Joseph Kabila, homme d'État congolais né le 4 juin 1971 dans la province du Sud-Kivu, a dirigé la République démocratique du Congo de janvier 2001 à janvier 2019, devenant à 29 ans le plus jeune chef d'État de l'histoire du pays après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila.
Fils du chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila passe l'essentiel de son enfance en exil en Tanzanie, à Dar es Salaam, où il est scolarisé sous le pseudonyme Hippolyte Kanambe Mtwale pour des raisons de sécurité. Il fréquente également les pêcheries clandestines que son père possède sur le lac Tanganyika. En 1992, il s'inscrit à la faculté de droit de l'université Makerere de Kampala, en Ouganda, et suit en parallèle des cours par correspondance de la Washington International University. En octobre 1996, il abandonne ses études pour rejoindre les forces rebelles de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), formées en partie sous la tutelle de James Kabarebe, alors chef d'état-major de l'armée rwandaise. Lors de la première guerre du Congo, il commande les opérations sur l'axe Kisangani-Lubumbashi-Kinshasa, qui aboutissent à la chute de Mobutu Sese Seko en mai 1997. En 1998, il part à Pékin parfaire sa formation à l'Université de la défense nationale de l'Armée populaire de libération, mais est rappelé au pays dès le déclenchement de la deuxième guerre du Congo. Il atteint le grade de général-major et prend la tête des forces terrestres congolaises.
Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans son bureau du palais présidentiel. Dix jours plus tard, à 29 ans, Joseph Kabila prête serment comme quatrième président de la RDC, soutenu notamment par le président zimbabwéen Robert Mugabe. Son accession au pouvoir surprend ses contemporains : l'historien belge David Van Reybrouck note que, par sa jeunesse et sa voix timide, il donnait l'impression d'être un personnage falot. Il engage néanmoins dès sa première semaine de mandat une série de visites diplomatiques à Paris, Bruxelles et Washington, où il rencontre le secrétaire d'État Colin Powell ainsi que le président rwandais Paul Kagame, adversaire de son père. En 2002, il fonde le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et signe à Pretoria un accord avec Kagame organisant le retrait des troupes étrangères du territoire congolais. La deuxième guerre du Congo prend fin en 2003, dans le cadre d'un gouvernement de transition intégrant les chefs rebelles, notamment Jean-Pierre Bemba, comme vice-présidents. Élu au second tour en 2006 contre Jean-Pierre Bemba, puis réélu en 2011 dans un scrutin contesté par Étienne Tshisekedi et jugé non crédible par le Carter Center et la mission d'observation de l'Union européenne, Kabila prolonge son maintien au pouvoir de deux ans au-delà de la limite constitutionnelle de 2016, déclenchant une grave crise politique. Il cède finalement la présidence à Félix Tshisekedi le 24 janvier 2019, premier transfert pacifique du pouvoir depuis l'indépendance du Congo en 1960.
La présidence de Joseph Kabila est documentée par de nombreuses organisations internationales pour des violations graves des droits humains et des pratiques de corruption à grande échelle. Human Rights Watch relève, dans plusieurs rapports publiés entre 2008 et 2019, que plus de 500 personnes ont été tuées et environ un millier arrêtées et torturées depuis les élections de 2006, et que les forces de sécurité ont abattu plus de 170 manifestants pacifiques en 2015 et 2016. Une enquête de RFI et du Monde, publiée en novembre 2018, relie le régime à l'assassinat de deux experts de l'ONU en mars 2017. En novembre 2021, le consortium journalistique international Congo Hold-Up, coordonné par Mediapart et réunissant des enquêteurs de 18 pays, publie une analyse de 3,5 millions de documents issus de la BGFIBank, révélant que Kabila, sa famille et ses proches collaborateurs, dont sa sœur jumelle Jaynet Kabila et son épouse Olive Lembe di Sita, auraient détourné au moins 138 millions de dollars du budget de l'État entre 2013 et 2018, y compris des fonds versés par les Nations Unies. Après son départ du pouvoir, il part en exil en Afrique du Sud fin 2023. En mai 2025, son immunité de sénateur à vie est levée par le Sénat. Le 30 septembre 2025, la Haute cour militaire de Kinshasa le condamne par contumace à la peine de mort pour trahison, crimes de guerre, crimes contre l'humanité, meurtre et insurrection, en lien avec un soutien présumé à la rébellion de l'Alliance fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars (M23). Kabila rejette ces accusations, qualifiant la procédure d'instrument d'oppression politique. Human Rights Watch juge le procès entaché des caractéristiques d'une vendetta politique. En avril 2026, le département américain du Trésor inscrit Joseph Kabila sur sa liste des Specially Designated Nationals pour soutien présumé à la déstabilisation de la RDC via le M23 et l'AFC.
1971 : naissance le 4 juin à Hewa Bora II, territoire de Fizi, province du Sud-Kivu
1978 : exil familial en Tanzanie ; scolarisé à Dar es Salaam sous le nom d'Hippolyte Kanambe Mtwale
1992 : inscription à la faculté de droit de l'université Makerere, Kampala
1996 : rejoint l'AFDL en octobre lors de la première guerre du Congo ; formé par James Kabarebe
1997 : entrée des troupes rebelles à Kinshasa ; chute de Mobutu Sese Seko
1998 : formation militaire à l'Université de la défense nationale de Pékin ; rappelé au pays lors de la deuxième guerre du Congo
2001 : assassinat de Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier ; investiture de Joseph Kabila comme président le 26 janvier
2002 : fondation du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) ; accord de Pretoria avec Paul Kagame
2003 : fin officielle de la deuxième guerre du Congo ; mise en place d'un gouvernement de transition
2006 : adoption d'une nouvelle constitution par référendum ; mariage avec Olive Lembe di Sita le 17 juin ; élection à la présidence au second tour contre Jean-Pierre Bemba
2011 : réélection contestée à la présidence ; Étienne Tshisekedi rejette les résultats
2016 : fin du second mandat constitutionnel le 19 décembre ; maintien au pouvoir et report des élections
2019 : remise du pouvoir à Félix Tshisekedi le 24 janvier ; sénateur à vie à compter du 15 mars
2021 : publication de l'enquête Congo Hold-Up dénonçant des détournements présumés de 138 millions de dollars
2023 : départ en exil en Afrique du Sud
2025 : levée de l'immunité le 22 mai ; condamnation à mort par contumace le 30 septembre par la Haute cour militaire
2026 : inscription en avril sur la liste des sanctions du département américain du Trésor
Joseph Kabila est né d'un père, Laurent-Désiré Kabila, maquisard devenu chef d'État, et d'une mère, Sifa Mahanya, originaire du Maniema. Il a une sœur jumelle, Jaynet Kabila, devenue par la suite députée nationale, ainsi qu'un frère, Zoé Kabila. Ayant grandi en exil, il ne parle pas le lingala, principale langue véhiculaire de Kinshasa, ce qui alimentera des controverses sur ses origines tout au long de sa présidence. Sa discrétion dans les sphères publiques est documentée par de nombreux observateurs. En 2006, il épouse Marie-Olive Lembe di Sita, née le 29 juillet 1976 à Kailo dans le Maniema. Leur union donne naissance à deux enfants : Sifa Kabila, née en 2001, et Laurent-Désiré Kabila, né le 18 septembre 2008 à la clinique Ngaliema de Kinshasa.
Après son départ du pouvoir, Joseph Kabila s'installe en Afrique du Sud, où il entreprend une thèse consacrée aux relations sino-congolaises à l'université de Johannesburg. Il demeure propriétaire d'un domaine agricole et d'un parc faunique dans la vallée de la Nsele, près de Kinshasa. Son épouse Olive Lembe di Sita dirige l'ONG Initiative Plus OLK, active dans les secteurs de l'éducation, de la santé et de l'aide humanitaire. Kabila et sa famille contrôlent, selon des enquêtes de presse concordantes, un ensemble de plus de 70 entreprises congolaises dans les secteurs miniers, bancaires et agro-alimentaires. En mai 2025, en exil, il signe avec d'autres dirigeants de l'opposition, notamment Moïse Katumbi et Martin Fayulu, une déclaration commune appelant à un dialogue inter-congolais sous l'égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).
1 - Lors de son investiture en janvier 2001, Joseph Kabila ne parle pas un mot de lingala, langue courante de Kinshasa. Son discours inaugural, prononcé en français et en swahili, alimente immédiatement des rumeurs sur ses origines que ses adversaires exploiteront pendant deux décennies.
2 - Pour sa campagne présidentielle de 2006, Joseph Kabila engage la société américaine de relations publiques Stevens and Schriefer Group, qui avait piloté deux campagnes de George W. Bush. Il est l'un des rares chefs d'État africains de l'époque à faire appel à une agence de communication américaine spécialisée dans les stratégies électorales républicaines.
3 - En novembre 2000, Joseph Kabila, alors commandant des forces terrestres, supervise avec John Numbi la bataille de Pweto contre le RCD-Goma, soutenu par le Rwanda. Après une défaite cuisante, les deux officiers s'échappent en hélicoptère via la Zambie. Laurent-Désiré Kabila, furieux, envoie son fils se former à Pékin en guise de punition. Deux mois plus tard, l'assassinat de son père le rappelle à Kinshasa pour prendre la tête de l'État.
4 - En exil en Afrique du Sud à partir de 2023, Joseph Kabila rompt six ans de silence public en signant en février 2025 une tribune dans le Sunday Times, tribune consacrée à la crise dans l'est de la RDC. C'est sa première prise de parole médiatique depuis son départ de la présidence en janvier 2019.
5 - Lors de la conférence de presse de décembre 2018 à sa ferme privée, à une heure et demie de Kinshasa, interrogé par NPR sur une éventuelle fortune personnelle, Kabila répond : « Je ne sais pas ce que signifie un homme riche. » Il ajoute que des Congolais doivent être les premiers investisseurs de leur pays, invoquant l'exemple de sa propre famille.
- Métier(s) : homme d'État, ancien militaire (grade de général-major), sénateur à vie
- Résidence principale : Afrique du Sud (en exil depuis 2023) ; propriétés en RDC (vallée de la Nsele, Kinshasa)
- Relations de couple : époux d'Olive Lembe di Sita (mariage le 17 juin 2006)
- Enfants : Sifa Kabila (née en 2001) et Laurent-Désiré Kabila (né en 2008)
- Distinctions : doctorat honoris causa de la Hankuk University of Foreign Studies (Corée du Sud)
« J'ai décidé de commencer par la partie orientale, parce que c'est là qu'il y a péril en la demeure. »
— Déclaration écrite consultée par RFI, 8 avril 2025
« J'ai toujours voulu que ces élections soient des élections parfaites. Et je n'utilise pas ce mot à la légère. Nous voulons qu'elles soient parfaites, avant les élections, pendant la campagne, et surtout après, quand les résultats seront annoncés. »
— Interview NPR, décembre 2018 (traduit de l'anglais)
« Au niveau national, la principale cause de cette crise est la volonté manifeste du leadership actuel de briser le Pacte républicain. Ce pacte, issu du dialogue inter-congolais de Sun City, a abouti à une Constitution adoptée par référendum populaire en 2006. »
— Tribune publiée dans le Sunday Times (Afrique du Sud), 23 février 2025
« Le Congo ne reçoit d'ordres de personne. Des conseils, oui. Et je l'ai dit à tous les diplomates basés à Kinshasa : quand vous venez au Congo, prenez le temps d'apprendre et d'écouter, parce que vous connaissez peut-être tout des États-Unis, tout de l'Europe, mais le Congo est notre pays. Nous le connaissons mieux que quiconque. Et nous croyons que les choix que nous faisons pour notre peuple sont les meilleurs choix. »
— Interview NPR, décembre 2018 (traduit de l'anglais)
« J'ai décidé de commencer par la partie orientale, parce que c'est là qu'il y a péril en la demeure. »
— Déclaration écrite consultée par RFI, 8 avril 2025
« J'ai toujours voulu que ces élections soient des élections parfaites. Et je n'utilise pas ce mot à la légère. Nous voulons qu'elles soient parfaites, avant les élections, pendant la campagne, et surtout après, quand les résultats seront annoncés. »
— Interview NPR, décembre 2018 (traduit de l'anglais)
« Au niveau national, la principale cause de cette crise est la volonté manifeste du leadership actuel de briser le Pacte républicain. Ce pacte, issu du dialogue inter-congolais de Sun City, a abouti à une Constitution adoptée par référendum populaire en 2006. »
— Tribune publiée dans le Sunday Times (Afrique du Sud), 23 février 2025
« Le Congo ne reçoit d'ordres de personne. Des conseils, oui. Et je l'ai dit à tous les diplomates basés à Kinshasa : quand vous venez au Congo, prenez le temps d'apprendre et d'écouter, parce que vous connaissez peut-être tout des États-Unis, tout de l'Europe, mais le Congo est notre pays. Nous le connaissons mieux que quiconque. Et nous croyons que les choix que nous faisons pour notre peuple sont les meilleurs choix. »
— Interview NPR, décembre 2018 (traduit de l'anglais)