chantier de sa vie, le Jardin des Tarots en Toscane.
1930 : naissance le 29 octobre à Neuilly-sur-Seine
1949 : mariage avec Harry Mathews à l'église française de New York
1953 : crise psychique grave, internement de six semaines à Nice
1955 : découverte de l'œuvre de Gaudí à Barcelone
1961 : premiers Tirs et entrée chez les Nouveaux Réalistes
1966 : Hon au Moderna Museet de Stockholm
1971 : mariage avec Jean Tinguely le 13 juillet
1979 : début du chantier du Jardin des Tarots à Garavicchio
1983 : inauguration de la Fontaine Stravinsky à Paris
1987 : refus de la Légion d'honneur proposée par Jack Lang
1991 : mort de Jean Tinguely le 30 août
1994 : publication de Mon secret aux éditions de la Différence
1998 : ouverture au public du Jardin des Tarots
2000 : Praemium Imperiale au Japon et citoyenneté d'honneur de Hanovre
2002 : mort le 21 mai à La Jolla en Californie
Fille d'André-Marie de Saint-Phalle, banquier français issu d'une lignée aristocratique, et de Jeanne Jacqueline Harper, Américaine, Catherine grandit entre la Nièvre, le Connecticut et l'Upper East Side de Manhattan. Elle fréquente l'école religieuse de Suffern dans l'État de New York puis obtient son diplôme à l'Oldfield School du Maryland en 1947. De son premier mariage avec Harry Mathews naissent Laura Duke Mathews à Boston en avril 1951, devenue actrice sous le nom de Laura Duke Condominas après son mariage avec Laurent Condominas et révélée par Robert Bresson dans Lancelot du Lac en 1974, puis Philip Mathews le 1er mai 1955.
Séparée de Mathews en 1960, elle partage l'atelier impasse Ronsin avec Jean Tinguely, qu'elle épouse le 13 juillet 1971 après le divorce de ce dernier d'avec Eva Aeppli. Le couple noue des liens étroits avec Pontus Hultén, le compositeur Pierre Boulez, commanditaire de la Fontaine Stravinsky, et la famille Agnelli, mécène en Italie. Endeuillée par la mort de son assistant Ricardo Menon emporté par le sida en 1989, elle s'engage dans l'association AIDES et publie en 1990 avec son fils Philip Mathews le livre Le sida, tu ne l'attraperas pas, distribué dans les écoles françaises.
Niki de Saint Phalle meurt le 21 mai 2002 à l'hôpital de San Diego, en Californie, des suites d'une insuffisance respiratoire chronique. La pathologie est attribuée aux émanations toxiques du polyester qu'elle découpait depuis les années 1960 pour ses sculptures monumentales, à laquelle s'ajoutait une polyarthrite rhumatoïde déclarée au début des années 1980. Elle s'était installée à La Jolla en 1994 pour raisons de santé. La gestion et la promotion de son œuvre sont depuis assurées par la Niki Charitable Art Foundation, fondée à Santee en Californie. En mars 2003, le Sprengel Museum de Hanovre inaugure la Grotte des Jardins royaux de Herrenhausen, conçue par l'artiste à partir des 300 pièces qu'elle avait données à la ville en 2000.
Son œuvre est conservée principalement au Sprengel Museum de Hanovre, au musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Nice, qui a reçu 190 pièces en donation en 2001, et au Niki Charitable Art Foundation Archives. Le Jardin des Tarots de Garavicchio en Toscane et la Fontaine Stravinsky à Paris constituent ses mémoriaux publics.
1 - L'artiste a habité l'intérieur de sa propre sculpture L'Impératrice pendant les premiers chantiers du Jardin des Tarots. La cavité de 15 mètres abritait chambre, cuisine, salle à manger et salle de bains aménagée dans l'un des seins, entièrement tapissée de fragments de miroirs vénitiens.
2 - En 1987, sur proposition du ministre de la Culture Jack Lang, elle est nommée chevalier de la Légion d'honneur, mais elle refuse la décoration. Elle accepte en revanche en 2000 le Praemium Imperiale du Japon, considéré comme l'équivalent du Nobel pour les arts.
3 - Sur la tombe de son assistant Ricardo Menon au cimetière du Montparnasse à Paris, elle pose en 1990 un chat de céramique de 1,50 mètre couvert de tessons de mosaïque, accompagné d'une épitaphe qu'elle rédige elle-même.
4 - Le récit autobiographique Mon secret, publié en 1994 à l'âge de soixante-quatre ans sous forme de lettre manuscrite adressée à sa fille Laura, révèle publiquement le viol incestueux commis par son père André-Marie de Saint-Phalle durant l'été 1942, alors qu'elle avait onze ans.
5 - En 1966, sa Nana géante Hon exposée à Stockholm contenait une galerie d'art, un toboggan et un bar à lait logé dans l'un des seins, accessibles aux visiteurs par une ouverture pratiquée entre les jambes.
6 - La réalisatrice Céline Sallette lui consacre en 2024 un film biographique, Niki, présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes, avec Charlotte Le Bon dans le rôle-titre, Damien Bonnard en Jean Tinguely et John Robinson en Harry Mathews.
- Métier(s) : plasticienne, peintre, sculptrice, réalisatrice de films, autrice
- Résidence principale : La Jolla, Californie, de 1994 à 2002
- Relations de couple : Harry Mathews (1949-1961, divorce), Jean Tinguely (1971-1991, veuvage)
- Enfants : Laura Duke Mathews (1951) et Philip Mathews (1955)
- Distinctions : Praemium Imperiale (2000), Prix Caran d'Ache (1994), citoyenne d'honneur de Hanovre (2000)
33 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
« En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. »
— Déclaration de Niki de Saint Phalle sur la série des Tirs, reprise dans les monographies consacrées à son œuvre
« J'ai décidé très tôt d'être une héroïne. L'important était que ce fut difficile, grand, excitant ! »
— Écrits autobiographiques de Niki de Saint Phalle
« Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C'était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail. »
— Écrits autobiographiques de Niki de Saint Phalle, repris dans les monographies
« Pour moi, mes sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d'aujourd'hui, la femme au pouvoir. »
— Déclaration de l'artiste reprise dans ses écrits et entretiens publiés
« Le viol n'est pas essentiellement un acte sexuel, c'est un crime contre l'esprit. Il me rendit à jamais solidaire de tous ceux que la société et la loi excluent et écrasent. »
— Niki de Saint Phalle, Mon secret, éditions de la Différence, 1994
« J'imaginais la peinture se mettant à saigner. Blessée de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations. »
— Citation reprise dans ses écrits autobiographiques, publiée notamment dans les recueils des éditions de la Différence
« En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. »
— Déclaration de Niki de Saint Phalle sur la série des Tirs, reprise dans les monographies consacrées à son œuvre
« J'ai décidé très tôt d'être une héroïne. L'important était que ce fut difficile, grand, excitant ! »
— Écrits autobiographiques de Niki de Saint Phalle
« Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C'était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail. »
— Écrits autobiographiques de Niki de Saint Phalle, repris dans les monographies
« Pour moi, mes sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d'aujourd'hui, la femme au pouvoir. »
— Déclaration de l'artiste reprise dans ses écrits et entretiens publiés
« Le viol n'est pas essentiellement un acte sexuel, c'est un crime contre l'esprit. Il me rendit à jamais solidaire de tous ceux que la société et la loi excluent et écrasent. »
— Niki de Saint Phalle, Mon secret, éditions de la Différence, 1994
« J'imaginais la peinture se mettant à saigner. Blessée de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations. »
— Citation reprise dans ses écrits autobiographiques, publiée notamment dans les recueils des éditions de la Différence