Né à Alger le 1er novembre 1943 dans une famille juive séfarade dont les racines remontent à l'Espagne du 15e siècle, Jacques Attali a traversé un demi-siècle de vie publique en tenant simultanément les rôles d'économiste, de conseiller présidentiel, d'essayiste prolifique, de fondateur d'organisations internationales et de chef d'orchestre amateur. Ce fils d'un autodidacte de Constantine, orphelin de père à 10 ans, qui n'aimait ni la politique ni François Mitterrand, a pourtant conseillé quatre présidents de la République et écrit plus de quatre-vingts ouvrages traduits dans une vingtaine de langues.
La formation de Jacques Attali est parmi les plus complètes qu'ait produites la République française. Après des classes préparatoires scientifiques au lycée Janson-de-Sailly, il se classe 43e ex aequo au concours d'entrée de Polytechnique en 1963, perdant quelques points sur l'épreuve de gymnastique. Il sort major de promotion en 1965 avec un total de points que l'école ne dépasse pas pendant au moins quatre décennies. Il complète ce parcours avec Sciences Po (promotion 1967), l'ENA, puis un doctorat d'État en sciences économiques à l'université Paris-Dauphine en 1972. Dès 1968, il est nommé maître de conférences à Polytechnique. En 1973, il adhère au Parti socialiste et se rapproche de François Mitterrand, dont il intègre l'équipe de campagne pour la présidentielle de 1974. Après la victoire de mai 1981, Mitterrand le nomme conseiller spécial : Attali assiste aux conseils des ministres, aux conseils de défense et à l'ensemble des rencontres bilatérales du chef de l'État, dont il est le sherpa pour les sommets du G7. Il rédige des notes quotidiennes pour le président. Au lycée Janson-de-Sailly, son frère jumeau Bernard et lui croisent Laurent Fabius et Jean-Louis Bianco ; Bernard deviendra PDG d'Air France puis dirigeant de la branche européenne du groupe Carlyle.
En parallèle de sa décennie élyséenne, Attali publie huit ouvrages entre 1982 et 1991. Son essai Bruits, paru en 1977, sur les liens entre la musique et l'évolution des sociétés, est enseigné dans des départements de musicologie à travers le monde, et cette réflexion sur les rapports entre culture et pouvoir traverse l'ensemble de son oeuvre. "J'ai entrepris depuis très longtemps de raconter l'avenir de l'humanité à partir du passé", explique-t-il (Le Figaro / Libre à vous, 9 décembre 2024). En 1989, il lance l'idée d'une banque pour soutenir la transition des pays d'Europe de l'Est. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) est créée en 1990 et inaugurée en avril 1991 à Londres, avec Attali comme premier président. En 1991, il contraint les chefs d'État réunis pour un G7 londonien à recevoir Mikhaïl Gorbatchev en l'invitant au siège de la banque, contre l'avis de John Major. Après son départ en juin 1993, il fonde le cabinet Attali & Associés (1994), puis l'ONG Positive Planet (1998), active dans une quarantaine de pays dans le domaine de la microfinance. En 2008, Nicolas Sarkozy lui confie la présidence de la Commission pour la libération de la croissance française. En septembre 2019, il devient éditorialiste aux Échos, puis en 2020 au Nikkei. En décembre 2024, il publie son 89e livre, Histoires et avenirs des villes, chez Flammarion.
En avril 1993, la presse britannique révèle que la BERD a dépensé pour son propre fonctionnement deux fois plus d'argent qu'elle n'en avait investi à l'Est depuis son inauguration. Attali est notamment visé pour avoir fait remplacer le marbre du siège londonien. La polémique éclate au lendemain d'un appel téléphonique houleux entre lui et John Major, et se propage à la presse française. Attali démissionne en juin 1993. Il soutient que les travaux contestés avaient été conduits par un groupe de travail international dont il ne faisait pas partie, et qu'il a reçu le quitus du conseil des gouverneurs à son départ (Les Échos, 28 juin 1993). Le rapport d'audit reste néanmoins sévère.
La trilogie Verbatim, parue entre 1993 et 1995, suscite des critiques de nombreux anciens collaborateurs de l'Élysée. Jack Lang, Robert Badinter, Pierre Mauroy et Laurent Fabius estiment dès la sortie du premier tome qu'Attali a déformé leurs propos ou trop révélé. Les historiens Tilo Schabert et Frédéric Bozo, ainsi que les journalistes Pierre Favier et Michel Martin-Roland, reprochent à l'auteur l'utilisation de documents invérifiables et l'emploi de notes prises par d'autres. Mitterrand lui-même juge qu'Attali "a le guillemet facile" et, selon plusieurs témoignages de collaborateurs, s'en irrite en privé. En 1993, Attali remporte un procès en diffamation intenté à la suite d'accusations portant sur la publication sans autorisation de propos du président dans Verbatim I ; Mitterrand confirmera dans une interview publiée dans la biographie de Guy Sitbon lui avoir explicitement demandé d'écrire le livre et l'avoir relu lui-même. Par ailleurs, une citation prétendument extraite de Verbatim sur l'usage de pandémies pour réduire la population circule depuis 2020 sur les réseaux sociaux : elle a été vérifiée par l'AFP et Snopes, qui confirment qu'elle ne figure dans aucun ouvrage d'Attali, lequel nie en être l'auteur (Science Feedback, s.d.).
Jacques Attali naît à Alger le 1er novembre 1943, jumeau de Bernard, dans une famille juive séfarade dont les racines remontent à l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 et dont une branche passe par la Turquie. Son père Simon est né dans un quartier pauvre de Constantine, orphelin de père à 10 ans, avec plusieurs sœurs à charge. Autodidacte complet, il quitte l'école à 10 ans mais se constitue une bibliothèque comprenant notamment l'Encyclopédie astronomique de Flammarion en six volumes et un Larousse en vingt volumes. À la maison, les parents parlent arabe entre eux mais interdisent à leurs enfants de le pratiquer, convaincus que c'est "la langue du passé" et qu'il faut "s'intégrer à l'avenir, parler et vivre en français" (Le Figaro / Libre à vous, 9 décembre 2024). Le père parle un français "très châtié, très sophistiqué, sans aucun accent d'aucune sorte" bien qu'il n'ait jamais fait d'études. Attali retient de lui l'exigence absolue : "Réussir était la moindre des choses", dit-il (Le Figaro / Libre à vous, 9 décembre 2024), ajoutant qu'il n'a jamais reçu un seul compliment paternel. C'est le père qui, le soir du 2 novembre 1954, rentrant du lycée après avoir vu la bombe déclencheur de l'insurrection algérienne, dit à ses enfants : il faut partir. La famille s'installe à Paris en 1956, préparée par plusieurs séjours de vacances. Attali épouse Élisabeth Allain en 1981. Journaliste et présentatrice, elle officie notamment sur France 24 pendant plus de quinze ans. Le couple a deux enfants, Jérémie et Bethsabée. Attali consacre environ une heure par jour au sport et structure son agenda sur trois mois. "Je déteste ne pas faire le meilleur usage du temps", dit-il (Le Figaro / Libre à vous, 9 décembre 2024). Il joue du piano depuis l'enfance, a écrit la chanson Coline pour Barbara, et dirige depuis 2003 l'Orchestre universitaire de Grenoble. Il réside à Neuilly-sur-Seine.
Jacques Attali entretient des liens de longue date avec plusieurs personnalités de premier plan. À l'Élysée dans les années 1980, il recrute notamment François Hollande et Ségolène Royal. Son réseau inclut des figures aussi diverses que l'humoriste Coluche, qui l'appelait "Jacquot", et l'économiste Joseph Stiglitz, avec lequel il co-anime un forum sur l'économie positive au Havre. Sur le plan des engagements, il co-fonde Action contre la faim en 1979 avec Françoise Giroud, Bernard-Henri Lévy, Alfred Kastler (Prix Nobel de physique), Guy Sorman et Jean-Christophe Victor. Il est à l'origine d'Eureka (1985) et de Positive Planet (1998). Il participe à la délégation officielle lors de la visite d'Emmanuel Macron en Algérie en août 2022. Ses convictions intellectuelles se formulent autour de la primauté de l'Europe, de la prévention en santé publique et d'une "économie positive" orientée vers les générations futures. "La niaque, je ne sais pas d'où ça vient. La niaque se nourrit de la curiosité et la curiosité se nourrit du rapport aux autres", dit-il pour décrire ce qu'il considère comme sa seule qualité (Le Figaro / Libre à vous, 9 décembre 2024).
Jacques Attali réside à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). La famille s'était installée à Paris, dans le 16e arrondissement, à l'arrivée d'Algérie en 1956, rue de la Pompe, face au lycée Janson-de-Sailly. Son activité professionnelle l'a mené à Londres pour la BERD (1991-1993) et dans de nombreuses capitales lors de conférences internationales. Il dirige depuis 2003 l'Orchestre universitaire de Grenoble. Ses origines séfarades algériennes, aux racines turques et espagnoles, constituent un fil biographique qu'il explore notamment dans L'Année des dupes : Alger 1943 (Fayard, 2019).
Il faut savoir s'arracher au désir des autres. Le plus difficile pour moi a été de m'arracher au désir de mon père qui voulait me voir devenir médecin.
— Madame Figaro, 29 janvier 2020
Toute mort est la première.
La haine vient de la ressemblance.
Rien n'est plus urgent que d'aimer.
Seul l'avenir donne un sens au passé.
La drogue est le nomadisme de l'exclu.
Il n'est de désir que dans la jalousie.
Le neuf suscite la colère des habitudes.
Le temps a ceci de singulier qu'il s'écoute.
On ne désire jamais que ce qu'un autre désire.
Le femme est le premier labyrinthe de l'homme.
Les médias servent d'amplificateurs de menaces.
Il n'y a sans doute rien à espérer de l'avenir.
Pourquoi punir le valet pour le crime du maître ?
On ne peut contraindre personne à se montrer fraternel.
Les vedettes ont toujours l'âge idéalisé de leur public.
La lucidité n'est rien d'autre qu'une ivresse de puissants.
La création est le seul substitut raisonnable à la violence.
Moi, Tout, Partout, Tout de suite. - Tel est l'art du temps.
Rien, heureusement, n'est moins prévisible que la démocratie.
L'usage n'est plus que l'affichage de la vitesse de l'échange.
Le trafic d'influences constitue le pain quotidien du pouvoir.
La ville est le seul être vivant capable de rajeunir vraiment.
Il ne faut jamais laisser vivre trop longtemps un organigramme.
L'autre est le seul moyen d'être certain de sa propre existence.
Pour avoir droit à une étincelle d'éternité, il faut avoir aimé.
Les hommes sont-ils capables de laisser les autres être heureux ?
Et si la mort n'était qu'une infinie répétition du premier jour ?
Etre mort, est-ce commencer à s'intéresser au chagrin des autres ?
La parole est la première démonstration de la nécessité de l'autre.
Il n'y a pas de liberté sans risque, sans ignorance, sans aventure.
Pour promettre l'Eternité, les religions restreignent les Libertés.
Ce qu'on nomme l'Histoire n'est qu'un roman inlassablement réécrit.
Jamais une démocratie n'a fait jusqu'ici la guerre à une démocratie.
On ne peut désigner le sommet d'une pyramide sans localiser sa base.
La survie de la langue passe par celle de la Culture qu'elle véhicule.
La politique n'agit sur l'économie que si elle ne prétend pas le faire.
C'est plus facile d'avoir chacun son dieu, ça permet d'être Dieu soi-même.
La Terre est un objet vivant parcouru de nomades de plus en plus nombreux.
Il n'y a pas de richesse sans créativité, ni de créativité sans démocratie.
Pour beaucoup d'humains, la liberté des autres est l'ennemi de leur survie.
L'Histoire moderne a montré que l'utopie est mère de toutes les dictatures.
La politique, même la plus généreuse, n'est pas affaire de bons sentiments.
L'utopie est toujours une affaire d'aube, de lève-tôt ou de rêveurs éveillés.
Le désordre est l'état naturel du monde, la forme organisée y est l'exception.
Faut-il se contenter du monde comme il est et de l'Histoire comme elle vient ?
Une société se meurt quand les hommes y oublient de se méfier de leurs frères.
Tokyo, faute d'espace, a su se rendre maître des techniques de miniaturisation.
Le problème majeur, demain, sera d'apprendre à gérer la mondialité des problèmes.
Le nomade ne se met pas en marche s'il n'a pas une Terre promise à laquelle rêver.
Egoïsme de prétendre vivre pour les autres : nul n'a besoin que l'on vive pour lui.
La célébrité est une malédiction dont tous les hommes voudraient être les victimes.
Ce qui change le moins chez l'homme, ce sont les questions qu'il se pose sur lui-même.
Nul adulte n'a jamais compris que, pour l'enfant, la solitude est pire que la douleur.
Les Justes meurent malgré leur justesse, les méchants survivent malgré leur méchanceté.
Tout ce qui est encore beau à trente ans est triste à cinquante et grotesque à soixante.
Plus personne, ou presque, ne croit que changer la vie des autres est important pour soi.
L'histoire s'écrit et se réécrit comme un livre. Elle est faite de mémoire et d'intuition.
Quiconque est un jour la cible d'une rumeur devient ensuite vulnérable à toutes les autres.
Tout créateur a le sentiment qu'il n'est que le porte-plume de quelque chose qui le dépasse.
Supprimer les guillemets des citations : une manière élégante de recycler les idées usagées.
L'Eternité, l'Egalité et la Liberté sont des droits, la Fraternité est une obligation morale.
Les leçons de l'Histoire enseignent que le sommet est le point le plus rapproché du précipice.
Un discours est recevable dès l'intant qu'il produit un sens du monde pour celui qui l'énonce.
Le marché pénalise les minorités pauvres, alors que la démocratie pénalise les minorités riches.
On peut forcer quelqu'un à faire quelque chose, on ne peut pas le forcer à y trouver son bonheur.
Il revient à chacun de privilégier le droit à la dignité plutôt que le droit d'être le plus fort.
La tragédie de l'homme, c'est que quand il peut faire quelque chose, il finit toujours par le faire.
Comme au temps des plus anciens, nommer c'est reconnaître, c'est faire exister, c'est rendre éternel.
Certaines fortunes se font plus sur la ruée que sur l'or. Mais ça ne prouve pas qu'il n'y ait pas d'or.
Y-a-t-il encore place aujourd'hui pour des utopies après tant et tant de crimes perpétrés en leur nom ?
Parfois, il y a plus de grandeur à attendre que le flot vous emporte qu'à se débattre contre le courant.
Traversée directement par les désirs et les pulsions, la musique n'a jamais eu d'autre sujet que le corps.
L'utopie n'est que le nom donné aux réformes lorsqu'il faut attendre les révolutions pour les entreprendre.
La diligence est devenue automobile, le lavoir est devenu machine à laver, le conteur est devenu télévision.
Pardonner, gracier est un acte de foi et d'espoir, un pari sur le repentir et donc sur le progrès de l'homme.
Les théologiens enseignent non pas comment réfléchir, mais seulement le résultat de leurs propres réflexions.
Pour tous, il faudra faire de la création une ambition, de l'invention une exigence, du nouveau une nécessité !
Ce qu'on nomme la crise n'est que la longue et difficile réécriture qui sépare deux formes provisoires du monde.
Si le marché l'emporte sur la démocratie, il orientera la science dans des directions qui menaceront l'humanité.
La création apparaîtra bientôt comme une activité socialement nécessaire, un travail utile et non plus un loisir.
Tout ordre qui élimine l'esthétique comme langue et la séduction comme parole implique inévitablement la dictature.
La Liberté et l'Egalité sont des utopies de la rareté ; l'Eternité et la Fraternité sont des utopies de l'abondance.
La marchandisation gagnant tout, jusqu'à l'homme lui-même, le monde deviendra une foire parcourue de bandes rivales.
Contempler sa bibliothèque, c'est rêver qu'on ne saurait mourir avant d'avoir lu tous les livres qui la remplissent.
Plus personne, ou presque, ne pense que voter peut changer significativement sa condition, a fortiori celle du monde.
Une société se définit par la langue qui la structure et qui donne une signification aux informations qu'on y échange.
Si l'on trouve du plaisir au bonheur d'autrui, c'est avant tout parce que l'autre est nécessaire à son propre bonheur.
Le droit de se faire plaisir, la liberté de consommer finiront par menacer de mort les sociétés les plus prometteuses.
Le monde n'est pas racontable d'un discours unique : l'universel n'en est pas la loi ; l'harmonie n'en est pas la règle.
Chacun, en Europe(s), souhaite, au mieux, rejoindre le nouveau monde ; au pire, en suivre les aventures à la télévision.
La démocratie en Occident n'est plus, pour beaucoup, la grande affaire pour laquelle tant de générations se sont battues.
Personne n'imagine encore qu'on puisse jamais cloner la conscience de soi, seul élément de la personne qui restera mortel.
Aujourd'hui encore l'Amérique se pense elle-même comme un lieu où les Européens peuvent se réfugier et trouver la liberté.
Il n'y a pas dans l'utopie de place pour les "grands hommes", hormis pour les scientifiques, seuls autorisés à faire du neuf.
Le Temps est le bien le plus rare parce que c'est le seul bien qu'on ne puisse ni produire, ni donner, ni échanger, ni vendre.
La célébrité continuera d'être une façon d'espérer durer dans le souvenir des autres et d'obtenir par là une parcelle d'immortalité.
Pour se protéger d'une épée, il faut un bouclier. Or construire un bouclier contre l'arme nucléaire s'est révélé jusqu'ici impossible.
Le jeu d'échecs prendra une importance accrue du fait qu'il combine plusieurs caractéristiques essentielles de la civilisation future.
La présence des autres est créatrice de violence. Car les autres sont au moins deux : l'un devient rival, l'autre l'objet de la rivalité.
Le monde ne sera jamais qu'un mélange contradictoire de Bien et de Mal, et il ne ressemblera jamais à quelque société idéale que ce soit.
Quand une institution démarre, ceux qui la composent se demandent ce qu'ils peuvent faire pour elle ; puis ce qu'elle peut faire pour eux.
Quiconque a essayé un jour d'entrer dans Internet sait qu'il ne faudrait pas parler d'"autoroutes" de l'information mais plutôt de labyrinthes.
Une théorie est vraie si elle est énonçable selon les règles de la logique formelle, et si ses conséquences sont vérifiables par tout observateur.
L'Internet représente une menace pour ceux qui savent et qui décident. Parce qu'il donne accès au savoir autrement que par le cursus hiérarchique.
Avoir du pouvoir, c'est contrôler le temps des autres le sien propre, le temps du présent et celui de l'avenir, le temps du passé et celui des mythes.
Notre époque ne fait plus de musique. Elle camoufle par du bruit la solitude des hommes en leur donnant à entendre ce qu'elle croit être de la musique.
L'enfer c'est peut-être ça : aller seul au bout de soi-même et se laisser happer par des hélices de plus en plus rapides, au coeur de sa propre misère.
Il n'est de pire ennemi que l'obligé qui s'empresse de se brouiller avec celui qui l'a aidé pour se prouver à lui-même que l'autre n'y a été pour rien.
Les biens essentiels sont l'ensemble des biens nécessaires à chaque personne pour pouvoir choisir librement son temps, pour avoir accès au "bon temps".
La monnaie n'est qu'un parasite dans le fonctionnement de l'économie de marché. Un parasite dangereux, à domestiquer, parce qu'on ne peut pas l'éliminer.
La Fraternité consiste à trouver du plaisir au bonheur de tout ce qui a vécu, vit ou vivra. Un altruisme universel qui s'adresse à l'autre et à tous les autres.
La sagesse du futur, celle qui évitera le suicide de l'humanité, ne consistera plus à gagner du temps mais à le remplir, à le vivre, à en prendre toute la mesure.
Chez tout acteur mêlé aux affaires du monde, les événements ne sont qu'une succession de chocs, d'émotions, de caprices, de coïncidences le plus souvent improbables.
La musique d'ambiance n'est pas innocente. Elle n'est pas qu'une façon de dominer les bruits pénibles du travail. Elle peut être l'annonce du silence général des hommes.
L'utopie est la volonté de modeler l'image de la Société à partir d'un idéal éthique, d'une certaine conception de la justice, du bonheur, de l'efficacité, de la responsabilté.
Il faut savoir s'arracher au désir des autres. Le plus difficile pour moi a été de m'arracher au désir de mon père qui voulait me voir devenir médecin.
— Madame Figaro, 29 janvier 2020
Toute mort est la première.
La haine vient de la ressemblance.
Rien n'est plus urgent que d'aimer.
Seul l'avenir donne un sens au passé.
La drogue est le nomadisme de l'exclu.
Il n'est de désir que dans la jalousie.
Le neuf suscite la colère des habitudes.
Le temps a ceci de singulier qu'il s'écoute.
On ne désire jamais que ce qu'un autre désire.
Le femme est le premier labyrinthe de l'homme.
Les médias servent d'amplificateurs de menaces.
Il n'y a sans doute rien à espérer de l'avenir.
Pourquoi punir le valet pour le crime du maître ?
On ne peut contraindre personne à se montrer fraternel.
Les vedettes ont toujours l'âge idéalisé de leur public.
La lucidité n'est rien d'autre qu'une ivresse de puissants.
La création est le seul substitut raisonnable à la violence.
Moi, Tout, Partout, Tout de suite. - Tel est l'art du temps.
Rien, heureusement, n'est moins prévisible que la démocratie.
L'usage n'est plus que l'affichage de la vitesse de l'échange.
Le trafic d'influences constitue le pain quotidien du pouvoir.
La ville est le seul être vivant capable de rajeunir vraiment.
Il ne faut jamais laisser vivre trop longtemps un organigramme.
L'autre est le seul moyen d'être certain de sa propre existence.
Pour avoir droit à une étincelle d'éternité, il faut avoir aimé.
Les hommes sont-ils capables de laisser les autres être heureux ?
Et si la mort n'était qu'une infinie répétition du premier jour ?
Etre mort, est-ce commencer à s'intéresser au chagrin des autres ?
La parole est la première démonstration de la nécessité de l'autre.
Il n'y a pas de liberté sans risque, sans ignorance, sans aventure.
Pour promettre l'Eternité, les religions restreignent les Libertés.
Ce qu'on nomme l'Histoire n'est qu'un roman inlassablement réécrit.
Jamais une démocratie n'a fait jusqu'ici la guerre à une démocratie.
On ne peut désigner le sommet d'une pyramide sans localiser sa base.
La survie de la langue passe par celle de la Culture qu'elle véhicule.
La politique n'agit sur l'économie que si elle ne prétend pas le faire.
C'est plus facile d'avoir chacun son dieu, ça permet d'être Dieu soi-même.
La Terre est un objet vivant parcouru de nomades de plus en plus nombreux.
Il n'y a pas de richesse sans créativité, ni de créativité sans démocratie.
Pour beaucoup d'humains, la liberté des autres est l'ennemi de leur survie.
L'Histoire moderne a montré que l'utopie est mère de toutes les dictatures.
La politique, même la plus généreuse, n'est pas affaire de bons sentiments.
L'utopie est toujours une affaire d'aube, de lève-tôt ou de rêveurs éveillés.
Le désordre est l'état naturel du monde, la forme organisée y est l'exception.
Faut-il se contenter du monde comme il est et de l'Histoire comme elle vient ?
Une société se meurt quand les hommes y oublient de se méfier de leurs frères.
Tokyo, faute d'espace, a su se rendre maître des techniques de miniaturisation.
Le problème majeur, demain, sera d'apprendre à gérer la mondialité des problèmes.
Le nomade ne se met pas en marche s'il n'a pas une Terre promise à laquelle rêver.
Egoïsme de prétendre vivre pour les autres : nul n'a besoin que l'on vive pour lui.
La célébrité est une malédiction dont tous les hommes voudraient être les victimes.
Ce qui change le moins chez l'homme, ce sont les questions qu'il se pose sur lui-même.
Nul adulte n'a jamais compris que, pour l'enfant, la solitude est pire que la douleur.
Les Justes meurent malgré leur justesse, les méchants survivent malgré leur méchanceté.
Tout ce qui est encore beau à trente ans est triste à cinquante et grotesque à soixante.
Plus personne, ou presque, ne croit que changer la vie des autres est important pour soi.
L'histoire s'écrit et se réécrit comme un livre. Elle est faite de mémoire et d'intuition.
Quiconque est un jour la cible d'une rumeur devient ensuite vulnérable à toutes les autres.
Tout créateur a le sentiment qu'il n'est que le porte-plume de quelque chose qui le dépasse.
Supprimer les guillemets des citations : une manière élégante de recycler les idées usagées.
L'Eternité, l'Egalité et la Liberté sont des droits, la Fraternité est une obligation morale.
Les leçons de l'Histoire enseignent que le sommet est le point le plus rapproché du précipice.
Un discours est recevable dès l'intant qu'il produit un sens du monde pour celui qui l'énonce.
Le marché pénalise les minorités pauvres, alors que la démocratie pénalise les minorités riches.
On peut forcer quelqu'un à faire quelque chose, on ne peut pas le forcer à y trouver son bonheur.
Il revient à chacun de privilégier le droit à la dignité plutôt que le droit d'être le plus fort.
La tragédie de l'homme, c'est que quand il peut faire quelque chose, il finit toujours par le faire.
Comme au temps des plus anciens, nommer c'est reconnaître, c'est faire exister, c'est rendre éternel.
Certaines fortunes se font plus sur la ruée que sur l'or. Mais ça ne prouve pas qu'il n'y ait pas d'or.
Y-a-t-il encore place aujourd'hui pour des utopies après tant et tant de crimes perpétrés en leur nom ?
Parfois, il y a plus de grandeur à attendre que le flot vous emporte qu'à se débattre contre le courant.
Traversée directement par les désirs et les pulsions, la musique n'a jamais eu d'autre sujet que le corps.
L'utopie n'est que le nom donné aux réformes lorsqu'il faut attendre les révolutions pour les entreprendre.
La diligence est devenue automobile, le lavoir est devenu machine à laver, le conteur est devenu télévision.
Pardonner, gracier est un acte de foi et d'espoir, un pari sur le repentir et donc sur le progrès de l'homme.
Les théologiens enseignent non pas comment réfléchir, mais seulement le résultat de leurs propres réflexions.
Pour tous, il faudra faire de la création une ambition, de l'invention une exigence, du nouveau une nécessité !
Ce qu'on nomme la crise n'est que la longue et difficile réécriture qui sépare deux formes provisoires du monde.
Si le marché l'emporte sur la démocratie, il orientera la science dans des directions qui menaceront l'humanité.
La création apparaîtra bientôt comme une activité socialement nécessaire, un travail utile et non plus un loisir.
Tout ordre qui élimine l'esthétique comme langue et la séduction comme parole implique inévitablement la dictature.
La Liberté et l'Egalité sont des utopies de la rareté ; l'Eternité et la Fraternité sont des utopies de l'abondance.
La marchandisation gagnant tout, jusqu'à l'homme lui-même, le monde deviendra une foire parcourue de bandes rivales.
Contempler sa bibliothèque, c'est rêver qu'on ne saurait mourir avant d'avoir lu tous les livres qui la remplissent.
Plus personne, ou presque, ne pense que voter peut changer significativement sa condition, a fortiori celle du monde.
Une société se définit par la langue qui la structure et qui donne une signification aux informations qu'on y échange.
Si l'on trouve du plaisir au bonheur d'autrui, c'est avant tout parce que l'autre est nécessaire à son propre bonheur.
Le droit de se faire plaisir, la liberté de consommer finiront par menacer de mort les sociétés les plus prometteuses.
Le monde n'est pas racontable d'un discours unique : l'universel n'en est pas la loi ; l'harmonie n'en est pas la règle.
Chacun, en Europe(s), souhaite, au mieux, rejoindre le nouveau monde ; au pire, en suivre les aventures à la télévision.
La démocratie en Occident n'est plus, pour beaucoup, la grande affaire pour laquelle tant de générations se sont battues.
Personne n'imagine encore qu'on puisse jamais cloner la conscience de soi, seul élément de la personne qui restera mortel.
Aujourd'hui encore l'Amérique se pense elle-même comme un lieu où les Européens peuvent se réfugier et trouver la liberté.
Il n'y a pas dans l'utopie de place pour les "grands hommes", hormis pour les scientifiques, seuls autorisés à faire du neuf.
Le Temps est le bien le plus rare parce que c'est le seul bien qu'on ne puisse ni produire, ni donner, ni échanger, ni vendre.
La célébrité continuera d'être une façon d'espérer durer dans le souvenir des autres et d'obtenir par là une parcelle d'immortalité.
Pour se protéger d'une épée, il faut un bouclier. Or construire un bouclier contre l'arme nucléaire s'est révélé jusqu'ici impossible.
Le jeu d'échecs prendra une importance accrue du fait qu'il combine plusieurs caractéristiques essentielles de la civilisation future.
La présence des autres est créatrice de violence. Car les autres sont au moins deux : l'un devient rival, l'autre l'objet de la rivalité.
Le monde ne sera jamais qu'un mélange contradictoire de Bien et de Mal, et il ne ressemblera jamais à quelque société idéale que ce soit.
Quand une institution démarre, ceux qui la composent se demandent ce qu'ils peuvent faire pour elle ; puis ce qu'elle peut faire pour eux.
Quiconque a essayé un jour d'entrer dans Internet sait qu'il ne faudrait pas parler d'"autoroutes" de l'information mais plutôt de labyrinthes.
Une théorie est vraie si elle est énonçable selon les règles de la logique formelle, et si ses conséquences sont vérifiables par tout observateur.
L'Internet représente une menace pour ceux qui savent et qui décident. Parce qu'il donne accès au savoir autrement que par le cursus hiérarchique.
Avoir du pouvoir, c'est contrôler le temps des autres le sien propre, le temps du présent et celui de l'avenir, le temps du passé et celui des mythes.
Notre époque ne fait plus de musique. Elle camoufle par du bruit la solitude des hommes en leur donnant à entendre ce qu'elle croit être de la musique.
L'enfer c'est peut-être ça : aller seul au bout de soi-même et se laisser happer par des hélices de plus en plus rapides, au coeur de sa propre misère.
Il n'est de pire ennemi que l'obligé qui s'empresse de se brouiller avec celui qui l'a aidé pour se prouver à lui-même que l'autre n'y a été pour rien.
Les biens essentiels sont l'ensemble des biens nécessaires à chaque personne pour pouvoir choisir librement son temps, pour avoir accès au "bon temps".
La monnaie n'est qu'un parasite dans le fonctionnement de l'économie de marché. Un parasite dangereux, à domestiquer, parce qu'on ne peut pas l'éliminer.
La Fraternité consiste à trouver du plaisir au bonheur de tout ce qui a vécu, vit ou vivra. Un altruisme universel qui s'adresse à l'autre et à tous les autres.
La sagesse du futur, celle qui évitera le suicide de l'humanité, ne consistera plus à gagner du temps mais à le remplir, à le vivre, à en prendre toute la mesure.
Chez tout acteur mêlé aux affaires du monde, les événements ne sont qu'une succession de chocs, d'émotions, de caprices, de coïncidences le plus souvent improbables.
La musique d'ambiance n'est pas innocente. Elle n'est pas qu'une façon de dominer les bruits pénibles du travail. Elle peut être l'annonce du silence général des hommes.
L'utopie est la volonté de modeler l'image de la Société à partir d'un idéal éthique, d'une certaine conception de la justice, du bonheur, de l'efficacité, de la responsabilté.