Marcel Proust (1871-1922) est un écrivain français auteur de la somme romanesque À la recherche du temps perdu, publiée entre 1913 et 1927. Cette œuvre en sept tomes explore les thèmes de la mémoire, du temps et de la société mondaine parisienne.
Né le 10 juillet 1871 à Paris, dans le quartier d'Auteuil, Marcel Proust grandit dans une famille bourgeoise entre un père médecin et une mère cultivée. Élève au lycée Condorcet, il manifeste tôt un intérêt pour la littérature malgré une santé affectée par l'asthme. Dans les années 1890, il publie des chroniques mondaines dans des revues avant de réunir ses premiers textes dans Les Plaisirs et les Jours en 1896. Il traduit ensuite John Ruskin, avec La Bible d'Amiens (1904) et Sésame et les Lys (1906). À partir de 1907-1909, il se consacre à À la recherche du temps perdu. Le premier volume, Du côté de chez Swann, paraît en 1913 à compte d'auteur chez Grasset ; À l'ombre des jeunes filles en fleurs reçoit le prix Goncourt en 1919.
1871 : Naissance à Paris (Auteuil).
1890-1891 : Chroniques mondaines dans des revues.
1892 : Participation à la fondation de la revue Le Banquet.
1896 : Parution de Les Plaisirs et les Jours.
1904 : Publication de la traduction de La Bible d'Amiens de John Ruskin.
1906 : Publication de la traduction de Sésame et les Lys.
1913 : Parution de Du côté de chez Swann chez Grasset.
1919 : À l'ombre des jeunes filles en fleurs reçoit le prix Goncourt.
1920 : Nommé chevalier de la Légion d'honneur.
1920-1922 : Publication de Le Côté de Guermantes et de Sodome et Gomorrhe.
1922 : Décès le 18 novembre à Paris.
1923-1927 : Parution posthume de La Prisonnière, Albertine disparue et Le Temps retrouvé.
Marcel Proust ne se marie pas et n'a pas d'enfants. Sa vie affective est marquée par une relation avec le compositeur Reynaldo Hahn et d'autres liens documentés dans sa correspondance. Ses crises d'asthme, présentes dès l'enfance, conditionnent son rythme de vie. Il fréquente les salons de la haute société, dont la matière sociale nourrit son œuvre. Dans le débat public, il se situe dans le camp dreyfusard. Dans ses dernières années, il travaille principalement la nuit dans une chambre insonorisée.
1 - Il fait garnir sa chambre de plaques de liège pour atténuer le bruit, la lumière et la poussière, et y écrit une grande partie de À la recherche du temps perdu la nuit.
2 - Adolescent, il répond à un questionnaire mondain qui circule sous le nom de « questionnaire de Proust » et est régulièrement cité dans la culture populaire.
3 - Du côté de chez Swann, refusé par plusieurs éditeurs, est publié à compte d'auteur ; Proust finance des recensions pour soutenir sa réception.
4 - À l'ombre des jeunes filles en fleurs obtient le prix Goncourt en 1919, devançant des récits de guerre, ce qui suscite des réactions dans certains milieux d'anciens combattants.
Les principaux lieux liés à Marcel Proust sont à Paris et en Normandie. Il naît à Auteuil, passe des séjours à Illiers, devenue Illiers-Combray, et à Cabourg, qui inspire la station balnéaire de Balbec. Son dernier domicile, au 44 rue de l'Amiral-Hamelin à Paris, est un lieu de référence. Sa chambre est reconstituée au musée Carnavalet. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
À l'automne 1922, Marcel Proust contracte une bronchite qui évolue vers une pneumonie, dans un contexte de santé déjà fragilisée. Il reste à son domicile parisien, refuse l'hospitalisation et poursuit la relecture de ses épreuves. Il décède le 18 novembre 1922 dans sa chambre, en présence de son frère Robert Proust et de sa gouvernante Céleste Albaret. Ses funérailles ont lieu le 21 novembre à l'église Saint-Pierre-de-Chaillot, avant une inhumation au cimetière du Père-Lachaise.
• Métier(s) : Écrivain, romancier, essayiste, critique littéraire
• Résidence principale : Paris, France
• Relations : Reynaldo Hahn et autres relations documentées
• Enfants : Aucun
• Distinctions : Prix Goncourt 1919 pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs ; chevalier de la Légion d'honneur (1920)
120 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
La lecture est une amitié.
L'espérance est un acte de foi.
Mort à jamais ? Qui peut le dire ?
L'ambition enivre plus que la gloire.
L'irresponsabilité aggrave les fautes.
On n'aime plus personne dès qu'on aime.
Le regret est un amplificateur du désir.
Cela fait souvent de la peine de penser.
Les idées sont des succédanés des chagrins
On devient moral dès qu'on est malheureux.
La vérité suprême de la vie est dans l'art.
Le bonheur est dans l'amour un état anormal.
Les plats se lisent et les livres se mangent.
On ne peut regretter que ce qu'on se rappelle.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice.
Les femmes réalisent la beauté sans la comprendre.
Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout entier.
Le peintre original procède à la façon des oculistes.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit.
Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous-mêmes.
Il n'y a pas de réussite facile ni d'échecs définitifs.
Le moi profond reste le meilleur des masques antirides.
Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.
Le sens critique est soumission à la réalité intérieure.
Les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain.
L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions.
Il semble que le goût des livres croisse avec l'intelligence.
La vie tisse entre les êtres plus de fils qu'elle n'en brise.
Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie.
Ce qu'on appelle se rappeler un être est en réalité l'oublier.
On trouve innocent de désirer et atroce ce que l'autre désire.
On ne supporte pas toujours bien les larmes qu'on fait verser.
L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au coeur.
L'univers est vrai pour nous tous et dissemblable pour chacun.
La beauté n'est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
On peut quelquefois retrouver un être mais non abolir le temps.
Ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes.
Ce ne sont pas les êtres qui existent réellement, mais les idées.
L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.
On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit.
De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi.
Pour apaiser sa souffrance, il faut d'abord la vivre jusqu'au bout.
Les choses éclatantes, on ne les fait généralement que par à-coups.
Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.
Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie.
Toute action de l'esprit est aisée si elle n'est pas soumise au réel.
On ne guérit d'une souffrance qu'à condition de l'éprouver pleinement.
C'est toujours l'attachement à l'objet qui amène la mort du possesseur.
La lâcheté ne sait pas profiter des leçons que la générosité lui donne.
Le nez est généralement l'organe où s'étale le plus aisément la bêtise.
Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme.
On se souvient d'une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.
Pour une femme tout événement, même un deuil, se termine par un essayage.
La permanence et la durée ne sont promises à rien, pas même à la douleur.
Ce qu'il y a d'admirable dans le bonheur des autres, c'est qu'on y croit.
Dans l'homme le plus méchant, il y a un pauvre cheval innocent qui peine.
Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant.
La constance d'une habitude est d'ordinaire en rapport avec son absurdité.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l'ivresse.
Ne pas la comprendre n'a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle.
On est impuissant à trouver du plaisir quand on se contente de le chercher.
Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre.
Les vivants ne sont que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonction.
On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit.
En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.
Autrui nous est indifférent et l'indifférence n'incline pas à la méchanceté.
L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose.
L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence.
Sous toute douceur charnelle un peu profonde, il y a la permanence d'un danger.
Le plaisir de l'habitude est souvent plus doux encore que celui de la nouveauté.
Notre mémoire et notre coeur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles.
L'instinct dicte le devoir et l'intelligence fournit des prétextes pour l'éluder.
Le chagrin est égoïste, et ne peut recevoir de remède de ce qui ne le touche pas.
Les femmes sont les instruments interchangeables d'un plaisir toujours identique.
La jeunesse une fois passée, il est rare que l'on reste confiné dans l'insolence.
En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.
Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d'intervalle qui les écrit.
Le vrai voyage ce n'est pas de chercher des nouveaux paysages mais un nouveau regard
Nous disons la mort pour simplifier, mais il y en a presque autant que de personnes.
A partir d'un certain âge, nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse.
Aimer ses parents c'est prendre sur soi, agir par sa volonté pour leur faire plaisir.
Les enfants ont toujours une tendance soit à déprécier, soit à exalter leurs parents.
Nous appelons notre avenir l'ombre de lui-même que notre passé projette devant nous...
Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver.
Pour le baiser nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres mal faites.
Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.
La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment.
L'instinct d'imitation et l'absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules.
Les beautés qu'on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite.
Il est vraiment rare qu'on se quitte bien. Car si on était bien, on ne se quitterait pas.
La souffrance dans l'amour cesse par instants, mais pour reprendre d'une façon différente.
La jalousie n'est souvent qu'un inquiet besoin de tyrannie appliquée aux choses de l'amour.
On déteste ce qui nous est semblable, et nos propres défauts vus du dehors nous exaspèrent.
La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté.
L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort.
Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix.
Ce n'est pas à un autre homme intelligent qu'un homme intelligent aura peur de paraître bête.
Un mariage d'amour, c'est-à-dire fait par amour, y serait considéré comme une preuve de vice.
L'indifférence aux souffrances qu'on cause est la forme terrible et permanente de la cruauté.
Notre amour de la vie n'est qu'une vieille liaison, dont nous ne savons pas nous débarrasser.
Une religion parle d'immortalité, mais entend par là quelque chose qui n'exclut pas le néant.
Il n'y a guère que le sadisme qui donne un fondement dans la vie à l'esthétique du mélodrame.
On ne peut être fidèle qu'à ce dont on se souvient, on ne se souvient que de ce qu'on a connu.
Ce qui rapproche, ce n'est pas la communauté des opinions, c'est la consanguinité des esprits.
Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé.
Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.
On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on aime aujourd'hui, de voir ce qu'on aimera demain.
Chacun appelle idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres.
Le témoignage des sens est, lui aussi, une opération de l'esprit où la conviction crée l'évidence.
On dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement.
La jalousie finit ainsi faute d'aliments et n'a tant duré qu'à cause d'en avoir réclamé sans cesse.
L'été se marque non moins par ses mouches et moustiques que par ses roses et ses nuits d'étoiles...
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes.
Nous tenons de notre famille aussi bien les idées que nous vivons que la maladie dont nous mourrons.
Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l'opacité des sons la transparence des idées.
Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat.
Un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés.
Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.
Nous tenons de notre famille aussi bien les idées dont nous vivons que la maladie dont nous mourrons.
Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d'une minute.
Souvent les femmes ne nous plaisent qu'à cause du contrepoids d'hommes à qui nous avons à les disputer.
On a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque dès qu'il y a choix il ne peut être que mauvais.
La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.
L'érudition est une fuite loin de notre propre vie que nous n'avons pas le courage de regarder en face.
Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas.
Un même fait porte des rameaux opposites et le malheur qu'il engendre annule le bonheur qu'il avait causé.
Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d'essayage.
Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites folies.
Il y a des moments de la vie où une sorte de beauté naît de la multiplicité des ennuis qui nous assaillent.
Une parole de celle que nous aimons ne se conserve pas longtemps dans sa pureté ; elle se gâte, se pourrit.
Il n'y a qu'une chose vraiment infâme, qui déshonore la créature que Dieu a faite à son image, le mensonge.
L'amour, même en ses plus humbles commencements, est un exemple frappant du peu qu'est la réalité pour nous.
Il y a une chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
Si tranquille qu'on se croie quand on aime, on a toujours l'amour dans son coeur en état d'équilibre instable.
Il vaut mieux ne pas savoir, penser le moins possible, ne pas fournir à la jalousie le moindre détail concret.
Dans l'attente on souffre tant de l'absence de ce qu'on désire , qu'on ne peut supporter une autre présence ...
Les hommes peuvent avoir plusieurs sortes de plaisirs. Le véritable est celui pour lequel ils quittent l'autre.
Jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche malgré qu'elle fut close et qu'il fit nuit sur la terre.
Les oeuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a plus creusé le coeur.
Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence.
Il y a quelque chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.
Les passions sont comme des bibliothèques où le vulgaire séjourne sans connaître les trésors qu'elles contiennent.
Le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir.
Soyons reconnaissants envers les gens qui nous rendent heureux. Ils sont les jardiniers qui font fleurir notre âme
Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas.
La force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n'est pas l'électricité, c'est la douleur.
Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire.
Un nom, c'est bien souvent tout ce qui reste pour nous d'un être non pas même quand il est mort, mais de son vivant.
Les maximes les plus profondes sont celles où la pensée semble la plus indépendante des mots et de leur aménagement.
Ce qui pour nous fait le bonheur ou le malheur de notre vie, constitue pour tout autre un fait presque imperceptible.
La maladie est le plus écouté des médecins : à la bonté, au savoir on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance.
Une femme que nous entretenons ne nous semble pas une femme entretenue tant que nous ne savons pas qu'elle l'est par d'autres.
On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté.
C'est parce qu'ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment.
Les créatures qui ont joué un grand rôle dans notre vie, il est rare qu'elles en sortent tout d'un coup d'une façon définitive.
Quand on se voit au bord de l'abîme et qu'il semble que Dieu vous ait abandonné, on n'hésite plus à attendre de lui un miracle.
Ce n'est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s'affaiblit, c'est parce que nous mourrons nous-mêmes.
Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous.
La nature ne semble guère capable de donner que des maladies assez courtes. Mais la médecine s'est annexée l'art de les prolonger.
L'habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première dont elle n'a ni les cruautés, ni les enchantements.
Les gens du monde ont tellement l'habitude qu'on les recherche que, qui les fuit, leur semble un phénix et accapare leur attention.
La jeunesse est cet heureux temps où l'on devrait plutôt dire qu'on ne doute de rien plutôt que de dire qu'on n'y doute pas de soi.
Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.
La louange la plus haute de Dieu est dans la négation de l'athée qui trouve la Création assez parfaite pour se passer d'un créateur.
Aimer est un mauvais sort, comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé.
La beauté des êtres n'est pas comme celle des choses. Nous sentons qu'elle est celle d'une créature unique, consciente et volontaire.
Le bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas des choses inaccessibles et nous avons fait Ïuvre inutile en y renonçant à jamais.
La durée moyenne de la vie est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cÏur.
Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir (...) pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre.
Souvent, vous le savez, on dit d'un grand artiste : à côté de son génie, c'était une vieille bête qui avait les idées les plus étroites.
On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner.
Il n'y a que les femmes qui ne savent pas s'habiller qui craignent la couleur. On peut être éclatante sans vulgarité et douce sans fadeur.
Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant sont généralement celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l'air ennuyé.
Il n'est pas certain que le bonheur survenu trop tard... soit tout à fait le même que celui dont le manque nous rendait jadis si malheureux.
La générosité n'est souvent que l'aspect intérieur que prennent nos sentiments égoïstes quand nous ne les avons pas encore nommés et classés.
L'accouplement des éléments contraires est la loi de la vie, le principe de la fécondation, et comme on verra, la cause de bien des malheurs.
L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?
De même que les peuples ne sont pas longtemps gouvernés par une politique de pur sentiment, les hommes ne le sont pas par le souvenir de leur rêve.
'Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons.'
On découvre au téléphone les inflexions d'une voix qu'on ne distingue pas tant qu'elle n'est pas dissociée d'un visage où on objective son expression.
L'artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu'il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n'existe pas.
Nos désirs vont s'interférant, et dans la confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l'avait réclamé.
Nos désirs vont s' interférant, et dans la confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l'avait réclamé.
C'est étonnant comme la jalousie qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d'imagination quand il s'agit de découvrir le vrai.
La photographie acquiert un peu de la dignité qui lui manque, quand elle cesse d'être une reproduction du réel et nous montre des choses qui n'existent plus.
Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas ! Comme les années.
L'oubli est un puissant instrument d'adaptation à la réalité parce qu'il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.
C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "Incitations".
Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables, que celles que l'imagination avait formées et la réalité détruites.
L'opinion que nous avons les uns des autres, les rapports d'amitié, de famille, n'ont rien de fixe qu'en apparence, mais sont aussi éternellement mobiles que la mer.
Nous localisons dans le corps d'une personne toutes les possibilités de sa vie, le souvenir des êtres qu'elle connaît et qu'elle vient de quitter, ou s'en va rejoindre.
Un milieu élégant est celui où l'opinion de chacun est faite de l'opinion des autres. Est-elle faite du contre-pied de l'opinion des autres ? C'est un milieu littéraire.
Quand on travaille pour plaire aux autres on peut ne pas réussir, mais les choses qu'on a faites pour se contenter soi-même ont toujours une chance d'intéresser quelqu'un.
Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique ; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent, et l'habitude le remplit.
Pour que les choses paraissent nouvelles, si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut, en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux.
L'être que je serai après la mort n'a pas plus de raisons de se souvenir de l'homme que je suis depuis ma naissance que ce dernier ne se souvient de ce que j'ai été avant elle.
Peut-être l'immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d'autres, par l'immobilité de notre pensée en face d'elles.
La lecture est une amitié.
L'espérance est un acte de foi.
Mort à jamais ? Qui peut le dire ?
L'ambition enivre plus que la gloire.
L'irresponsabilité aggrave les fautes.
On n'aime plus personne dès qu'on aime.
Le regret est un amplificateur du désir.
Cela fait souvent de la peine de penser.
Les idées sont des succédanés des chagrins
On devient moral dès qu'on est malheureux.
La vérité suprême de la vie est dans l'art.
Le bonheur est dans l'amour un état anormal.
Les plats se lisent et les livres se mangent.
On ne peut regretter que ce qu'on se rappelle.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice.
Les femmes réalisent la beauté sans la comprendre.
Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout entier.
Le peintre original procède à la façon des oculistes.
Avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit.
Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous-mêmes.
Il n'y a pas de réussite facile ni d'échecs définitifs.
Le moi profond reste le meilleur des masques antirides.
Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.
Le sens critique est soumission à la réalité intérieure.
Les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain.
L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions.
Il semble que le goût des livres croisse avec l'intelligence.
La vie tisse entre les êtres plus de fils qu'elle n'en brise.
Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie.
Ce qu'on appelle se rappeler un être est en réalité l'oublier.
On trouve innocent de désirer et atroce ce que l'autre désire.
On ne supporte pas toujours bien les larmes qu'on fait verser.
L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au coeur.
L'univers est vrai pour nous tous et dissemblable pour chacun.
La beauté n'est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
On peut quelquefois retrouver un être mais non abolir le temps.
Ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes.
Ce ne sont pas les êtres qui existent réellement, mais les idées.
L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.
On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit.
De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi.
Pour apaiser sa souffrance, il faut d'abord la vivre jusqu'au bout.
Les choses éclatantes, on ne les fait généralement que par à-coups.
Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.
Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie.
Toute action de l'esprit est aisée si elle n'est pas soumise au réel.
On ne guérit d'une souffrance qu'à condition de l'éprouver pleinement.
C'est toujours l'attachement à l'objet qui amène la mort du possesseur.
La lâcheté ne sait pas profiter des leçons que la générosité lui donne.
Le nez est généralement l'organe où s'étale le plus aisément la bêtise.
Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme.
On se souvient d'une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.
Pour une femme tout événement, même un deuil, se termine par un essayage.
La permanence et la durée ne sont promises à rien, pas même à la douleur.
Ce qu'il y a d'admirable dans le bonheur des autres, c'est qu'on y croit.
Dans l'homme le plus méchant, il y a un pauvre cheval innocent qui peine.
Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant.
La constance d'une habitude est d'ordinaire en rapport avec son absurdité.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l'ivresse.
Ne pas la comprendre n'a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle.
On est impuissant à trouver du plaisir quand on se contente de le chercher.
Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre.
Les vivants ne sont que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonction.
On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit.
En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.
Autrui nous est indifférent et l'indifférence n'incline pas à la méchanceté.
L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose.
L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence.
Sous toute douceur charnelle un peu profonde, il y a la permanence d'un danger.
Le plaisir de l'habitude est souvent plus doux encore que celui de la nouveauté.
Notre mémoire et notre coeur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles.
L'instinct dicte le devoir et l'intelligence fournit des prétextes pour l'éluder.
Le chagrin est égoïste, et ne peut recevoir de remède de ce qui ne le touche pas.
Les femmes sont les instruments interchangeables d'un plaisir toujours identique.
La jeunesse une fois passée, il est rare que l'on reste confiné dans l'insolence.
En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.
Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d'intervalle qui les écrit.
Le vrai voyage ce n'est pas de chercher des nouveaux paysages mais un nouveau regard
Nous disons la mort pour simplifier, mais il y en a presque autant que de personnes.
A partir d'un certain âge, nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse.
Aimer ses parents c'est prendre sur soi, agir par sa volonté pour leur faire plaisir.
Les enfants ont toujours une tendance soit à déprécier, soit à exalter leurs parents.
Nous appelons notre avenir l'ombre de lui-même que notre passé projette devant nous...
Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver.
Pour le baiser nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres mal faites.
Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.
La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment.
L'instinct d'imitation et l'absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules.
Les beautés qu'on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite.
Il est vraiment rare qu'on se quitte bien. Car si on était bien, on ne se quitterait pas.
La souffrance dans l'amour cesse par instants, mais pour reprendre d'une façon différente.
La jalousie n'est souvent qu'un inquiet besoin de tyrannie appliquée aux choses de l'amour.
On déteste ce qui nous est semblable, et nos propres défauts vus du dehors nous exaspèrent.
La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté.
L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort.
Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix.
Ce n'est pas à un autre homme intelligent qu'un homme intelligent aura peur de paraître bête.
Un mariage d'amour, c'est-à-dire fait par amour, y serait considéré comme une preuve de vice.
L'indifférence aux souffrances qu'on cause est la forme terrible et permanente de la cruauté.
Notre amour de la vie n'est qu'une vieille liaison, dont nous ne savons pas nous débarrasser.
Une religion parle d'immortalité, mais entend par là quelque chose qui n'exclut pas le néant.
Il n'y a guère que le sadisme qui donne un fondement dans la vie à l'esthétique du mélodrame.
On ne peut être fidèle qu'à ce dont on se souvient, on ne se souvient que de ce qu'on a connu.
Ce qui rapproche, ce n'est pas la communauté des opinions, c'est la consanguinité des esprits.
Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé.
Nous n'arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.
On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on aime aujourd'hui, de voir ce qu'on aimera demain.
Chacun appelle idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres.
Le témoignage des sens est, lui aussi, une opération de l'esprit où la conviction crée l'évidence.
On dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement.
La jalousie finit ainsi faute d'aliments et n'a tant duré qu'à cause d'en avoir réclamé sans cesse.
L'été se marque non moins par ses mouches et moustiques que par ses roses et ses nuits d'étoiles...
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes.
Nous tenons de notre famille aussi bien les idées que nous vivons que la maladie dont nous mourrons.
Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l'opacité des sons la transparence des idées.
Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat.
Un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés.
Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.
Nous tenons de notre famille aussi bien les idées dont nous vivons que la maladie dont nous mourrons.
Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d'une minute.
Souvent les femmes ne nous plaisent qu'à cause du contrepoids d'hommes à qui nous avons à les disputer.
On a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque dès qu'il y a choix il ne peut être que mauvais.
La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.
L'érudition est une fuite loin de notre propre vie que nous n'avons pas le courage de regarder en face.
Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas.
Un même fait porte des rameaux opposites et le malheur qu'il engendre annule le bonheur qu'il avait causé.
Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d'essayage.
Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites folies.
Il y a des moments de la vie où une sorte de beauté naît de la multiplicité des ennuis qui nous assaillent.
Une parole de celle que nous aimons ne se conserve pas longtemps dans sa pureté ; elle se gâte, se pourrit.
Il n'y a qu'une chose vraiment infâme, qui déshonore la créature que Dieu a faite à son image, le mensonge.
L'amour, même en ses plus humbles commencements, est un exemple frappant du peu qu'est la réalité pour nous.
Il y a une chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
Si tranquille qu'on se croie quand on aime, on a toujours l'amour dans son coeur en état d'équilibre instable.
Il vaut mieux ne pas savoir, penser le moins possible, ne pas fournir à la jalousie le moindre détail concret.
Dans l'attente on souffre tant de l'absence de ce qu'on désire , qu'on ne peut supporter une autre présence ...
Les hommes peuvent avoir plusieurs sortes de plaisirs. Le véritable est celui pour lequel ils quittent l'autre.
Jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche malgré qu'elle fut close et qu'il fit nuit sur la terre.
Les oeuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a plus creusé le coeur.
Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence.
Il y a quelque chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.
Les passions sont comme des bibliothèques où le vulgaire séjourne sans connaître les trésors qu'elles contiennent.
Le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir.
Soyons reconnaissants envers les gens qui nous rendent heureux. Ils sont les jardiniers qui font fleurir notre âme
Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas.
La force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n'est pas l'électricité, c'est la douleur.
Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire.
Un nom, c'est bien souvent tout ce qui reste pour nous d'un être non pas même quand il est mort, mais de son vivant.
Les maximes les plus profondes sont celles où la pensée semble la plus indépendante des mots et de leur aménagement.
Ce qui pour nous fait le bonheur ou le malheur de notre vie, constitue pour tout autre un fait presque imperceptible.
La maladie est le plus écouté des médecins : à la bonté, au savoir on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance.
Une femme que nous entretenons ne nous semble pas une femme entretenue tant que nous ne savons pas qu'elle l'est par d'autres.
On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté.
C'est parce qu'ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment.
Les créatures qui ont joué un grand rôle dans notre vie, il est rare qu'elles en sortent tout d'un coup d'une façon définitive.
Quand on se voit au bord de l'abîme et qu'il semble que Dieu vous ait abandonné, on n'hésite plus à attendre de lui un miracle.
Ce n'est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s'affaiblit, c'est parce que nous mourrons nous-mêmes.
Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous.
La nature ne semble guère capable de donner que des maladies assez courtes. Mais la médecine s'est annexée l'art de les prolonger.
L'habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première dont elle n'a ni les cruautés, ni les enchantements.
Les gens du monde ont tellement l'habitude qu'on les recherche que, qui les fuit, leur semble un phénix et accapare leur attention.
La jeunesse est cet heureux temps où l'on devrait plutôt dire qu'on ne doute de rien plutôt que de dire qu'on n'y doute pas de soi.
Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.
La louange la plus haute de Dieu est dans la négation de l'athée qui trouve la Création assez parfaite pour se passer d'un créateur.
Aimer est un mauvais sort, comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé.
La beauté des êtres n'est pas comme celle des choses. Nous sentons qu'elle est celle d'une créature unique, consciente et volontaire.
Le bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas des choses inaccessibles et nous avons fait Ïuvre inutile en y renonçant à jamais.
La durée moyenne de la vie est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cÏur.
Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir (...) pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre.
Souvent, vous le savez, on dit d'un grand artiste : à côté de son génie, c'était une vieille bête qui avait les idées les plus étroites.
On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner.
Il n'y a que les femmes qui ne savent pas s'habiller qui craignent la couleur. On peut être éclatante sans vulgarité et douce sans fadeur.
Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant sont généralement celles qui ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l'air ennuyé.
Il n'est pas certain que le bonheur survenu trop tard... soit tout à fait le même que celui dont le manque nous rendait jadis si malheureux.
La générosité n'est souvent que l'aspect intérieur que prennent nos sentiments égoïstes quand nous ne les avons pas encore nommés et classés.
L'accouplement des éléments contraires est la loi de la vie, le principe de la fécondation, et comme on verra, la cause de bien des malheurs.
L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?
De même que les peuples ne sont pas longtemps gouvernés par une politique de pur sentiment, les hommes ne le sont pas par le souvenir de leur rêve.
'Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons.'
On découvre au téléphone les inflexions d'une voix qu'on ne distingue pas tant qu'elle n'est pas dissociée d'un visage où on objective son expression.
L'artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu'il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n'existe pas.
Nos désirs vont s'interférant, et dans la confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l'avait réclamé.
Nos désirs vont s' interférant, et dans la confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l'avait réclamé.
C'est étonnant comme la jalousie qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d'imagination quand il s'agit de découvrir le vrai.
La photographie acquiert un peu de la dignité qui lui manque, quand elle cesse d'être une reproduction du réel et nous montre des choses qui n'existent plus.
Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas ! Comme les années.
L'oubli est un puissant instrument d'adaptation à la réalité parce qu'il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.
C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "Incitations".
Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables, que celles que l'imagination avait formées et la réalité détruites.
L'opinion que nous avons les uns des autres, les rapports d'amitié, de famille, n'ont rien de fixe qu'en apparence, mais sont aussi éternellement mobiles que la mer.
Nous localisons dans le corps d'une personne toutes les possibilités de sa vie, le souvenir des êtres qu'elle connaît et qu'elle vient de quitter, ou s'en va rejoindre.
Un milieu élégant est celui où l'opinion de chacun est faite de l'opinion des autres. Est-elle faite du contre-pied de l'opinion des autres ? C'est un milieu littéraire.
Quand on travaille pour plaire aux autres on peut ne pas réussir, mais les choses qu'on a faites pour se contenter soi-même ont toujours une chance d'intéresser quelqu'un.
Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique ; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent, et l'habitude le remplit.
Pour que les choses paraissent nouvelles, si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut, en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux.
L'être que je serai après la mort n'a pas plus de raisons de se souvenir de l'homme que je suis depuis ma naissance que ce dernier ne se souvient de ce que j'ai été avant elle.
Peut-être l'immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d'autres, par l'immobilité de notre pensée en face d'elles.