Michel Legrand, né le 24 février 1932 à Paris et mort le 26 janvier 2019 à Neuilly-sur-Seine, est un compositeur, pianiste, arrangeur et chanteur français, auteur de plus de deux cents musiques de films et détenteur de trois Oscars, record pour un artiste français dans cette catégorie.
Né dans une famille de musiciens du 20e arrondissement de Paris, Michel Legrand grandit à Bécon-les-Bruyères, en banlieue ouest de Paris, après le départ de son père. Admis en 1942 au Conservatoire national supérieur de musique de Paris à l'âge de dix ans — sur dérogation — il y étudie sept ans sous la direction de Lucette Descaves, Henri Challan et Nadia Boulanger, et en sort couronné de plusieurs premiers prix. Dès 1951, il écrit des arrangements pour l'orchestre de son père Raymond Legrand, qui l'introduit dans le milieu de la chanson. Il commence une carrière d'accompagnateur et d'arrangeur au théâtre des Trois Baudets avec le producteur Jacques Canetti, travaillant pour Henri Salvador, Catherine Sauvage, Jacqueline François et Charles Aznavour, avant de devenir directeur musical de Maurice Chevalier. En 1954, son album instrumental I Love Paris se vend à huit millions d'exemplaires aux États-Unis pour Columbia Records, sans que Legrand ne perçoive de droits d'auteur — ce qui conduit le label à lui offrir, en compensation, un enregistrement de son choix à New York.
En 1958, il réunit à New York Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans et Ben Webster pour l'album Legrand Jazz, séances organisées par Columbia comme contrepartie de son succès non rémunéré. L'émergence de la Nouvelle Vague ancre ensuite définitivement Legrand dans la musique de film : il compose pour Jean-Luc Godard (Une femme est une femme, 1961 ; Bande à part, 1964), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7, 1962) et surtout Jacques Demy, avec qui il invente la comédie musicale à la française. Les Parapluies de Cherbourg (1964), film entièrement chanté dont Demy et Legrand partagent la Palme d'or à Cannes, puis Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Peau d'âne (1970) constituent le cœur de cette collaboration. En 1966, Legrand s'installe trois ans à Los Angeles grâce à l'appui de ses amis Quincy Jones et Henry Mancini, et y compose L'Affaire Thomas Crown (1968) pour Norman Jewison, dont la chanson Les Moulins de mon cœur lui vaut son premier Oscar. Deux autres oscars suivent pour Un été 42 (1971) et Yentl (1983) de Barbra Streisand, avec qui il collabore à plusieurs reprises. Entre 1971 et 1975, il est nommé vingt-sept fois aux Grammy Awards et en remporte cinq. Il compose en tout plus de deux cents partitions pour le cinéma et la télévision, signant ses derniers films pour Xavier Beauvois : La Rançon de la gloire (2015) et Les Gardiennes (2017).
1932 : naissance le 24 février à Paris (20e arrondissement)
1942 : admission au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, à dix ans, sous dérogation d'âge
1951 : débuts comme arrangeur pour l'orchestre de son père et collaborations avec les maisons de disques Philips et Columbia
1954 : publication de I Love Paris, succès de huit millions d'exemplaires aux États-Unis
1958 : enregistrement à New York de Legrand Jazz avec Miles Davis, John Coltrane et Bill Evans
1964 : Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy obtient la Palme d'or au Festival de Cannes
1966 : installation à Los Angeles pour trois ans ; début de la carrière hollywoodienne
1969 : premier Oscar, meilleure chanson originale, pour Les Moulins de mon cœur (L'Affaire Thomas Crown)
1972 : second Oscar, meilleure musique de film, pour Un été 42 de Robert Mulligan
1981 : César de la meilleure musique pour Atlantic City de Louis Malle ; César l'année suivante pour Les Uns et les Autres
1984 : troisième Oscar pour Yentl de Barbra Streisand
2003 : Tony Award de la meilleure partition originale pour la comédie musicale Amour (adapté du Passe-Muraille de Marcel Aymé)
2007 : doctorat honorifique de la faculté de musique de l'université de Montréal
2015 : nommé commandeur de la Légion d'honneur (31 décembre)
2019 : décès le 26 janvier à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, des suites d'une septicémie
Michel Legrand est le fils du compositeur et chef d'orchestre Raymond Legrand (1908-1974), élève de Gabriel Fauré, et de Marcelle Der Mikaëlian (1909-1978), d'origine arménienne et sœur du chef d'orchestre Jacques Hélian. Ses parents divorcent en 1946 après la séparation du foyer en 1935. Sa sœur aînée Christiane Legrand (1930-2011) fut chanteuse, membre des Double Six et des Swingle Singers, et prêta sa voix à plusieurs films de Jacques Demy. Michel Legrand a été marié une première fois avec une mannequin française rencontrée lors d'un festival de la jeunesse en URSS, dont il a eu quatre enfants : Dominique Rageys (née en 1952), cofondatrice du rallye Maroc Classic ; Hervé Legrand (né en 1959), pianiste et compositeur ; Benjamin Legrand (né en 1962), chanteur ; et Eugénie Angot (née en 1970), cavalière internationale ayant représenté la France aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004.
En septembre 2014, Michel Legrand épouse la comédienne Macha Méril à Monaco lors d'une cérémonie orthodoxe, reouant avec une relation ancienne de quarante ans. Passionné de jazz depuis un concert de Dizzy Gillespie découvert dans sa jeunesse, il n'a jamais abandonné ce répertoire, formant notamment dans les années 1980 un trio avec le batteur André Ceccarelli et le contrebassiste Marc-Michel Le Bévillon. Il est également l'auteur du jingle de RTL, composé en 1964 et toujours en usage, ainsi que du générique de la série animée Il était une fois… l'Espace. En 2013, il compose son premier opéra, Dreyfus, sur un livret de Didier Van Cauwelaert, créé à l'Opéra de Nice.
Michel Legrand meurt d'une septicémie dans la nuit du 25 au 26 janvier 2019, à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, où il était hospitalisé depuis deux semaines pour une infection pulmonaire. Il s'éteint à 3 heures du matin aux côtés de son épouse Macha Méril. Les funérailles ont lieu le 1er février 2019 à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky (Paris, 8e), suivies d'un hommage public au théâtre Marigny. Le président de la République Emmanuel Macron a rendu hommage au compositeur dans un communiqué officiel, qualifiant ses compositions de « bandes originales de nos vies ». La ministre de la Culture Françoise Nyssen a également salué sa mémoire. À la suite de sa mort, de nombreux artistes ont repris Les Moulins de mon cœur. Le 21 septembre 2019, une passerelle inaugurée à Cherbourg-en-Cotentin porte son nom.
Michel Legrand est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 44, avenue transversale n° 2, à Paris. Sa tombe est ornée d'une croix orthodoxe, et le nom de Macha Méril y est déjà inscrit. En février 2024, La Poste française a émis un timbre commémoratif à son effigie pour le cinquième anniversaire de sa mort, vendu en avant-première à Cherbourg et à Rochefort.
1 - L'album I Love Paris (1954) s'est vendu à huit millions d'exemplaires aux États-Unis sans que Legrand perçoive le moindre droit d'auteur : Columbia l'avait rémunéré forfaitairement 200 dollars. C'est en compensation que le label finança les sessions de Legrand Jazz en 1958.
2 - Lors des séances new-yorkaises de Legrand Jazz (juin 1958), Miles Davis arriva délibérément en retard de quinze minutes, resta debout à la porte du studio en silence, puis s'installa et joua. À l'issue de la première session, il s'approcha de Legrand et lui demanda : « Michel, tu aimes la façon dont je joue ? »
3 - Le jingle de RTL, que l'on entend depuis 1964 sans qu'il ait jamais été modifié, est une commande passée à Legrand par Roger Kreicher, directeur de la station, avec pour consigne de ne pas dépasser trois secondes.
4 - L'astéroïde (31201) Michellegrand, découvert en 1998, a été officiellement nommé en son honneur par l'Union astronomique internationale.
5 - Pour L'Affaire Thomas Crown (1968), Legrand composa une partition ininterrompue, laissant au réalisateur Norman Jewison le soin d'en extraire les séquences à utiliser ; celui-ci, à l'écoute, décida d'utiliser l'intégralité de l'enregistrement et retravailla certaines scènes en conséquence.
6 - Selon son manager Philippe Guiboust, Michel Legrand avait une « peur bleue de la mort depuis l'âge de 18 ans » et avait expressément demandé à ses médecins de ne pratiquer aucun acharnement thérapeutique. Il s'est éteint serein, alors que quarante concerts étaient déjà programmés pour l'année 2019.
- Métier(s) : compositeur, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre, chanteur
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : première épouse (mannequin, prénom non documenté, mariage années 1950, union dissoute) ; Catherine Michel (harpiste, union jusqu'en 2013) ; Macha Méril (comédienne, mariés en septembre 2014 à Monaco)
- Enfants : Dominique Rageys (1952), Hervé Legrand (1959), Benjamin Legrand (1962), Eugénie Angot (1970)
- Distinctions : 3 Oscars (1969, 1972, 1984) ; 5 Grammy Awards (1971-1975) ; 2 Césars de la meilleure musique (1981, 1982) ; Tony Award (2003) ; Golden Globe (1969) ; Commandeur de la Légion d'honneur (2015) ; Doctorat honoris causa, université de Montréal (2007)
L'écriture est quelque chose de mental. Tandis que jouer est une sensation essentiellement physique.
Il y a des lieux, des expériences, des rencontres, où notre vie prend soudain quelques centimètres de plus, et alors la vie prend de la hauteur !
L'écriture est quelque chose de mental. Tandis que jouer est une sensation essentiellement physique.
Il y a des lieux, des expériences, des rencontres, où notre vie prend soudain quelques centimètres de plus, et alors la vie prend de la hauteur !