Né le 27 mars 1971 à Montpellier, Grégori Derangère est l'un des acteurs français les plus discrets de sa génération. D'une enfance nomade au César du meilleur espoir masculin en 2004 pour Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau, cet acteur et père de deux filles construit une carrière entre cinéma, télévision, théâtre et vie de famille avec la constance tranquille d'un acteur qui n'a jamais cherché à plaire à tout prix. Derrière l'élégance classique se cache un tempérament résolument rebelle : celui qui part en Indonésie malgré les consignes du Quai d'Orsay est le même qui choisit ses rôles à contre-courant des modes. Boîte noire (2021) reste sa dernière percée remarquée sur grand écran ; en 2026, il tourne La Relève d'Abel Ferry pour France Télévisions. Grégori Derangère incarne un type rare dans le paysage audiovisuel français : un acteur qui préfère ses personnages à lui-même.
Après une formation au Cours Florent dans la classe de Joséphine Derenne, puis à l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) à Lyon, Grégori Derangère débute au cinéma en 1996 dans Anna Oz d'Éric Rochant, aux côtés de Charlotte Gainsbourg et Gérard Lanvin. En 1999, il obtient un premier rôle consistant dans 30 ans de Laurent Perrin, avec Arielle Dombasle et Laurent Lucas, qui commence à le faire connaître des professionnels.
Sa carrière prend une dimension nationale en 2001-2002 avec La Chambre des officiers de François Dupeyron, où il incarne un soldat défiguré par un éclat d'obus lors de la Première Guerre mondiale. Cette performance lui vaut une nomination aux César du meilleur espoir masculin. La consécration arrive en 2004 lorsqu'il remporte le César du meilleur espoir masculin et le Prix Lumières dans la même catégorie pour son rôle de Frédéric Auger dans Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau (2003), aux côtés d'Isabelle Adjani, Virginie Ledoyen et Gérard Depardieu. Il enchaîne avec L'Équipier de Philippe Lioret (2004), drame breton tendu où il partage l'affiche avec Philippe Torreton et Sandrine Bonnaire, puis avec Les Fragments d'Antonin de Gabriel Le Bomin, où il explore les ravages psychologiques de la Grande Guerre. À la télévision, il se fait remarquer dans la série Reporters (Canal+, 2009).
Entre 2011 et 2020, il se tourne davantage vers la télévision avec des téléfilms et séries tels que La Rupture (où il incarne Jacques Chirac en 2013), Candice Renoir, Meurtres à Rocamadour, Mystère à la Tour Eiffel, Roches Noires ou encore La Garçonne (commissaire Bellec en 2020). Au cinéma, il joue le commandant Denis Favier dans L'Assaut de Julien Leclercq (2011) et apparaît dans Je ne rêve que de vous (2019) et L'Aventure des Marguerite (2020).
En 2021, il retrouve le grand écran dans Boîte noire de Yann Gozlan, thriller tendu dans lequel il joue Alain Roussin aux côtés de Pierre Niney, Lou de Laâge et André Dussollier. Le film suit un technicien du BEA propulsé enquêteur en chef sur le crash inexpliqué d'un vol Dubaï-Paris dans les Alpes : erreur humaine, défaillance technique ou acte terroriste ? Nommé cinq fois aux César, dont meilleur scénario original, il s'impose à sa sortie comme l'un des meilleurs thrillers français de l'année. Au théâtre, il est à l'affiche de La Corde, adaptation de la pièce de Patrick Hamilton mise en scène par Guy-Pierre Couleau, au Studio Marigny de septembre 2025 à janvier 2026. En 2026, il tourne le téléfilm La Relève réalisé par Abel Ferry (allocine.fr), où il interprète Laurent Leclerc (diffusion en 2027) .
Né le 27 mars 1971 à Montpellier, où ses parents Christian Derangère et Giselle Davies achevaient leurs études de médecine, il grandit entre la Russie, la Guyane française (de 7 à 11 ans, à Kourou), le Népal où son père exerçait comme médecin à l'Ambassade de France, et la région parisienne (Clichy-la-Garenne, Gennevilliers). Ces années de déplacements nourrissent chez lui une curiosité profonde pour les grands espaces, la forêt et ce que les éléments apportent aux êtres humains.
Discret sur sa vie privée, il confirme dans l'interview Cigale 18 (2004) la présence d'une femme dans sa vie, sans la nommer mais avec l'humour qui lui est propre : "Je suis condamné à emmener ma femme, sinon même à distance elle m'emm... bêterait jusqu'à la fin de mes jours !" Il recommande dans ce même article la comédienne Laurence Kélépikis, "une jeune actrice d'une vingtaine d'années très prometteuse". Bien qu'ils aient travaillé ensemble sur L'Équipier (Philippe Lioret, 2004) et sur la pièce de théâtre Pale Horse, le lien n'a jamais été confirmé publiquement par l'intéressé, qui protège sa vie privée. Il est père de deux filles. Dans l'émission KTO en 2008, il exprimait son désir de leur transmettre le goût de la beauté par la musique, les films, les livres et les grands paysages.
Derrière sa réserve se cache un homme sensible, rêveur et contemplatif. Comme Philippe Torreton l'observe, il joue avec une belle retenue qui permet de deviner, en filigrane, des choses qu'il n'étale pas (Le Monde, 13 mars 2013). Il préfère parler de voyages, de Jean Gabin, de Robert Redford, d'histoires simples et fortes. Lecteur assidu de biographies et de récits de voyage, notamment de Bruce Chatwin (Qu'est-ce que je fais là, En Patagonie, Le Chant des pistes) et des Cavaliers de Joseph Kessel, il garde des souvenirs sensoriels vifs de son enfance guyanaise : les pirogues dans la brume sur les fleuves le matin, l'odeur du bois coupé mouillé après la pluie. Il cultive des amitiés rares et fidèles issues de sa formation, notamment avec Sébastien Roch rencontré au Cours Florent.
Engagé pour la cause environnementale, il est ambassadeur de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme. Un engagement qu'il explique simplement par l'évidence : avoir beaucoup voyagé, c'est avoir vu les dégâts. Il soutient l'ethnologue Émilie Barrucand et son association Wayanga, qui défend les peuples indigènes du Mato Grosso au Brésil. Ce qui le touche chez elle, c'est le concret : moins de trente ans au moment de leur rencontre, seule sur le terrain parfois six mois d'affilée, parlant la langue des communautés qu'elle défend (Cigale 18, 2004).
Sur le plan spirituel, il se décrit comme agnostique, sans opinion fixe. Baptisé mais sans éducation religieuse reçue, il dit n'en avoir jamais eu besoin. Les lieux de culte l'attirent pour leur atmosphère de recueillement et leur charge historique. Il partage la réflexion de Jacques Brel selon laquelle penser à la mort est vivifiant : elle rappelle qu'on est mortel, et donne de ce fait une intensité à ce qu'on veut vivre (KTO, janvier 2008).
Grégori Derangère a construit sa carrière entre Paris et les scènes de théâtre de la capitale, dont le Studio Marigny pour La Corde en 2025-2026. Sa formation l'a conduit à Lyon, où il intègre l'ENSATT en 1995. Ses repères les plus intimes restent ceux de l'enfance : Kourou et la forêt guyanaise, où il passe de 7 à 11 ans et dont il garde des souvenirs sensoriels très forts ; Moscou, où il vit deux ans avec ses parents ; le Népal, où il accompagne son père en mission médicale. Adulte, il part seul à la découverte du pourtour de l'océan Indien : Yémen, Madagascar, Indonésie, Australie. Le Yémen reste pour lui la destination la plus marquante, la plus dépaysante de toutes. En 2008, la journaliste Annabelle Milot le retrouve à Roissy avant son départ pour Damas, ce qui cadre avec l'homme qu'il est : quelqu'un que les grands espaces attirent davantage que les plateaux.
Tout commence par un immeuble. Enfant, lors d'un spectacle au Canada, il doit incarner un bâtiment, carton sur la tête et trous pour voir. Quelques années plus tard en colonie de vacances, une gaffe involontaire fait rire le public. Il décide d'en provoquer d'autres. C'est là qu'il découvre le bonheur d'apporter quelque chose sur scène et de le partager (KTO, janvier 2008).
Il a aussi failli ne jamais devenir acteur. Après un an à apprendre l'indonésien à la bibliothèque du Jardin des Plantes, il avait tout prévu pour devenir guide à Bornéo. Le Quai d'Orsay déconseillait le voyage, il part quand même le 18 septembre 2001, une semaine après les attentats. Les Américains attaquent l'Afghanistan quinze jours plus tard, le climat se tend, il rentre. "Ah ! les Américains, dans les voyages comme dans le cinoche, on ne peut pas dire qu'ils nous aident beaucoup !" Dans la foulée, il reçoit la proposition de Bon Voyage.
De cette période de voyages solitaires, il a gardé une habitude : il part toujours avec le même bagage, et le livre Wayanga d'Émilie Barrucand en fait systématiquement partie (Cigale 18, 2004).
Il conserve en souvenir la dent d'un ocelot observé enfant dans un zoo de Cayenne. À la mort de l'animal, le gardien lui a remis la dent montée en collier. Il a dû ouvrir trente-six cartons pour la retrouver avant l'interview, ne la porte pas, ne brûle pas de bougies en dessous. Un petit morceau d'enfance, dit-il, d'une période heureuse (KTO, janvier 2008).
Pour être aimé, il faut se rendre aimable, tout commence par un travail sur soi.
— Kto tv 11 mars 2012
Effectivement, il y a des gens plus chanceux que d'autres, c'est comme ça mais on a des cartes en main et personne ne jouera le jeu à votre place.
— Kto tv 11 mars 2012
Je me sens très proche du combat d’Émilie Barrucand, qui fait un boulot extraordinaire en Amazonie, dans l’État du Mato Grosso au Brésil. Elle a moins
de trente ans et elle part toute seule, parfois pour plus de six mois, aider les
Indiens menacés de perdre leur territoire. Elle parle leur langue, les défend
dans des conditions très difficiles ; j’ai beaucoup d’admiration pour elle.
— Chronique d'Annabelle Millot, La Cigale 18 spécial Damas , 2004
Pour être aimé, il faut se rendre aimable, tout commence par un travail sur soi.
— Kto tv 11 mars 2012
Effectivement, il y a des gens plus chanceux que d'autres, c'est comme ça mais on a des cartes en main et personne ne jouera le jeu à votre place.
— Kto tv 11 mars 2012
Je me sens très proche du combat d’Émilie Barrucand, qui fait un boulot extraordinaire en Amazonie, dans l’État du Mato Grosso au Brésil. Elle a moins
de trente ans et elle part toute seule, parfois pour plus de six mois, aider les
Indiens menacés de perdre leur territoire. Elle parle leur langue, les défend
dans des conditions très difficiles ; j’ai beaucoup d’admiration pour elle.
— Chronique d'Annabelle Millot, La Cigale 18 spécial Damas , 2004