Anatole France, pour l'état civil François Anatole Thibault, né le 16 avril 1844 à Paris et mort le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), est un écrivain français. Il est considéré comme l’un des plus grands de l'époque de la Troisième République, dont il a également été un des plus importants critiques littéraires.
Il devient une des consciences les plus significatives de son temps en s’engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du XXe siècle.
Il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 1921.
Vivre, c'est agir.
Doutons même du doute.
Tous les morts sont pauvres.
Le livre est l'opium de l'Occident.
Le style a le mouvement et l'image.
Dans l'instinct est la seule vérité.
Il est doux de croire, même à l'enfer.
On l'écoute avant même qu'il ait parlé.
Les mondes meurent, puisqu'ils naissent.
On ne s'ennuie pas quand on a des ennuis.
En art comme en amour, l'instinct suffit.
Manger est bon. Avoir mangé est meilleur.
La justice est l'administration de la force.
Il n'est pas d'amour qui résiste à l'absence.
A l'endroit du public, répéter c'est prouver.
Savoir n'est rien du tout : imaginer est tout.
Le jeu, c'est un corps-à-corps avec le destin.
Tout passe et se succède. Moi seul je demeure.
Vivre sans illusions, c'est le secret du bonheur.
La raison est ce qui effraie le plus chez un fou.
C'est en croyant aux roses qu'on les fait éclore.
Seuls le désir et l'oisiveté nous rendent tristes.
La gaieté est la forme la plus aimable du courage.
On n'aime vraiment que lorsqu'on aime sans raison.
La vertu, comme le corbeau, niche dans les ruines.
La justice est la sanction des injustices établies.
Nous avons mangé les fruits de l'art de la science.
L'ironie, c'est la gaieté et la joie de la sagesse.
En histoire, il faut se résoudre à beaucoup ignorer.
La sympathie est le doux privilège de la médiocrité.
Une femme sans poitrine, c'est un lit sans oreillers.
On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi-même.
Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.
En amour, une femme se prête plutôt qu'elle se donne.
On n'aime vraiment que lorsque l'on aime sans raison.
Nous avons perdu la foi et nous voulons croire encore.
L'avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
Alors, comme je n'étudiais rien, j'apprenais beaucoup.
Quand les lois seront justes, les hommes seront justes.
On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.
La charité du pauvre, c'est de vouloir du bien au riche.
Les modérés s'opposent toujours modérément à la violence.
Savoir donner, peu le savent, c'est le secret du bonheur.
Mourir, c'est accomplir un acte d'une portée incalculable.
Nous n'avons point d'Etat. Nous avons des administrations.
Dieu vaincu deviendra Satan, Satan vainqueur deviendra Dieu.
Caressez longuement votre phrase et elle finira par sourire.
Le rire est un papillon ; il peut mourir d'un coup d'épingle.
De toutes les aberrations sexuelles, la pire est la chasteté.
Un dictionnaire, c'est tout l'univers par ordre alphabétique.
L'histoire est condamnée, par un vice de nature, au mensonge.
Sans le mensonge, la vérité périrait de désespoir et d'ennui.
Nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature.
La première politesse de l'écrivain, n'est-ce pas d'être bref .
J'ai des ennemis et je m'en vante : je crois les avoir mérités.
Les hommes s'aiment entre eux, quand ils ne se connaissent pas.
On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.
La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre.
Il faut renoncer à savoir, mais il ne faut pas renoncer à juger.
L'ignorance fait notre tranquillité ; le mensonge, notre félicité.
Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité.
L'homme ne croit pas ce qui est, il croit ce qu'il désire qui soit.
Une femme est franche quand elle ne fait pas de mensonges inutiles.
La jalousie n'est pour une femme que la blessure de l'amour-propre.
Le goût étant le sens de l'agréable, il s'affine dans la souffrance.
La curiosité excite le désir plus encore que le souvenir du plaisir.
Le christianisme a beaucoup fait pour l'amour en en faisant un péché.
La chair des femmes se nourrit de caresses comme l'abeille de fleurs.
Nous mettons l'infini dans l'amour. Ce n'est pas la faute des femmes.
Le passé, c'est la seule réalité humaine. Tout ce qui est, est passé.
Il n'y a pas de gouvernements populaires. Gouverner, c'est mécontenter.
Qu'ils sont beaux les mots auréolés par le souvenir de leur long usage.
Ne perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir.
Les fils croient à la vertu de leur mère - les filles aussi, mais moins.
C'est la certitude qu'ils tiennent la vérité qui rend les hommes cruels.
La science ne se soucie ni de plaire, ni de déplaire, elle est inhumaine.
Pour se donner les joies de l'adultère, il faut être une personne pieuse.
Sans argent, dit le proverbe, pas de suisse ! Pas de suissesse, non plus.
Les grandes oeuvres de ce monde ont toujours été accomplies par des fous.
On ne se repent bien des fautes que l'on n'est plus en état de commettre.
La vie enseigne qu'on n'est jamais heureux qu'au prix de quelque ignorance.
J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence.
Les livres d'histoire qui ne contiennent aucun mensonge sont très ennuyeux.
L'Etat, c'est un monsieur prêteur et malgracieux assis derrière un guichet.
Quand ils n'ont plus de prêtres, les dieux deviennent très faciles à vivre.
Sage veut dire savant. On dit qu'une fille est sage quand elle ne sait rien.
Ce dont nous nous glorifions devient infâme quand c'est l'ennemi qui le fait.
Ceux-là seuls vous font de belles confessions qui aiment encore leurs fautes.
Il ne suffit pas d'aimer passionnément : il faut également aimer avec raison.
Ma faiblesse m'est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.
Il est dans la nature humaine de penser sagement et d'agir d'une façon absurde.
Tout est permis aux dames, et que tout ce qui vient d'elles est grâce et faveur.
Toute créature humaine est un être différent, en chacun de ceux qui la regardent.
Il faut plaindre les riches : leurs biens les environnent et ne les pénètrent pas.
L'amour des hommes est bas, mais il s'élève en pentes douloureuses et mène à Dieu.
Il vaut mieux être bête comme tout le monde que d'avoir de l'esprit comme personne.
Les politiques sont comme les chevaux, ils ne peuvent marcher droit sans oeillères.
Celui qui se contredit a plus de chances qu'un autre d'exprimer quelquefois du vrai.
Les hommes ne subsistent qu'à condition de comprendre mal le peu qu'ils comprennent.
Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c'est Dieu.
L'histoire n'est pas une science, c'est un art. On n'y réussit que par l'imagination.
Ce ne sont pas les coeurs purs qui évitent l'averse, mais les gens munis de parapluie.
Le beau nous apporte la plus haute révélation du divin qu'il soit permis de connaître.
Si cinquante millions de gens disent une sottise, ça n'en reste pas moins une sottise.
Il faut se pardonner beaucoup à soi-même pour s'habituer à pardonner beaucoup à autrui.
Le mal n'est pas de vivre mais de savoir qu'on vit. Le mal est de connaître et de vouloir.
L'Etat est comme le corps humain. Toutes les fonctions qu'il accomplit ne sont pas nobles.
Le poète a inventé la nymphe mais la nature avait déjà créé l'océan, le nuage et la femme.
Le style simple est semblable à la clarté blanche. Il est complexe, mais il n'y paraît pas.
Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d'oeuvre.
Faute de pouvoir vivre davantage, elle se disposait à aller voir si Dieu gagne à être connu.
L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sans lui, nous en douterions.
Ce qu'on aime dans la bonté, ce n'est pas le prix qu'elle coûte, c'est le bien qu'elle fait.
L'intolérance est de tous les temps : il n'est point de religion qui n'ait eu ses fanatiques.
On reproche aux gens de parler d'eux-mêmes. C'est pourtant le sujet qu'ils traitent le mieux.
De quel droit les dieux immortels abaisseraient-ils un homme vertueux jusqu'à le récompenser ?
Les plus beaux mots du monde ne sont que des sons inutiles si vous ne pouvez pas les comprendre.
De toutes les écoles que j'ai fréquentées, c'est l'école buissonnière qui m'a paru la meilleure.
Si cinquante millions de personnes disent une chose stupide, ça reste toujours une chose stupide.
Le commun des hommes, qui ne sait que faire de cette vie, en veut une autre, qui ne finisse point.
Quand l'homme qui témoigne est armé d'un sabre, c'est le sabre qu'il faut entendre et non l'homme.
A mesure qu'on s'avance dans la vie, on s'aperçoit que le courage le plus rare est celui de penser.
Sainte Mère de Dieu, vous qui avez conçu sans pécher, accordez-moi la grâce de pécher sans concevoir.
Dieu, dans sa bonté, veut qu'un seul moment nous sauve ; encore faut-il que ce moment soit le dernier.
Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques.
Le réel nous sert à fabriquer tant bien que mal un peu d'idéal. C'est peut-être sa plus grande utilité.
Quoi qu'on en dise, le catholicisme est encore la forme la plus acceptable de l'indifférence religieuse.
Ce qui fait qu'on désire et qu'on aime, c'est une force douce et terrible, plus puissante que la beauté.
Ce qui est admirable, ce n'est pas que le champ des étoiles soit si vaste, c'est que l'homme l'ait mesuré.
Les hommes furent jadis ce qu'ils sont à présents, c'est-à-dire médiocrement bons et médiocrement mauvais.
La vieillesse qui est une déchéance pour les êtres ordinaires est, pour les hommes de génie, une apothéose.
Si le désir embellit toutes les choses sur lesquelles il se pose, le désir de l'inconnu embellit l'univers.
C'est dans l'absolue ignorance de notre raison d'être qu'est la racine de notre tristesse et de nos dégoûts.
La guerre civile est moins détestable que la guerre avec l'étranger. On sait du moins pourquoi l'on s'y bat.
Il n'est pas en matière de littérature une seule opinion qu'on ne combatte aisément par l'opinion contraire.
Nous ne savons pas quoi faire de cette courte vie, et pourtant nous en désirons une autre qui soit éternelle.
Les perceptions des sens et les jugements de l'esprit sont des sources d'illusion et des causes d'incertitude.
On appelle bonnes moeurs les moeurs habituelles. Mauvaises moeurs, celles auxquelles on n'est point accoutumé.
Les vérités découvertes par l'intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.
Il y a toujours un moment où la curiosité devient un péché, et le diable s'est toujours mis du côté des savants.
Le travail est bon à l'homme, il empêche de regarder cet autre qui est lui et qui lui rend la solitude horrible.
Tout est dans la forme, et il n'y a entre le crime et l'innocence que l'épaisseur d'une feuille de papier timbré.
Nous appelons dangereux ceux qui ont l'esprit fait autrement que nous et immoraux ceux qui n'ont pas notre morale.
La vieillesse serait vraiment trop triste si le rose essaim des pensées polissonnes ne venait parfois la consoler.
Les poètes nous aident à aimer : ils ne servent qu'à cela. Et c'est un assez bel emploi de leur vanité délicieuse.
La tâche auguste du juste est d'assurer à chacun ce qui lui revient, au riche sa richesse et au pauvre sa pauvreté.
Il n'y a plus que les bibliophiles qui aient des bibliothèques, et l'on sait que cette espèce d'hommes ne lit jamais.
Toute beauté morale est accomplie en ce monde par cette sagesse inconcevable qui vient de Dieu et ressemble à la folie.
O peur, peur auguste et maternelle, peur sainte et salutaire, pénètre en moi, afin que j'évite ce qui pourrait me nuire.
L'ironie nous enseigne à nous moquer des savants et des sots, que nous pourrions, sans elle, avoir la faiblesse de haïr.
Y a-t-il une histoire impartiale ? Comment un historien juge-t-il qu'un fait est notable ou non ? Il en juge arbitrairement.
Les hommes le plus souvent se querellent pour des mots. C'est pour des mots qu'ils tuent et se font tuer le plus volontiers.
Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux ; l'ironie, c'est la gaîté de la réflexion et la joie de la sagesse.
Le temps, en compensation de tous les trésors qu'il nous ôte, donne à nos pensées une indulgence que la jeunesse ne connaît pas.
En se conformant à la coutume on passera toujours pour un honnête homme. On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.
Je suis toujours au milieu de tout, et les hommes, les animaux et les choses sont rangés, hostiles ou favorables, autour de moi.
Ce qu'on appelle stratégie consiste essentiellement à passer les rivières sur des ponts et à franchir les montagnes par les cols.
Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux ; l'ironie, c'est la gaieté de la réflexion et la joie de la sagesse.
L'ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes et il faut reconnaître que le plus souvent, ils la remplissent bien.
Je tiens la connaissance de soi comme une source de soucis, d'inquiétudes et de tourments. Je me suis fréquenté le moins possible.
N'est-ce donc rien qu' une existence imaginaire ? Et les personnages mythiques ne sont-ils donc pas capables d'agir sur les hommes ?
La pensée est une maladie particulière à quelques individus et qui ne se propagerait pas sans amener promptement la fin de l'espèce.
Le pauvre sans désir possède le plus grand des trésors ; il se possède lui-même. Le riche qui convoite n'est qu'un esclave misérable.
Le présent est aride et trouble, l'avenir est caché. Toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde est dans le passé.
Ce que les hommes appellent civilisation, c'est l'état actuel des moeurs et ce qu'ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs.
On ne sait jamais si l'on a bien agi envers les hommes. Il faut les adorer sans chercher à les comprendre. Leur sagesse est mystérieuse.
Ne prêtez pas vos livres : personne ne les rend jamais. Les seuls livres que j'ai dans ma bibliothèque sont des livres qu'on m'a prêtés.
Les choses en elles-mêmes ne sont ni grandes ni petites, et quand nous trouvons que l'univers est vaste, c'est là une idée toute humaine.
La majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans la rue et de voler du pain.
L'ironie et la pitié sont deux bonnes conseillères ; l'une, en souriant, nous rend la vie aimable ; l'autre, qui pleure, nous la rend sacrée.
Les yeux et tous nos sens ne sont que des messagers d'erreurs et des courriers de mensonges. Ils nous abusent plus qu'ils ne nous instruisent.
Les rêves des philosophes ont de tout temps suscité les hommes d'action qui se sont mis à l'oeuvre pour les réaliser. Notre pensée crée l'avenir.
Le sens commun nous apprend que la Terre est fixe, que le soleil tourne autour et que les hommes qui vivent aux antipodes marchent la tête en bas.
A bien prendre les choses, le dictionnaire est le livre par excellence : tous les autres livres sont dedans, il ne s'agit plus que de les en tirer.
Le coeur se trompe comme l'esprit ; ses erreurs ne sont pas moins funestes, et l'on a plus de mal à s'en défaire à cause de la douceur qui s'y mêle.
La loi, dans un grand souci d'égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.
Seuls les hommes que les femmes n'intéressent pas s'intéressent à leur toilette ; ceux qui aiment les femmes ne remarquent jamais ce qu'elles portent.
Le peuple fait bien les langues. Il les fait imagées et claires, vives et frappantes. Si les savants les faisaient, elles seraient sourdes et lourdes.
On ne méprise pas la science sans mépriser la raison ; on ne méprise pas la raison sans mépriser l'homme ; on ne méprise pas l'homme sans offenser Dieu.
Il y a quelque impiété à faire marcher de concert la vérité immuable, absolue, et cette sorte de vérité imparfaite et provisoire qu'on appelle la science.
Il faut qu'une femme choisisse : avec un homme aimé des femmes, elle n'est pas tranquille ; avec un homme que les femmes n'aiment pas, elle n'est pas heureuse.
La république... la corruption sans doute y paraît plus grande que dans les monarchies. Cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir.
L'amour est un acte simple et primitif. C'est la lutte, c'est la haine. La violence y est nécessaire. L'amour par consentement mutuel n'est qu'une fastidieuse corvée.
Je crois à l'amour, je crois à la beauté, je crois à la justice, je crois malgré tout que dans cette terre le bien l'emporte sur le mal et que les hommes créeront Dieu.
En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs, ils veulent des images. Les femmes ne veulent que des sensations, elles aiment mieux que nous, elles sont aveugles
Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent.
On observe qu'en France, le plus souvent, les critiques musicaux sont sourds et les critiques d'art aveugles. Cela leur permet le recueillement nécessaire aux idées esthétiques.
Tous les changements, même les plus souhaités ont leur mélancolie, car ce que nous quittons, c'est une partie de nous-mêmes ; il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre.
Vivre, c'est agir.
Doutons même du doute.
Tous les morts sont pauvres.
Le livre est l'opium de l'Occident.
Le style a le mouvement et l'image.
Dans l'instinct est la seule vérité.
Il est doux de croire, même à l'enfer.
On l'écoute avant même qu'il ait parlé.
Les mondes meurent, puisqu'ils naissent.
On ne s'ennuie pas quand on a des ennuis.
En art comme en amour, l'instinct suffit.
Manger est bon. Avoir mangé est meilleur.
La justice est l'administration de la force.
Il n'est pas d'amour qui résiste à l'absence.
A l'endroit du public, répéter c'est prouver.
Savoir n'est rien du tout : imaginer est tout.
Le jeu, c'est un corps-à-corps avec le destin.
Tout passe et se succède. Moi seul je demeure.
Vivre sans illusions, c'est le secret du bonheur.
La raison est ce qui effraie le plus chez un fou.
C'est en croyant aux roses qu'on les fait éclore.
Seuls le désir et l'oisiveté nous rendent tristes.
La gaieté est la forme la plus aimable du courage.
On n'aime vraiment que lorsqu'on aime sans raison.
La vertu, comme le corbeau, niche dans les ruines.
La justice est la sanction des injustices établies.
Nous avons mangé les fruits de l'art de la science.
L'ironie, c'est la gaieté et la joie de la sagesse.
En histoire, il faut se résoudre à beaucoup ignorer.
La sympathie est le doux privilège de la médiocrité.
Une femme sans poitrine, c'est un lit sans oreillers.
On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi-même.
Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.
En amour, une femme se prête plutôt qu'elle se donne.
On n'aime vraiment que lorsque l'on aime sans raison.
Nous avons perdu la foi et nous voulons croire encore.
L'avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
Alors, comme je n'étudiais rien, j'apprenais beaucoup.
Quand les lois seront justes, les hommes seront justes.
On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.
La charité du pauvre, c'est de vouloir du bien au riche.
Les modérés s'opposent toujours modérément à la violence.
Savoir donner, peu le savent, c'est le secret du bonheur.
Mourir, c'est accomplir un acte d'une portée incalculable.
Nous n'avons point d'Etat. Nous avons des administrations.
Dieu vaincu deviendra Satan, Satan vainqueur deviendra Dieu.
Caressez longuement votre phrase et elle finira par sourire.
Le rire est un papillon ; il peut mourir d'un coup d'épingle.
De toutes les aberrations sexuelles, la pire est la chasteté.
Un dictionnaire, c'est tout l'univers par ordre alphabétique.
L'histoire est condamnée, par un vice de nature, au mensonge.
Sans le mensonge, la vérité périrait de désespoir et d'ennui.
Nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature.
La première politesse de l'écrivain, n'est-ce pas d'être bref .
J'ai des ennemis et je m'en vante : je crois les avoir mérités.
Les hommes s'aiment entre eux, quand ils ne se connaissent pas.
On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.
La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre.
Il faut renoncer à savoir, mais il ne faut pas renoncer à juger.
L'ignorance fait notre tranquillité ; le mensonge, notre félicité.
Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité.
L'homme ne croit pas ce qui est, il croit ce qu'il désire qui soit.
Une femme est franche quand elle ne fait pas de mensonges inutiles.
La jalousie n'est pour une femme que la blessure de l'amour-propre.
Le goût étant le sens de l'agréable, il s'affine dans la souffrance.
La curiosité excite le désir plus encore que le souvenir du plaisir.
Le christianisme a beaucoup fait pour l'amour en en faisant un péché.
La chair des femmes se nourrit de caresses comme l'abeille de fleurs.
Nous mettons l'infini dans l'amour. Ce n'est pas la faute des femmes.
Le passé, c'est la seule réalité humaine. Tout ce qui est, est passé.
Il n'y a pas de gouvernements populaires. Gouverner, c'est mécontenter.
Qu'ils sont beaux les mots auréolés par le souvenir de leur long usage.
Ne perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir.
Les fils croient à la vertu de leur mère - les filles aussi, mais moins.
C'est la certitude qu'ils tiennent la vérité qui rend les hommes cruels.
La science ne se soucie ni de plaire, ni de déplaire, elle est inhumaine.
Pour se donner les joies de l'adultère, il faut être une personne pieuse.
Sans argent, dit le proverbe, pas de suisse ! Pas de suissesse, non plus.
Les grandes oeuvres de ce monde ont toujours été accomplies par des fous.
On ne se repent bien des fautes que l'on n'est plus en état de commettre.
La vie enseigne qu'on n'est jamais heureux qu'au prix de quelque ignorance.
J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence.
Les livres d'histoire qui ne contiennent aucun mensonge sont très ennuyeux.
L'Etat, c'est un monsieur prêteur et malgracieux assis derrière un guichet.
Quand ils n'ont plus de prêtres, les dieux deviennent très faciles à vivre.
Sage veut dire savant. On dit qu'une fille est sage quand elle ne sait rien.
Ce dont nous nous glorifions devient infâme quand c'est l'ennemi qui le fait.
Ceux-là seuls vous font de belles confessions qui aiment encore leurs fautes.
Il ne suffit pas d'aimer passionnément : il faut également aimer avec raison.
Ma faiblesse m'est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.
Il est dans la nature humaine de penser sagement et d'agir d'une façon absurde.
Tout est permis aux dames, et que tout ce qui vient d'elles est grâce et faveur.
Toute créature humaine est un être différent, en chacun de ceux qui la regardent.
Il faut plaindre les riches : leurs biens les environnent et ne les pénètrent pas.
L'amour des hommes est bas, mais il s'élève en pentes douloureuses et mène à Dieu.
Il vaut mieux être bête comme tout le monde que d'avoir de l'esprit comme personne.
Les politiques sont comme les chevaux, ils ne peuvent marcher droit sans oeillères.
Celui qui se contredit a plus de chances qu'un autre d'exprimer quelquefois du vrai.
Les hommes ne subsistent qu'à condition de comprendre mal le peu qu'ils comprennent.
Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c'est Dieu.
L'histoire n'est pas une science, c'est un art. On n'y réussit que par l'imagination.
Ce ne sont pas les coeurs purs qui évitent l'averse, mais les gens munis de parapluie.
Le beau nous apporte la plus haute révélation du divin qu'il soit permis de connaître.
Si cinquante millions de gens disent une sottise, ça n'en reste pas moins une sottise.
Il faut se pardonner beaucoup à soi-même pour s'habituer à pardonner beaucoup à autrui.
Le mal n'est pas de vivre mais de savoir qu'on vit. Le mal est de connaître et de vouloir.
L'Etat est comme le corps humain. Toutes les fonctions qu'il accomplit ne sont pas nobles.
Le poète a inventé la nymphe mais la nature avait déjà créé l'océan, le nuage et la femme.
Le style simple est semblable à la clarté blanche. Il est complexe, mais il n'y paraît pas.
Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d'oeuvre.
Faute de pouvoir vivre davantage, elle se disposait à aller voir si Dieu gagne à être connu.
L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sans lui, nous en douterions.
Ce qu'on aime dans la bonté, ce n'est pas le prix qu'elle coûte, c'est le bien qu'elle fait.
L'intolérance est de tous les temps : il n'est point de religion qui n'ait eu ses fanatiques.
On reproche aux gens de parler d'eux-mêmes. C'est pourtant le sujet qu'ils traitent le mieux.
De quel droit les dieux immortels abaisseraient-ils un homme vertueux jusqu'à le récompenser ?
Les plus beaux mots du monde ne sont que des sons inutiles si vous ne pouvez pas les comprendre.
De toutes les écoles que j'ai fréquentées, c'est l'école buissonnière qui m'a paru la meilleure.
Si cinquante millions de personnes disent une chose stupide, ça reste toujours une chose stupide.
Le commun des hommes, qui ne sait que faire de cette vie, en veut une autre, qui ne finisse point.
Quand l'homme qui témoigne est armé d'un sabre, c'est le sabre qu'il faut entendre et non l'homme.
A mesure qu'on s'avance dans la vie, on s'aperçoit que le courage le plus rare est celui de penser.
Sainte Mère de Dieu, vous qui avez conçu sans pécher, accordez-moi la grâce de pécher sans concevoir.
Dieu, dans sa bonté, veut qu'un seul moment nous sauve ; encore faut-il que ce moment soit le dernier.
Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques.
Le réel nous sert à fabriquer tant bien que mal un peu d'idéal. C'est peut-être sa plus grande utilité.
Quoi qu'on en dise, le catholicisme est encore la forme la plus acceptable de l'indifférence religieuse.
Ce qui fait qu'on désire et qu'on aime, c'est une force douce et terrible, plus puissante que la beauté.
Ce qui est admirable, ce n'est pas que le champ des étoiles soit si vaste, c'est que l'homme l'ait mesuré.
Les hommes furent jadis ce qu'ils sont à présents, c'est-à-dire médiocrement bons et médiocrement mauvais.
La vieillesse qui est une déchéance pour les êtres ordinaires est, pour les hommes de génie, une apothéose.
Si le désir embellit toutes les choses sur lesquelles il se pose, le désir de l'inconnu embellit l'univers.
C'est dans l'absolue ignorance de notre raison d'être qu'est la racine de notre tristesse et de nos dégoûts.
La guerre civile est moins détestable que la guerre avec l'étranger. On sait du moins pourquoi l'on s'y bat.
Il n'est pas en matière de littérature une seule opinion qu'on ne combatte aisément par l'opinion contraire.
Nous ne savons pas quoi faire de cette courte vie, et pourtant nous en désirons une autre qui soit éternelle.
Les perceptions des sens et les jugements de l'esprit sont des sources d'illusion et des causes d'incertitude.
On appelle bonnes moeurs les moeurs habituelles. Mauvaises moeurs, celles auxquelles on n'est point accoutumé.
Les vérités découvertes par l'intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.
Il y a toujours un moment où la curiosité devient un péché, et le diable s'est toujours mis du côté des savants.
Le travail est bon à l'homme, il empêche de regarder cet autre qui est lui et qui lui rend la solitude horrible.
Tout est dans la forme, et il n'y a entre le crime et l'innocence que l'épaisseur d'une feuille de papier timbré.
Nous appelons dangereux ceux qui ont l'esprit fait autrement que nous et immoraux ceux qui n'ont pas notre morale.
La vieillesse serait vraiment trop triste si le rose essaim des pensées polissonnes ne venait parfois la consoler.
Les poètes nous aident à aimer : ils ne servent qu'à cela. Et c'est un assez bel emploi de leur vanité délicieuse.
La tâche auguste du juste est d'assurer à chacun ce qui lui revient, au riche sa richesse et au pauvre sa pauvreté.
Il n'y a plus que les bibliophiles qui aient des bibliothèques, et l'on sait que cette espèce d'hommes ne lit jamais.
Toute beauté morale est accomplie en ce monde par cette sagesse inconcevable qui vient de Dieu et ressemble à la folie.
O peur, peur auguste et maternelle, peur sainte et salutaire, pénètre en moi, afin que j'évite ce qui pourrait me nuire.
L'ironie nous enseigne à nous moquer des savants et des sots, que nous pourrions, sans elle, avoir la faiblesse de haïr.
Y a-t-il une histoire impartiale ? Comment un historien juge-t-il qu'un fait est notable ou non ? Il en juge arbitrairement.
Les hommes le plus souvent se querellent pour des mots. C'est pour des mots qu'ils tuent et se font tuer le plus volontiers.
Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux ; l'ironie, c'est la gaîté de la réflexion et la joie de la sagesse.
Le temps, en compensation de tous les trésors qu'il nous ôte, donne à nos pensées une indulgence que la jeunesse ne connaît pas.
En se conformant à la coutume on passera toujours pour un honnête homme. On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.
Je suis toujours au milieu de tout, et les hommes, les animaux et les choses sont rangés, hostiles ou favorables, autour de moi.
Ce qu'on appelle stratégie consiste essentiellement à passer les rivières sur des ponts et à franchir les montagnes par les cols.
Sans l'ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux ; l'ironie, c'est la gaieté de la réflexion et la joie de la sagesse.
L'ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes et il faut reconnaître que le plus souvent, ils la remplissent bien.
Je tiens la connaissance de soi comme une source de soucis, d'inquiétudes et de tourments. Je me suis fréquenté le moins possible.
N'est-ce donc rien qu' une existence imaginaire ? Et les personnages mythiques ne sont-ils donc pas capables d'agir sur les hommes ?
La pensée est une maladie particulière à quelques individus et qui ne se propagerait pas sans amener promptement la fin de l'espèce.
Le pauvre sans désir possède le plus grand des trésors ; il se possède lui-même. Le riche qui convoite n'est qu'un esclave misérable.
Le présent est aride et trouble, l'avenir est caché. Toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde est dans le passé.
Ce que les hommes appellent civilisation, c'est l'état actuel des moeurs et ce qu'ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs.
On ne sait jamais si l'on a bien agi envers les hommes. Il faut les adorer sans chercher à les comprendre. Leur sagesse est mystérieuse.
Ne prêtez pas vos livres : personne ne les rend jamais. Les seuls livres que j'ai dans ma bibliothèque sont des livres qu'on m'a prêtés.
Les choses en elles-mêmes ne sont ni grandes ni petites, et quand nous trouvons que l'univers est vaste, c'est là une idée toute humaine.
La majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans la rue et de voler du pain.
L'ironie et la pitié sont deux bonnes conseillères ; l'une, en souriant, nous rend la vie aimable ; l'autre, qui pleure, nous la rend sacrée.
Les yeux et tous nos sens ne sont que des messagers d'erreurs et des courriers de mensonges. Ils nous abusent plus qu'ils ne nous instruisent.
Les rêves des philosophes ont de tout temps suscité les hommes d'action qui se sont mis à l'oeuvre pour les réaliser. Notre pensée crée l'avenir.
Le sens commun nous apprend que la Terre est fixe, que le soleil tourne autour et que les hommes qui vivent aux antipodes marchent la tête en bas.
A bien prendre les choses, le dictionnaire est le livre par excellence : tous les autres livres sont dedans, il ne s'agit plus que de les en tirer.
Le coeur se trompe comme l'esprit ; ses erreurs ne sont pas moins funestes, et l'on a plus de mal à s'en défaire à cause de la douceur qui s'y mêle.
La loi, dans un grand souci d'égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.
Seuls les hommes que les femmes n'intéressent pas s'intéressent à leur toilette ; ceux qui aiment les femmes ne remarquent jamais ce qu'elles portent.
Le peuple fait bien les langues. Il les fait imagées et claires, vives et frappantes. Si les savants les faisaient, elles seraient sourdes et lourdes.
On ne méprise pas la science sans mépriser la raison ; on ne méprise pas la raison sans mépriser l'homme ; on ne méprise pas l'homme sans offenser Dieu.
Il y a quelque impiété à faire marcher de concert la vérité immuable, absolue, et cette sorte de vérité imparfaite et provisoire qu'on appelle la science.
Il faut qu'une femme choisisse : avec un homme aimé des femmes, elle n'est pas tranquille ; avec un homme que les femmes n'aiment pas, elle n'est pas heureuse.
La république... la corruption sans doute y paraît plus grande que dans les monarchies. Cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir.
L'amour est un acte simple et primitif. C'est la lutte, c'est la haine. La violence y est nécessaire. L'amour par consentement mutuel n'est qu'une fastidieuse corvée.
Je crois à l'amour, je crois à la beauté, je crois à la justice, je crois malgré tout que dans cette terre le bien l'emporte sur le mal et que les hommes créeront Dieu.
En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs, ils veulent des images. Les femmes ne veulent que des sensations, elles aiment mieux que nous, elles sont aveugles
Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent.
On observe qu'en France, le plus souvent, les critiques musicaux sont sourds et les critiques d'art aveugles. Cela leur permet le recueillement nécessaire aux idées esthétiques.
Tous les changements, même les plus souhaités ont leur mélancolie, car ce que nous quittons, c'est une partie de nous-mêmes ; il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre.