Né le 7 mai 1892 à Kumrovec et mort le 4 mai 1980 à Ljubljana, Josip Broz Tito est un homme d'État yougoslave, dirigeant de la Yougoslavie communiste de 1945 à sa mort, fondateur du mouvement des non-alignés et premier chef communiste à rompre ouvertement avec Moscou en 1948.
Septième enfant d'une famille paysanne de Croatie-Slavonie, Josip Broz quitte l'école à treize ans, devient apprenti serrurier puis travaille comme métallurgiste à Sisak, en Bohême, à Munich, à Mannheim chez Benz, puis à Wiener Neustadt chez Daimler comme pilote d'essais. Mobilisé en 1913 dans l'armée austro-hongroise, il combat sur le front de l'Est, est blessé en Bucovine, capturé par les Russes en 1915 et envoyé dans des camps de l'Oural. Libéré en 1917, il participe aux manifestations de Pétrograd, s'engage dans l'Armée rouge à Omsk et adhère au Parti communiste russe. Rentré en Croatie en 1920, il rejoint le Parti communiste de Yougoslavie clandestin. Agent du Komintern dans les années 1920, il purge cinq ans de prison entre 1928 et 1934. Envoyé par Joseph Staline à Moscou, il devient en 1937 secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie après l'exécution de son prédécesseur Milan Gorkić.
Après l'invasion allemande d'avril 1941, Tito organise la résistance communiste. Nommé commandant suprême des Partisans, il mène une guérilla qui résiste à six offensives de l'Axe et entre en conflit avec les Tchetniks monarchistes de Draža Mihailović. En 1943, lors de la session du Conseil antifasciste de libération nationale à Jajce, il reçoit le titre de maréchal et devient président du Comité national de libération. Les Allemands tentent de le capturer le 25 mai 1944 lors de l'opération Rösselsprung, sans succès. Belgrade est libérée en octobre 1944 avec l'Armée rouge. Élu Premier ministre en novembre 1945, il proclame la république fédérative populaire de Yougoslavie, fait fusiller Mihailović en 1946, condamner l'archevêque Alojzije Stepinac la même année et écarte le roi Pierre II. La rupture avec Joseph Staline en 1948 oriente la Yougoslavie vers une voie indépendante.
L'exercice du pouvoir par Tito a fait l'objet de nombreuses procédures et condamnations historiquement documentées. Dès 1946, l'archevêque de Zagreb Alojzije Stepinac est condamné à seize ans de prison pour collaboration, condamnation contestée par l'Église catholique. La même année, le procès et l'exécution de Draža Mihailović sont prononcés. À partir de 1949, le camp de Goli Otok est ouvert pour interner les communistes staliniens, suivi de celui de Sveti Grgur. En 1954, Milovan Djilas, numéro deux du régime, est condamné à dix ans de prison après ses critiques publiques. En 1971, la répression du Printemps croate donne lieu à environ deux mille arrestations. Selon l'historien Rudolph Rummel, les massacres et purges menés entre 1945 et 1980 ont fait des dizaines de milliers de victimes documentées dans des sources académiques.
1892 : naissance le 7 mai à Kumrovec, en Croatie-Slavonie
1913 : mobilisation dans l'armée austro-hongroise
1915 : capture par l'armée russe en Bucovine
1920 : adhésion au Parti communiste de Yougoslavie
1928 : condamnation à cinq ans de prison
1937 : nomination comme secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie
1941 : prise de tête de la résistance partisane en avril
1943 : titre de maréchal à Jajce le 29 novembre
1945 : prise du poste de Premier ministre yougoslave le 29 novembre
1948 : rupture avec Joseph Staline et exclusion du Kominform
1952 : mariage avec Jovanka Budisavljević le 15 avril
1953 : accession à la présidence de la République le 14 janvier
1961 : organisation de la conférence de Belgrade fondant le mouvement des non-alignés
1974 : nomination comme président à vie par la nouvelle Constitution
1980 : décès le 4 mai à Ljubljana
Josip Broz est le septième enfant de Franjo Broz, paysan croate, et de Marija Javeršek, slovène. Il passe une partie de son enfance chez son grand-père maternel à Podsreda et fréquente l'école primaire de Kumrovec jusqu'en 1905. Il se marie quatre fois selon les biographes Pero Simić et Jože Pirjevec. En 1918, il épouse la Russe Pelagija Belousova rencontrée pendant sa captivité. De cette union naît Žarko Broz, seul des trois enfants à survivre. Divorcé en 1936, il épouse à Moscou l'Allemande Johanna Koenig, exécutée peu après lors des purges staliniennes. Avec la Slovène Herta Haas, il a un second fils, Aleksandar Mišo Broz, né en mai 1941, futur diplomate croate en Indonésie.
Sa relation avec sa secrétaire Davorjanka Paunović, codée « Zdenka », précipite la rupture avec Herta Haas en 1943. Davorjanka meurt de tuberculose et Tito l'enterre près de sa résidence de Dedinje à Belgrade. Le 15 avril 1952, il épouse à Ilok Jovanka Budisavljević, ancienne partisane et lieutenant-colonel de l'armée populaire yougoslave, qui sera Première dame jusqu'en 1980. Aleksandar Ranković est témoin du mariage. Tito parle couramment l'allemand, le serbo-croate, le russe et apprend l'anglais. Ses séjours fréquents sur l'archipel de Brioni, où il reçoit chefs d'État et personnalités, constituent un cadre privé documenté.
En janvier 1980, à 87 ans, Tito est hospitalisé au centre médical de Ljubljana pour une thrombose de la jambe gauche ayant provoqué une gangrène. Son membre est amputé, sans empêcher l'évolution fatale. Plusieurs publications, dont les travaux de Pierre Rentchnick, qualifient les soins prolongés d'acharnement thérapeutique, motivés par la crainte d'une intervention soviétique dans le contexte de la guerre d'Afghanistan. Il meurt le 4 mai 1980. Les funérailles nationales rassemblent à Belgrade 209 délégations de 127 pays, dont Indira Gandhi, Margaret Thatcher, Willy Brandt et Léonid Brejnev. Jimmy Carter et Valéry Giscard d'Estaing ne s'y rendent pas.
Le maréchal repose au mausolée « Kuća cveća » ou « Maison des fleurs », situé dans le quartier de Dedinje au sud de Belgrade, à proximité du Musée de Yougoslavie où sont exposés les cadeaux diplomatiques qu'il a reçus. Le site demeure l'un des lieux les plus visités de Serbie. Une statue de bronze à son effigie a également été inaugurée à Podgorica, capitale du Monténégro.
1 - Au sein de l'armée austro-hongroise, Josip Broz remporte une médaille d'argent au concours d'escrime militaire de Budapest en 1914, peu avant d'être envoyé sur le front de Voïvodine.
2 - Avant la guerre, il a travaillé en Allemagne comme ouvrier dans les usines automobiles Benz à Mannheim, puis comme pilote d'essai chez Daimler à Wiener Neustadt.
3 - Selon ses biographes, il aurait choisi son pseudonyme « Tito » à Vienne en 1934, possiblement en hommage à l'auteur croate Tituš Brezovački selon Vladimir Dedijer.
4 - Tito reçoit en 1968 un discours de bienvenue personnel de l'empereur Hirohito lors de sa visite officielle au Japon, distinction rarement accordée à un dirigeant étranger.
5 - Il accueille à Brioni des personnalités aussi variées qu'Elizabeth Taylor, Neil Armstrong, Kirk Douglas et Jawaharlal Nehru, dont les visites sont documentées dans la presse yougoslave de l'époque.
6 - En 1967, après la guerre des Six Jours, la Yougoslavie de Tito rompt ses relations diplomatiques avec Israël, rupture qui ne sera levée qu'après la dislocation du pays.
- Métier(s) : homme d'État, chef de la résistance partisane, secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie
- Résidence principale : Belgrade, avec séjours réguliers sur l'archipel de Brioni
- Relations de couple : Pelagija Belousova (1918-1936), Johanna Koenig (1936), Herta Haas (à partir de 1940, séparation en 1943), Jovanka Budisavljević (1952-1980)
- Enfants : Žarko Broz (1924, avec Pelagija), Aleksandar Mišo Broz (1941, avec Herta)
- Distinctions : maréchal de Yougoslavie (1943), étoile de l'amitié des peuples (1965, RDA), président à vie (1974)