Naissance
La Brède (33), France
Décès
fièvre
Nationalité

Biographie

Philosophe et écrivain majeur des Lumières né le 18 janvier 1689 au château de la Brède, Montesquieu a durablement transformé la pensée politique mondiale par sa théorie de la séparation des pouvoirs, socle des démocraties modernes.


Parcours

Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, reçoit une éducation soignée au collège de Juilly avant de poursuivre des études de droit à Bordeaux puis à Paris. En 1714, il devient conseiller au parlement de Bordeaux, puis président à mortier en 1716, succédant à son oncle. Passionné par les sciences, il intègre l'Académie de Bordeaux où il mène des recherches sur l'anatomie et la physique. Cependant, c'est en 1721 qu'il acquiert une immense célébrité littéraire avec la publication anonyme des Lettres persanes à Amsterdam. Ce roman épistolaire satirique dépeint avec ironie les travers de la société française sous la Régence. En 1726, il vend sa charge de magistrat pour se consacrer pleinement à l'écriture et à l'observation des mœurs. Il entame alors une série de voyages à travers l'Europe, séjournant notamment en Autriche, en Italie et surtout en Angleterre, où il étudie avec fascination le système parlementaire britannique.

De retour en France, il publie en 1734 ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, une œuvre qui préfigure sa méthode d'analyse historique. Il consacre ensuite quatorze années à son chef-d'œuvre, De l'esprit des lois, publié en 1748. Dans cet ouvrage monumental, il analyse la diversité des lois et des gouvernements, proposant la célèbre distinction entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Malgré les critiques et la mise à l'Index de son œuvre par l'Église catholique, son influence est immédiate et profonde, inspirant les rédacteurs de la Constitution américaine et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Membre de l'Académie française depuis 1728, il continue de travailler à l'amélioration de ses textes et à la rédaction d'articles pour l'Encyclopédie, comme l'article "Goût", jusqu'à sa mort à Paris, affaibli par une santé déclinante et une vue devenue presque nulle.


Repères chronologiques

1689 : Naissance au château de la Brède, près de Bordeaux
1708 : Obtention de sa licence de droit à l'université de Bordeaux
1714 : Devient conseiller au parlement de Bordeaux
1715 : Mariage avec Jeanne de Lartigue à Bordeaux
1716 : Reçoit la charge de président à mortier et le titre de baron de Montesquieu
1721 : Publication à Amsterdam des Lettres persanes
1728 : Élection à l'Académie française au fauteuil numéro 2
1728 : Début de ses voyages à travers l'Europe (Autriche, Hongrie, Italie)
1729 : Arrivée à Londres pour étudier le système politique anglais
1734 : Parution des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains
1748 : Publication à Genève de son œuvre majeure De l'esprit des lois
1750 : Rédaction de la Défense de l'Esprit des lois face aux critiques religieuses
1751 : L'ouvrage De l'esprit des lois est mis à l'Index par la Congrégation de l'Index
1755 : Décès de Montesquieu à Paris le 10 février


Vie personnelle et engagements

Montesquieu est le fils de Jacques de Secondat et de Marie-Françoise de Pesnel, héritière de la baronnie de La Brède. Il perd sa mère à l'âge de sept ans. En 1715, il épouse Jeanne de Lartigue, une protestante issue d'une riche famille de la noblesse de robe, qui lui apporte une dot importante. Ensemble, ils ont trois enfants : Jean-Baptiste, Marie et Denise. Malgré ses longs voyages et ses séjours parisiens, Montesquieu reste profondément attaché à ses terres girondines, gérant avec soin ses vignobles et son domaine de La Brède, où il passe une grande partie de son temps à écrire dans sa bibliothèque monumentale.

Au sein des cercles sociaux, Montesquieu fréquente les salons parisiens les plus influents, notamment celui de la marquise de Lambert et de Madame de Tencin. Il est lié d'amitié avec d'autres intellectuels comme Fontenelle et Lord Chesterfield. Membre de la Royal Society de Londres, il s'engage pour une approche scientifique et rationnelle des faits sociaux. Passionné par la liberté individuelle, il critique ouvertement le despotisme et l'esclavage, consacrant un chapitre célèbre de De l'esprit des lois à la dénonciation de la traite négrière. Son mentor intellectuel fut en partie son oncle, Jean-Baptiste de Secondat, qui lui transmit non seulement ses titres et sa fortune, mais aussi le goût pour la magistrature et la rigueur d'analyse législative.


Contexte du décès

Montesquieu meurt le 10 février 1755 dans son hôtel particulier de la rue Saint-Dominique à Paris. La pathologie responsable de son décès est une fièvre inflammatoire, vraisemblablement une pneumonie, contractée après avoir pris froid. Ses funérailles ont lieu le lendemain en l'église Saint-Sulpice, dans une relative simplicité. Seul l'encyclopédiste Diderot figure parmi les personnalités célèbres présentes lors de l'inhumation, les autres hommes de lettres s'étant montrés discrets. Son éloge funèbre sera prononcé plus tard par d'Alembert au sein de l'Académie française. Il est enterré dans la chapelle Sainte-Geneviève de l'église Saint-Sulpice, mais sa dépouille disparaîtra lors de la Révolution française.


Lieux de référence

Le château de la Brède reste le lieu de mémoire principal de Montesquieu, conservant sa chambre et sa bibliothèque en l'état. Bien que son corps ait disparu de l'église Saint-Sulpice à Paris, un cénotaphe lui rend hommage. On trouve également des bustes et des plaques commémoratives à Bordeaux, ainsi qu'une statue monumentale sur la place des Quinconces, l'érigeant comme l'une des deux figures tutélaires de la ville avec Montaigne.


Anecdotes

1 - Pour rédiger De l'esprit des lois, Montesquieu a dû employer plusieurs secrétaires à la fin de sa vie car il souffrait d'une cataracte sévère qui le rendait presque aveugle, lui interdisant de lire ses propres notes.
2 - Le château de la Brède possède une forme originale de navire entouré de douves, un aménagement que Montesquieu lui-même a contribué à entretenir avec soin entre ses sessions d'écriture philosophique.
3 - Lors de son séjour en Angleterre, il fut tellement impressionné par la liberté de parole qu'il écrivit dans ses notes que "Londres est une ville où l'on a le droit de dire tout ce que l'on pense".
4 - Bien qu'il soit l'un des penseurs les plus influents de l'histoire, il a publié ses Lettres persanes sous l'anonymat pour éviter la censure royale, prétendant avoir simplement traduit les manuscrits de voyageurs persans de passage.


Points clés

- Métier(s) : Philosophe, magistrat, écrivain, historien
- Résidence principale : Château de la Brède, Guyenne (France)
- Relations de couple : Jeanne de Lartigue (épouse)
- Enfants : Jean-Baptiste, Marie, Denise
- Distinctions : Membre de l'Académie française, Membre de la Royal Society

Postérité

311 voies portent son nom en France.

Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.

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Autres membres de l'académie française

Citations

Tous les maris sont laids.
Le mérite console de tout.
La médiocrité est un garde-fou.
La gravité est le bouclier des sots.
Le mieux est le mortel ennemi du bien.
Malheureux le roi qui n'a qu'une tête !
L'ignorance est la mère des traditions.
La gravité est le bonheur des imbéciles.
Vérité dans un temps, erreur dans un autre.
La tristesse vient de la solitude du coeur.
Les nations libres sont des nations policées.
Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu.
La propreté est l'image de la netteté de l'âme.
La plupart des mépris ne valent que des mépris.
L'amour de la démocratie est celui de l'égalité.
L'argent est très estimable, quand on le méprise.
La volonté du souverain est le souverain lui-même.
Celui qui fait exécuter les lois doit y être soumis.
La liberté, ce bien qui fait jouir des autres biens.
L'Europe est un Etat composé de plusieurs provinces.
Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise.
Ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres ?
Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident.
Je suis distrait. Je n'ai de mémoire que dans le coeur.
Dieu m'a donné du bien, et je me suis donné du superflu.
Plus une tête est vide, plus elle cherche à se désemplir.
Le commerce est la chose du monde la plus utile à l'Etat.
Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes.
Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.
Si la famine vient, la suprême loi c'est le salut du peuple.
Les moeurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois.
Un homme d'esprit sent ce que les autres ne font que savoir.
La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent.
Ce n'est pas l'esprit qui fait les opinions, c'est le coeur.
Il y a une infinité de choses où le moins mal est le meilleur.
La gêne du commandement fatiguera comme celle de l'obéissance.
Une monarchie corrompue ce n'est pas un Etat ; c'est une cour.
Ce n'est pas les médecins qui nous manquent, c'est la médecine.
L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples.
Il faut d'abord bien savoir le latin. Ensuite, il faut l'oublier.
Tout ce qui est devrait être. Tout ce qui est pouvait ne pas être.
Il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire.
Ce qui n'est point utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille.
Nous louons les gens à proportion de l'estime qu'ils ont pour nous.
Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé.
Un empire fondé sur les armes a besoin de se soutenir par les armes.
Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés.
Il faut éclairer l'histoire par les lois et les lois par l'histoire.
Généralement toutes les professions détruisent l'harmonie des idées.
La politique est une lime sourde et qui parvient lentement à sa fin.
Le ciel peut seul faire les dévots ; les princes font les hypocrites.
Nés pour la médiocrité nous sommes accablés par les esprits sublimes.
On mesure l'importance d'un homme à la mesure de ceux qui s'en réclame.
L'avantage de l'amour sur la débauche, c'est la multitude des plaisirs.
Les républiques finissent par le luxe ; les monarchies par la pauvreté.
Les hommes naissent bien dans l'égalité mais ils n'y sauraient demeurer.
Les conjonctions illicites contribuent peu à la propagation de l'espèce.
La crainte ajoute à nos peines, comme les désirs ajoutent à nos plaisirs.
Une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation.
Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les lecteurs.
Ce qui manque aux orateurs en profondeur, ils vous le donnent en longueur.
Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie.
Il ne faut point faire par les lois ce que l'on peut faire par les moeurs.
La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes.
Il semble qu'il n'y ait point de milieu entre l'excellent et le détestable.
Tout homme qui est censé avoir l'âme libre doit être gouverné par lui-même.
Il ne faut pas mettre du vinaigre dans ses écrits, il faut y mettre du sel.
C'est une ennuyeuse maladie qu'une santé conservée par un trop grand régime.
J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers.
Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses.
L'adresse n'est autre chose qu'une juste dispensation des forces que l'on a.
La raillerie est un discours en faveur de son esprit contre son bon naturel.
Souvent les gens perdent leur fortune par ambition et se ruinent par avarice.
La France n'a et n'aura jamais de plus mortels ennemis que les Français exilés.
Je n'aime que ma patrie ; je ne crains que les dieux ; je n'espère que la vertu.
On ne jugera jamais bien des hommes si on ne leur passe les préjugés de leur temps.
Remarquez bien que la plupart des choses qui nous font plaisir sont déraisonnables.
L'espionnage serait peut-être tolérable s'il pouvait être exercé par d'honnêtes gens.
Il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers.
C'est un malheur de n'être point aimée ; mais c'est un affront que de ne l'être plus.
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.
Tous les hommes sont des bêtes ; les princes sont des bêtes qui ne sont pas attachées.
Plus d'Etats ont péri parce qu'on a violé les moeurs que parce qu'on a violé les lois.
Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle sont d'abord appelés hérétiques.
Pour qu'un homme soit au-dessus de l'humanité, il en coûte trop cher à tous les autres.
La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure.
Le caractère naturel du Français est composé des qualités du singe et du chien couchant.
Les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité mais en raison de leur liberté.
Le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver il faut l'aimer.
La pudeur sied bien à tout le monde ; mais il faut savoir la vaincre et jamais la perdre.
Lorsque la mort a égalisé les fortunes, une pompe funèbre ne devrait pas les différencier.
Les hommes, fripons en détails, sont en gros de très honnêtes gens : ils aiment la morale.
Un homme n'est pas malheureux parce qu'il a de l'ambition, mais parce qu'il en est dévoré.
Cherchons à nous accommoder à cette vie ; ce n'est point à cette vie à s'accommoder à nous.
Je n'aime point Dieu parce que je ne le connais pas, ni le prochain parce que je le connais.
Il faudrait convaincre les hommes du bonheur qu'ils ignorent, lors même qu'ils en jouissent.
Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux
Les gens qui ont peu d'affaires sont de très grands parleurs : moins on pense, plus on parle.
Quelle lâcheté de se sentir découragé du bonheur des autres et d'être accablé de leur fortune.
Si nous connaissions bien le prix d'un véritable ami, nous passerions notre vie à le chercher.
L'éducation consiste à nous donner des idées, et la bonne éducation à les mettre en proportion.
Il faut savoir le prix de l'argent : les prodigues ne le savent pas, et les avares encore moins.
La France : Laissez-lui faire des choses frivoles sérieusement et gaiement les choses sérieuses.
C'est la capitale qui, surtout, fait les moeurs des peuples ; c'est Paris qui fait les Français.
L'équité naturelle demande que le degré de preuve soit proportionné à la grandeur de l'accusation.
Ce qui m'a toujours beaucoup nui, c'est que j'ai toujours trop méprisé ceux que je n'estimais pas.
Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu'elle est juste.
J'ai toujours eu pour principe de ne faire jamais par autrui ce que je pouvais faire par moi-même.
Quand dans un royaume il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est perdu.
On ne veut pas mourir. Chaque homme est proprement une suite d'idées qu'on ne veut pas interrompre.
Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.
Un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer d'une autre.
Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant soi. Il faut les faire suivre.
Vous faites bien d'amasser de l'argent pendant votre vie : on ne sait ce qui arrivera après la mort.
Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on ne s'estime pas assez que de ce qu'on s'estime trop.
Il est très surprenant que les richesses des gens d'Eglise aient commencé par le principe de pauvreté.
Dans les jeunes femmes, la beauté supplée à l'esprit. Dans les vieilles, l'esprit supplée à la beauté.
Il faut bien connaître les préjugés de son siècle, afin de ne les choquer pas trop, ni trop les suivre.
La religion est moins un sujet de sanctification qu'un sujet de disputes qui appartient à tout le monde.
L'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais.
Il est bon quelquefois que les lois ne paraissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent.
Un courtisan est semblable à ces plantes faites pour ramper qui s'attachent à tout ce qu'elles trouvent.
Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais heureusement, si elles ne sont bien cultivées.
Toutes les religions ont eu leurs mystères, et il semble que, sans cela, il n'y aurait point de religion.
C'est la concurrence qui met un prix juste aux marchandises et qui établit les vrais rapports entre elles.
Les épigrammes sont des petites flèches déliées, qui font une plaie profonde et inaccessibles aux remèdes.
Dans la paix se faire le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal possible, voilà le droit des gens.
Il faut peu d'esprit pour montrer ce qu'on sait, mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu'on ignore.
Les Français enferment quelques fous dans une maison pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas.
Une religion qui offrirait des récompenses sûres dans l'autre vie verrait disparaître ses dévots à milliers.
Un homme qui enseigne devient aisément opiniâtre, parce qu'il fait le métier d'un homme qui n'a jamais tort.
Les lions ont une grande force, mais elle leur serait inutile, si la nature ne leur avait pas donné des yeux.
L'effet ordinaire des colonies est d'affaiblir les pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on les envoie.
Je voudrais bannir les pompes funèbres : il faut pleurer les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort.
Il ne faut rien faire que de raisonnable ; mais il faut bien se garder de faire toutes les choses qui le sont.
Les propositions mathématiques sont reçues comme vraies parce que personne n'a intérêt qu'elles soient fausses.
Je suis persuadé que les anges ne méprisent pas tant les hommes que les hommes se méprisent les uns les autres.
Quand une chose bonne a un inconvénient, il est d'ordinairement plus prudent d'ôter l'inconvénient que la chose.
Voici comment je définis le talent : un don que Dieu nous a fait en secret, et que nous révélons sans le savoir.
L'homme pieux et l'athée parlent toujours de religion : l'un parle de ce qu'il aime, et l'autre ce qu'il craint.
Il n'y a point de liberté si la puissance de juger n'est pas séparé par la puissance légitime et de l'exécutrice.
Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
La force principale de la religion vient de ce qu'on la croit : la force des lois humaines de ce qu'on les craint.
J'appelle préjugé, non pas ce qui fait qu'on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même.
Tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux, et tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques.
La crainte est un ressort qu'il faut ménager ; il ne faut jamais faire de loi sévère lorsqu'une plus douce suffit.
La république est une dépouille ; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.
Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie contre des heures délicieuses.
Une chose n'est pas juste parce qu'elle est la loi, mais au contraire elle doit être la loi parce qu'elle est juste.
Heureux celui qui, connaissant tout le prix d'une vie douce et tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille !
Les moeurs et les manières sont des usages que les lois n'ont point établis, ou n'ont pu, ou n'ont pas voulu établir.
Je n'ai pas été fâché de passer pour distrait: cela m'a fait hasarder bien des négligences qui m'auraient embarrassées.
C'est un bonheur d'être d'une grande naissance, ce n'est pas un malheur d'être d'une médiocre ; le mérite console tout.
Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice.
On est ordinairement maître de donner à ses enfants ses connaissances ; on l'est encore plus de leur donner ses passions.
C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et le temps où l'on est trop vieux.
Il n'y a rien de si puissant qu'une république où l'on observe les lois non par crainte mais par passion comme le fit Rome.
Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice.
C'est un malheur qu'il y ait trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et le temps où l'on est trop vieux.
Malheureuse condition des hommes ! A peine l'esprit est-il parvenu au point de sa maturité, le corps commence à s'affaiblir.
Un homme qui écrit bien n'écrit pas comme on a écrit, mais comme il écrit, et c'est souvent en parlant mal qu'on parle bien.
Lorsque les lois d'un état ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent à se tolérer entre elles.
La prospérité tourne plus la tête que l'adversité ; c'est que l'adversité vous avertit et que la prospérité fait qu'on s'oublie.
Les enfants peut-être seraient plus chers à leurs pères, et réciproquement les pères à leurs enfants, sans le titre d'héritiers.
Pour bien écrire il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour ne pas être ennuyeux, pas trop de peur de n'être pas entendu.
Il faut plaindre les gens malheureux, même ceux qui ont mérité de l'être, quand ce ne serait que parce qu'ils ont mérité de l'être.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
'L'amitié est un contrat par lequel nous nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un afin qu'il nous en rende des grands.'
Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux.
Si la physique n'avait d'autres inventions que celles de la poudre et du feu grégeois, on ferait fort bien de la bannir comme la magie.
L'amitié est un contrat par lequel nous nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un pour qu'il nous en rende de plus grands.
Tout homme est capable de faire du bien à un homme ; mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une société entière.
Dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet, ils se croient libres et pourtant ils sont pris.
C'est une règle générale, partout où il a des mours douces il y a du commerce, et partout où il y a du commerce il y a des mours douces.
Les hommes sont extrêmement portés à espérer et à craindre, et une religion qui n'aurait ni enfer ni paradis ne saurait guère leur plaire.
Autrefois on cherchait des armées pour les mener combattre dans un pays.
A présent on cherche des pays pour y mener combattre des armées.
Les Français ne parlent presque jamais de leurs femmes ; c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu'eux.
Il est parfois nécessaire de changer certaines lois mais le cas est rare, et lorsqu'il arrive, il ne faut y toucher que d'une main tremblante.
La liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir.
Les hommes se regardent de trop près pour se voir tels qu'ils sont. Ils sont toujours d'eux-mêmes des témoins infidèles et des juges corrompus.
Il faut dans les lois une certaine candeur. Faites pour punir la méchanceté des hommes, elles doivent avoir elles-mêmes la plus grande innocence.
Sitôt que les hommes sont en société, ils perdent le sentiment de leur faiblesse ; l'égalité qui est entre eux cesse, ou l'état de guerre commence.
Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le républicain : les affaires étant menées par un seul, il y a plus de promptitude dans l'exécution.
Le plus grand mal que fait un ministre n'est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c'est le mauvais exemple qu'il donne.
Les petites sociétés ont plus souvent le droit de faire la guerre que les grandes, parce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craindre d'être détruites.
Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république sont un signe de leur décadence, parce qu'elles prouvent que leurs principes sont corrompus.
Dans une nation qui est dans la servitude, on travaille plus à conserver qu'à acquérir. Dans une nation libre, on travaille plus pour acquérir qu'à conserver.
La monarchie dégénère ordinairement dans le despotisme d'un seul ; l'aristocratie dans le despotisme de plusieurs ; la démocratie dans le despotisme du peuple.
Tout homme qui raille peut avoir de l'esprit ; il veut même en avoir plus que celui qui plaisante. La preuve est en, que si ce dernier répond, il est déconcerté.
Un gentilhomme anglais est un homme, le matin, habillé comme son valet de chambre ; un gentilhomme français est un homme qui a un valet de chambre habillé comme lui.
Nous sommes si aveugles que nous ne savons quand nous devons nous affliger ou nous réjouir : nous n'avons presque jamais que de fausses tristesses ou de fausses joies.
Le moyen d'acquérir la justice parfaite, c'est de s'en faire une telle habitude qu'on l'observe dans les plus petites choses, et qu'on y plie jusqu'à sa manière de penser.
Le principe de la monarchie se corrompt lorsque des âmes singulièrement lâches croient que ce qui fait que l'on doit tout au prince fait que l'on ne doit rien à sa patrie.
Les conquêtes sont faciles à faire parce qu'on les fait avec toutes ses forces : elles sont difficiles à conserver parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
J'ai l'ambition qu'il faut pour me faire prendre part aux choses de cette vie; je n'ai point celle qui pourrait me faire trouver du dégoût dans le poste où la Nature m'a mis.
Les conquêtes sont aisées à faire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
Les lois rencontrent toujours les passions et les préjugés du législateur. Quelquefois elles passent au travers, et s'y teignent ; quelquefois elles y restent, et s'y incorporent.
Tous les maris sont laids.
Le mérite console de tout.
La médiocrité est un garde-fou.
La gravité est le bouclier des sots.
Le mieux est le mortel ennemi du bien.
Malheureux le roi qui n'a qu'une tête !
L'ignorance est la mère des traditions.
La gravité est le bonheur des imbéciles.
Vérité dans un temps, erreur dans un autre.
La tristesse vient de la solitude du coeur.
Les nations libres sont des nations policées.
Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu.
La propreté est l'image de la netteté de l'âme.
La plupart des mépris ne valent que des mépris.
L'amour de la démocratie est celui de l'égalité.
L'argent est très estimable, quand on le méprise.
La volonté du souverain est le souverain lui-même.
Celui qui fait exécuter les lois doit y être soumis.
La liberté, ce bien qui fait jouir des autres biens.
L'Europe est un Etat composé de plusieurs provinces.
Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise.
Ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres ?
Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident.
Je suis distrait. Je n'ai de mémoire que dans le coeur.
Dieu m'a donné du bien, et je me suis donné du superflu.
Plus une tête est vide, plus elle cherche à se désemplir.
Le commerce est la chose du monde la plus utile à l'Etat.
Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes.
Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.
Si la famine vient, la suprême loi c'est le salut du peuple.
Les moeurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois.
Un homme d'esprit sent ce que les autres ne font que savoir.
La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent.
Ce n'est pas l'esprit qui fait les opinions, c'est le coeur.
Il y a une infinité de choses où le moins mal est le meilleur.
La gêne du commandement fatiguera comme celle de l'obéissance.
Une monarchie corrompue ce n'est pas un Etat ; c'est une cour.
Ce n'est pas les médecins qui nous manquent, c'est la médecine.
L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples.
Il faut d'abord bien savoir le latin. Ensuite, il faut l'oublier.
Tout ce qui est devrait être. Tout ce qui est pouvait ne pas être.
Il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire.
Ce qui n'est point utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille.
Nous louons les gens à proportion de l'estime qu'ils ont pour nous.
Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé.
Un empire fondé sur les armes a besoin de se soutenir par les armes.
Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés.
Il faut éclairer l'histoire par les lois et les lois par l'histoire.
Généralement toutes les professions détruisent l'harmonie des idées.
La politique est une lime sourde et qui parvient lentement à sa fin.
Le ciel peut seul faire les dévots ; les princes font les hypocrites.
Nés pour la médiocrité nous sommes accablés par les esprits sublimes.
On mesure l'importance d'un homme à la mesure de ceux qui s'en réclame.
L'avantage de l'amour sur la débauche, c'est la multitude des plaisirs.
Les républiques finissent par le luxe ; les monarchies par la pauvreté.
Les hommes naissent bien dans l'égalité mais ils n'y sauraient demeurer.
Les conjonctions illicites contribuent peu à la propagation de l'espèce.
La crainte ajoute à nos peines, comme les désirs ajoutent à nos plaisirs.
Une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation.
Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les lecteurs.
Ce qui manque aux orateurs en profondeur, ils vous le donnent en longueur.
Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie.
Il ne faut point faire par les lois ce que l'on peut faire par les moeurs.
La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes.
Il semble qu'il n'y ait point de milieu entre l'excellent et le détestable.
Tout homme qui est censé avoir l'âme libre doit être gouverné par lui-même.
Il ne faut pas mettre du vinaigre dans ses écrits, il faut y mettre du sel.
C'est une ennuyeuse maladie qu'une santé conservée par un trop grand régime.
J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers.
Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses.
L'adresse n'est autre chose qu'une juste dispensation des forces que l'on a.
La raillerie est un discours en faveur de son esprit contre son bon naturel.
Souvent les gens perdent leur fortune par ambition et se ruinent par avarice.
La France n'a et n'aura jamais de plus mortels ennemis que les Français exilés.
Je n'aime que ma patrie ; je ne crains que les dieux ; je n'espère que la vertu.
On ne jugera jamais bien des hommes si on ne leur passe les préjugés de leur temps.
Remarquez bien que la plupart des choses qui nous font plaisir sont déraisonnables.
L'espionnage serait peut-être tolérable s'il pouvait être exercé par d'honnêtes gens.
Il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers.
C'est un malheur de n'être point aimée ; mais c'est un affront que de ne l'être plus.
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.
Tous les hommes sont des bêtes ; les princes sont des bêtes qui ne sont pas attachées.
Plus d'Etats ont péri parce qu'on a violé les moeurs que parce qu'on a violé les lois.
Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle sont d'abord appelés hérétiques.
Pour qu'un homme soit au-dessus de l'humanité, il en coûte trop cher à tous les autres.
La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure.
Le caractère naturel du Français est composé des qualités du singe et du chien couchant.
Les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité mais en raison de leur liberté.
Le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver il faut l'aimer.
La pudeur sied bien à tout le monde ; mais il faut savoir la vaincre et jamais la perdre.
Lorsque la mort a égalisé les fortunes, une pompe funèbre ne devrait pas les différencier.
Les hommes, fripons en détails, sont en gros de très honnêtes gens : ils aiment la morale.
Un homme n'est pas malheureux parce qu'il a de l'ambition, mais parce qu'il en est dévoré.
Cherchons à nous accommoder à cette vie ; ce n'est point à cette vie à s'accommoder à nous.
Je n'aime point Dieu parce que je ne le connais pas, ni le prochain parce que je le connais.
Il faudrait convaincre les hommes du bonheur qu'ils ignorent, lors même qu'ils en jouissent.
Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux
Les gens qui ont peu d'affaires sont de très grands parleurs : moins on pense, plus on parle.
Quelle lâcheté de se sentir découragé du bonheur des autres et d'être accablé de leur fortune.
Si nous connaissions bien le prix d'un véritable ami, nous passerions notre vie à le chercher.
L'éducation consiste à nous donner des idées, et la bonne éducation à les mettre en proportion.
Il faut savoir le prix de l'argent : les prodigues ne le savent pas, et les avares encore moins.
La France : Laissez-lui faire des choses frivoles sérieusement et gaiement les choses sérieuses.
C'est la capitale qui, surtout, fait les moeurs des peuples ; c'est Paris qui fait les Français.
L'équité naturelle demande que le degré de preuve soit proportionné à la grandeur de l'accusation.
Ce qui m'a toujours beaucoup nui, c'est que j'ai toujours trop méprisé ceux que je n'estimais pas.
Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu'elle est juste.
J'ai toujours eu pour principe de ne faire jamais par autrui ce que je pouvais faire par moi-même.
Quand dans un royaume il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est perdu.
On ne veut pas mourir. Chaque homme est proprement une suite d'idées qu'on ne veut pas interrompre.
Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.
Un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer d'une autre.
Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant soi. Il faut les faire suivre.
Vous faites bien d'amasser de l'argent pendant votre vie : on ne sait ce qui arrivera après la mort.
Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on ne s'estime pas assez que de ce qu'on s'estime trop.
Il est très surprenant que les richesses des gens d'Eglise aient commencé par le principe de pauvreté.
Dans les jeunes femmes, la beauté supplée à l'esprit. Dans les vieilles, l'esprit supplée à la beauté.
Il faut bien connaître les préjugés de son siècle, afin de ne les choquer pas trop, ni trop les suivre.
La religion est moins un sujet de sanctification qu'un sujet de disputes qui appartient à tout le monde.
L'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais.
Il est bon quelquefois que les lois ne paraissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent.
Un courtisan est semblable à ces plantes faites pour ramper qui s'attachent à tout ce qu'elles trouvent.
Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais heureusement, si elles ne sont bien cultivées.
Toutes les religions ont eu leurs mystères, et il semble que, sans cela, il n'y aurait point de religion.
C'est la concurrence qui met un prix juste aux marchandises et qui établit les vrais rapports entre elles.
Les épigrammes sont des petites flèches déliées, qui font une plaie profonde et inaccessibles aux remèdes.
Dans la paix se faire le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal possible, voilà le droit des gens.
Il faut peu d'esprit pour montrer ce qu'on sait, mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu'on ignore.
Les Français enferment quelques fous dans une maison pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas.
Une religion qui offrirait des récompenses sûres dans l'autre vie verrait disparaître ses dévots à milliers.
Un homme qui enseigne devient aisément opiniâtre, parce qu'il fait le métier d'un homme qui n'a jamais tort.
Les lions ont une grande force, mais elle leur serait inutile, si la nature ne leur avait pas donné des yeux.
L'effet ordinaire des colonies est d'affaiblir les pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on les envoie.
Je voudrais bannir les pompes funèbres : il faut pleurer les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort.
Il ne faut rien faire que de raisonnable ; mais il faut bien se garder de faire toutes les choses qui le sont.
Les propositions mathématiques sont reçues comme vraies parce que personne n'a intérêt qu'elles soient fausses.
Je suis persuadé que les anges ne méprisent pas tant les hommes que les hommes se méprisent les uns les autres.
Quand une chose bonne a un inconvénient, il est d'ordinairement plus prudent d'ôter l'inconvénient que la chose.
Voici comment je définis le talent : un don que Dieu nous a fait en secret, et que nous révélons sans le savoir.
L'homme pieux et l'athée parlent toujours de religion : l'un parle de ce qu'il aime, et l'autre ce qu'il craint.
Il n'y a point de liberté si la puissance de juger n'est pas séparé par la puissance légitime et de l'exécutrice.
Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
La force principale de la religion vient de ce qu'on la croit : la force des lois humaines de ce qu'on les craint.
J'appelle préjugé, non pas ce qui fait qu'on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même.
Tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux, et tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques.
La crainte est un ressort qu'il faut ménager ; il ne faut jamais faire de loi sévère lorsqu'une plus douce suffit.
La république est une dépouille ; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.
Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie contre des heures délicieuses.
Une chose n'est pas juste parce qu'elle est la loi, mais au contraire elle doit être la loi parce qu'elle est juste.
Heureux celui qui, connaissant tout le prix d'une vie douce et tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille !
Les moeurs et les manières sont des usages que les lois n'ont point établis, ou n'ont pu, ou n'ont pas voulu établir.
Je n'ai pas été fâché de passer pour distrait: cela m'a fait hasarder bien des négligences qui m'auraient embarrassées.
C'est un bonheur d'être d'une grande naissance, ce n'est pas un malheur d'être d'une médiocre ; le mérite console tout.
Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice.
On est ordinairement maître de donner à ses enfants ses connaissances ; on l'est encore plus de leur donner ses passions.
C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et le temps où l'on est trop vieux.
Il n'y a rien de si puissant qu'une république où l'on observe les lois non par crainte mais par passion comme le fit Rome.
Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice.
C'est un malheur qu'il y ait trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et le temps où l'on est trop vieux.
Malheureuse condition des hommes ! A peine l'esprit est-il parvenu au point de sa maturité, le corps commence à s'affaiblir.
Un homme qui écrit bien n'écrit pas comme on a écrit, mais comme il écrit, et c'est souvent en parlant mal qu'on parle bien.
Lorsque les lois d'un état ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent à se tolérer entre elles.
La prospérité tourne plus la tête que l'adversité ; c'est que l'adversité vous avertit et que la prospérité fait qu'on s'oublie.
Les enfants peut-être seraient plus chers à leurs pères, et réciproquement les pères à leurs enfants, sans le titre d'héritiers.
Pour bien écrire il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour ne pas être ennuyeux, pas trop de peur de n'être pas entendu.
Il faut plaindre les gens malheureux, même ceux qui ont mérité de l'être, quand ce ne serait que parce qu'ils ont mérité de l'être.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
'L'amitié est un contrat par lequel nous nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un afin qu'il nous en rende des grands.'
Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux.
Si la physique n'avait d'autres inventions que celles de la poudre et du feu grégeois, on ferait fort bien de la bannir comme la magie.
L'amitié est un contrat par lequel nous nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un pour qu'il nous en rende de plus grands.
Tout homme est capable de faire du bien à un homme ; mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une société entière.
Dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet, ils se croient libres et pourtant ils sont pris.
C'est une règle générale, partout où il a des mours douces il y a du commerce, et partout où il y a du commerce il y a des mours douces.
Les hommes sont extrêmement portés à espérer et à craindre, et une religion qui n'aurait ni enfer ni paradis ne saurait guère leur plaire.
Autrefois on cherchait des armées pour les mener combattre dans un pays.
A présent on cherche des pays pour y mener combattre des armées.
Les Français ne parlent presque jamais de leurs femmes ; c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu'eux.
Il est parfois nécessaire de changer certaines lois mais le cas est rare, et lorsqu'il arrive, il ne faut y toucher que d'une main tremblante.
La liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir.
Les hommes se regardent de trop près pour se voir tels qu'ils sont. Ils sont toujours d'eux-mêmes des témoins infidèles et des juges corrompus.
Il faut dans les lois une certaine candeur. Faites pour punir la méchanceté des hommes, elles doivent avoir elles-mêmes la plus grande innocence.
Sitôt que les hommes sont en société, ils perdent le sentiment de leur faiblesse ; l'égalité qui est entre eux cesse, ou l'état de guerre commence.
Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le républicain : les affaires étant menées par un seul, il y a plus de promptitude dans l'exécution.
Le plus grand mal que fait un ministre n'est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c'est le mauvais exemple qu'il donne.
Les petites sociétés ont plus souvent le droit de faire la guerre que les grandes, parce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craindre d'être détruites.
Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république sont un signe de leur décadence, parce qu'elles prouvent que leurs principes sont corrompus.
Dans une nation qui est dans la servitude, on travaille plus à conserver qu'à acquérir. Dans une nation libre, on travaille plus pour acquérir qu'à conserver.
La monarchie dégénère ordinairement dans le despotisme d'un seul ; l'aristocratie dans le despotisme de plusieurs ; la démocratie dans le despotisme du peuple.
Tout homme qui raille peut avoir de l'esprit ; il veut même en avoir plus que celui qui plaisante. La preuve est en, que si ce dernier répond, il est déconcerté.
Un gentilhomme anglais est un homme, le matin, habillé comme son valet de chambre ; un gentilhomme français est un homme qui a un valet de chambre habillé comme lui.
Nous sommes si aveugles que nous ne savons quand nous devons nous affliger ou nous réjouir : nous n'avons presque jamais que de fausses tristesses ou de fausses joies.
Le moyen d'acquérir la justice parfaite, c'est de s'en faire une telle habitude qu'on l'observe dans les plus petites choses, et qu'on y plie jusqu'à sa manière de penser.
Le principe de la monarchie se corrompt lorsque des âmes singulièrement lâches croient que ce qui fait que l'on doit tout au prince fait que l'on ne doit rien à sa patrie.
Les conquêtes sont faciles à faire parce qu'on les fait avec toutes ses forces : elles sont difficiles à conserver parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
J'ai l'ambition qu'il faut pour me faire prendre part aux choses de cette vie; je n'ai point celle qui pourrait me faire trouver du dégoût dans le poste où la Nature m'a mis.
Les conquêtes sont aisées à faire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
Les lois rencontrent toujours les passions et les préjugés du législateur. Quelquefois elles passent au travers, et s'y teignent ; quelquefois elles y restent, et s'y incorporent.

Questions autour de Montesquieu

Qui est né le même jour que Montesquieu ?
Alison Arngrim, Elli Medeiros, Alan Alexander Milne, Oliver Hardy et Aitana Bonmatí sont nés le 18 janvier comme Montesquieu.
À quel âge est mort Montesquieu ?
Montesquieu est mort à 66 ans, le 10 février 1755.
Qui est mort le même jour que Montesquieu ?
Arthur Miller, Shirley Temple, Laura Ingalls Wilder, Roy Scheider et Wilhelm Röntgen sont morts le 10 février comme Montesquieu.
Quels écrivains français sont du signe Capricorne comme Montesquieu ?
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